Le licenciement d'Adama Cissé: un exemple de barbarie ordinaire

Le cas d' Adama Cissé, licencié de son emploi d'éboueur par le sous-traitant d'une entreprise privée chargée de ramasser les ordures à Paris, après avoir été photographié sans son accord, et avoir vu la photo diffusée sur twitter par un délateur, est emblématique d'une société de plus en plus effarante.

En septembre 2018, durant son travail, Adama Cissé, qui, comme dans la chanson de Pierre Perret, était venu du Mali pour vider les poubelles à Paris, sent une douleur au pied.

Pendant la pause, il ôte donc ses chaussures, et s'allonge un moment.

Passe alors un abruti.

L'abruti le photographie, allongé, sans lui demander son accord, et poste illico la photo sur twitter, assortie de ce commentaire particulièrement crétin:

tweet-adama-cisse

L'idée n'est pas venue  à cet individu que si "Paris est si dégueulasse", c'est peut-être à cause de ceux qui jettent ou abandonnent leurs déchets n'importe où.

Et sûrement pas à cause de ceux dont le métier consiste, précisément, à ramasser les ordures laissées par les susnommés...

L'idée ne lui est pas davantage venue de s'informer, auprès de l'éboueur, de la raison pour laquelle il était allongé.

Il ne lui a pas semblé pertinent, non plus, de demander à cet éboueur l'autorisation de le photographier, ni de masquer son visage avant de poster la photo sur twitter, pour illustrer un commentaire stupide.

La mairie de Paris a informé le sous-traitant, qui a immédiatement réagi...

En licenciant Adama Cissé, sans autre forme de procès !

L'histoire a ému jusqu'à BFM - TV:

Adama Cissé, l'éboueur licencié après avoir été après avoir été photographié assoupi, s'exprime © BFMTV

Et RTL:

Photographié en train de dormir, un agent de propreté de la Ville de Paris licencié © RTL - On a tellement de choses à se dire

Une pétition lancée pour protester contre ce licenciement scandaleux a déjà dépassé les 30 000 signatures.

Cette histoire extravagante est scandaleuse à plusieurs titres:

1) Les ordures de la ville de Paris devraient être ramassées, exclusivement, par des employés municipaux, bénéficiant d'un statut, et non par des employés d'un sous-traitant d'une entreprise privée.

2) Il ne devrait pas être possible de licencier quelqu'un sur la foi d'un cliché posté sur un réseau social.

3) Quel genre de personne est capable de photographier quelqu'un, sans lui demander son avis , pour poster ensuite le cliché sur un prétendu "réseau social",  toujours sans autorisation de la personne photographiée , et de l'assortir d'un commentaire inepte ? De plus en plus de monde, apparemment.

Une société d'égoïsme, de "chacun pour soi", de lutte de tous contre tous...

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