Toulouse: lorsqu'un policier rétablit le délit de blasphème...

Après la décapitation de Samuel Paty, quelques féministes ont décidé de coller sur les murs de Toulouse des caricatures de Charb. De celles qui déplaisent tant aux islamistes, et qui ont fait couler tant de sang. Interpellation violente, garde à vue, mais surtout propos extravagants d'un policier...

La scène est racontée, par l'une des "colleuses" interpellées, dans cet entretien avec Laure Daussy, publié sur le site de Charlie Hebdo.

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Extrait de cet entretien:

Comment s’est passé l’interpellation ?

À Toulouse, il y a un monument aux morts dédié à la Résistance. On a décidé de coller aussi sur ce monument, ce n’était pas anticipé, mais il était sur notre trajet. J’ai pensé que ça rendait le monument aux morts vivant, sans mauvais jeux de mots. Ça le fait vivre, ça ranime quelque chose. C’est un beau symbole : l’équipe de Charlie et les enseignants sont des figures de résistance. Mais il se trouve que c’est un monument qui est filmé par des caméras de surveillance. On a été interpellées après, alors qu’on était en train de coller sur d’autres murs. Ça a été très violent : il étaient trois voitures de flic, huit policiers pour trois colleuses. Ils m’ont saisi au collet, et m’ont assise dans la colle. Là un policier m’a dit : « C’est pas le collage qui pose problème, c’est le fait que vous collez contre la religion, c’est délit, vous n’avez pas le droit de critiquer la religion. » Aucun de ses collègues ne l’a repris, alors que c’est évidemment faux. Je lui ai rappelé qu’il était agent de police, qu’il devait connaitre les lois de son pays.

Et ensuite ?

La police nationale a pris le relais. On nous demandé de ne pas communiquer entre nous, comme si on avait commis un délit incommensurable. Un OPJ (Officier de police judiciaire, nldr) a surgi de son bureau, il s’en est pris à moi en me traitant de délinquante. Il m’a expliqué que les femmes comme moi, il fallait les sortir du territoire, que coller sur un monument aux morts c’était un sacrilège. Au final, je suis sortie après 17 heures de garde à vue. J’ai déjà fait des GAV, mais c’était plus dur que d’habitude.

Comment analysez-vous ce qui s’est passé ?

On ne pensait vraiment pas être interpellées. J’ai collé de très nombreuses fois contre les féminicides, y compris sur ce même monument aux morts (« aux femmes assassinés, la patrie indifférente » ) et je n’ai jamais été arrêtée pour ça… Cet épisode montre que l’on a du mal avec l’irrévérence, on refuse que ces caricatures soient exposées. Pour moi ce n’était qu’une petite action et finalement cela a mis en lumière que c’est encore tabou. On a d’ailleurs été invectivées par les passants qui nous disaient : « Il ne faut pas critiquer les religions. »

Quelques photographies de ces collages, touvées sur ce compte instagram:

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