Médias et harcèlement : saisine officielle du Défenseur des droits

Après les nouvelles révélations de Mediapart sur les licenciements à Télérama, Alexandra Milhat et Laura-Maï Gaveriaux, journalistes indépendantes, ont officiellement saisi, le 3 juin, le Défenseur des droits pour enquêter les dysfonctionnements de la profession. Leur saisine a été officiellement enregistrée le 7 juin. Pour soutenir leur démarche : notreparole.manifeste@gmail.com

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A l’intention du Défenseur des droits, M. Jacques Toubon

Libre réponse 71120

75342 Paris CEDEX 07

Paris, le 3 juin 2019

 Objet : saisine au sujet des discriminations et pratiques de harcèlement dans le journalisme

Depuis deux ans, le mouvement #MeToo, d’ampleur mondiale, a permis que des catégories entières de la société se sentent libres d’évoquer les discriminations, les faits de violence morale ou physique, de harcèlement et de brutalité dont elles ont été l’objet.

Beaucoup se sont étonnés de la timidité des rédactions françaises, comparée à la couverture médiatique aux Etats-Unis, ou au Royaume-Uni, entre autres. Une timidité que d’aucuns qualifieraient d’omerta.

Mais voilà que depuis quelques mois, par le travail de journalistes opiniâtres, c’est au sein même de ces rédactions que les affaires surgissent. Doit-on y voir un lien de cause à effet ?

Hier encore, Médiapart publiait un papier fouillé – dans le sillage de leurs précédentes enquêtes sur des affaires de harcèlement–, révélant le licenciement de deux journalistes historiques de Télérama. Un magazine qui n’a quasiment pas couvert le mouvement #MeToo et ses répercussions, de l’aveu même de sa rédactrice en chef.

Nous pensons que le journalisme est d’intérêt général : s’il est lui-même traversé par des pratiques discriminatoires, comment peut-il informer le public sur les discriminations ?

Après notre manifeste paru la semaine dernière, « Contre la culture de l’humiliation, #NotreParole est une force », nous faisons un pas de plus en saisissant le Défenseur des droits. Nous demandons qu’une enquête sérieuse soit menée, marquée du sceau de la légitimité républicaine, au sein des groupes de presse et de médias, auprès des associations représentant les pigistes. La lumière doit être faite sur les dysfonctionnements de la profession. En espérant que les conclusions de cette investigation rappelleront aux hiérarchies leur devoir de faire respecter l’égalité des droits au sein de leurs équipes.

Nous menons cette démarche en notre nom, en qualité de journalistes indépendantes (de toute rédaction et de tout collectif). Mais nous ne pouvons qu’encourager les instances sollicitées de prendre contact avec les syndicats et les groupes travaillant sur le sujet (tels le SNJ, Prenons la une, la Commission de la carte de presse, d’autres encore). Ces derniers disposent de données conséquentes sur les phénomènes que nous dénonçons.

Une information de qualité sur de graves sujets de société ne peut être délivrée que par des organes de presse ayant mené leur propre réflexion, et peut-être leur réforme, sur ces pathologies qui gangrènent l’espace de la discussion publique.

Force est de constater qu’à ce jour, ce n’est pas le cas.

Laura-Maï Gaveriaux et Alexandra Milhat, journalistes indépendantes

 

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