DE LA LIBERTÉ D'EXPRESSION

Ainsi donc en 2018, dans une paisible petite ville endormie sous le soleil d'Occitanie, il est encore des susceptibilités qu'il faut ménager faute de se retrouver sommé d'avoir à répondre de ses actes manqués. La neutralité n'est plus de mise, on ne peut plus se payer le luxe d'une once d'humanité et d'un soupçon de réflexion sans craindre d'être pointé du doigt et roué en place publique

Ainsi donc en 2018, dans une paisible petite ville endormie sous le soleil d'Occitanie, il est encore des susceptibilités qu'il faut ménager faute de se retrouver sommé de répondre de ses actes manqués. La neutralité n'est plus de mise, il faut prendre parti vite et bien, de préférence en faveur du pouvoir en place et sans trop gamberger ! On ne peut plus se payer le luxe d'une once d'humanité et d'un soupçon de réflexion sans craindre d'être pointé du doigt et roué en place publique. Il n'est plus temps de raison garder, les fouets sont là, réels comme virtuels, qui guettent la moindre complaisance, qui punissent la plus petite empathie, qui cinglent les partisans de l'humour pris dans sa plus simple expression.

Objectera-t-on que de l'humour à l'injure ou la diffamation il n'y a qu'un pas et que de certains sujets il ne faut plus désormais se prendre à rire ? C'est un fait. Nous vivons dans un monde aseptisé qui ne tolère plus les écarts de langage et réprime les libertés auxquelles s'adonnent les esprits forts. Entendons par là les personnes éprises d'indépendance qui revendiquent leur droit à ne pas se poser en juges et parties, laissant ainsi aux autres une formidable et nécessaire liberté d'expression. Alors bien sûr toute liberté donne lieu à des dérives, voire même à des abus ! Mais c'est un risque à prendre et un outrage à assumer pour toute personne publique. On ne peut se poser en représentant de commerce d'une idéologie et réfuter tout argument qui la détruirait. De même on ne peut considérer qu'un jeu de mots puisant de toute évidence dans l'ironie et portant un jugement sur un comportement, soit une injure publique. Toute personne publique prête à rire, c'est un à côté livré avec le package de l'engagement au sein d'un parti politique, d'un état d'artiste reconnu ou d'une quelconque célébrité. Certes il n'est pas question dans nos cercles restreints de célébrité, mais de personnage publique oui. Et de toute évidence si l'on n'a pas les épaules assez solides pour supporter les inconvénients du job il vaut mieux envisager de se reconvertir. 

On ne niera point que cela puisse être pénible, voire même insupportable par moments. Le virtuel, on le sait, est d'une implacable férocité ! Nul doute que le face à face atténue ce type de comportements et la portée d'un trait d'humour, aussi agressif soit-il... Mais voilà, nous parlons ici de virtuel et de personnes qui font le choix de s'en offusquer au lieu d'avoir l'intelligence, voire l'élégance, de laisser couler. Les habitants de ladite petite ville jugeront s'il est naturel de leur faire supporter  le poids des états d'âme d'un seul, mais on peut raisonnablement douter que cela leur agrée. 

Il est clair qu'en ces temps compliqués que nous traversons certains contextes plus que d'autres prêtent à la dérision. Expression critique soutenue pas l'humour pour appréhender des faits difficilement supportables, elle permet à tout un chacun de s'exprimer sans ambages, et parfois sans modération. On ne saurait censurer la libre expression citoyenne, elle est un puissant vecteur de déconstruction des idéologies populistes et nécessaire à toute évolution sociétale. Pourtant, dans certaines bourgades ensoleillées comme dans d'autres dont les rigueurs climatiques boostent les énergies citoyennes et militantes, la liberté d'expression est sapée quotidiennement et grignotée en toute occasion. Or un pouvoir qui entend imposer respect et considération en bafouant les libertés individuelles ne parvient qu'à dévaloriser son action aux yeux de ceux qu'il prétend convaincre. Museler ceux qui s'expriment n'est pas, et de très loin, la meilleure manière de faire avaler l'amère pilule que certains distribuent à l'envie dans nos villes. Pour qui ne l'aurait visiblement pas compris, nous sommes encore en démocratie, ce qui sous-entend que chaque citoyen a toute liberté de s'exprimer. Et qu'on ne saurait imputer à qui respecte ce principe de liberté la responsabilité d'une quelconque expression.  

Il ne sera nommé personne dans ce billet, qui est à prendre comme une réflexion générale et ne prétend pas juger en lieu et place d'une cour de justice, et nulle situation particulière ne sera prise pour cible. Chacun est libre de l'ajuster à telle actualité qui lui plaira, car en ceci en tant d'autres lectures il incombe au lecteur de prendre ses responsabilités et de savoir retirer de ce qu'il lit ce qui saura nourrir sa propre réflexion. 

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