Laure Siegel
Journaliste
Pigiste Mediapart

22 Billets

0 Édition

Billet de blog 1 déc. 2022

Laure Siegel
Journaliste
Pigiste Mediapart

En Malaisie, Anwar Ibrahim remporte des élections générales historiques

Le 24 novembre, Anwar Ibrahim, leader historique de l'opposition, est devenu premier ministre de Malaisie, après des 15e élections générales (GE15), qui se sont initialement terminées par une impasse sans majorité au Parlement. Le choix d'une figure comme Anwar pour diriger la politique malaisienne pourrait-il dénouer la crise du Langkah Sheraton?

Laure Siegel
Journaliste
Pigiste Mediapart
Illustration 1

Anwar est l'un des principaux acteurs de nombreux événements de la politique malaisienne. Leader historique de l'opposition, il s'est opposé dès la fin des années 1960, avec le jeune Mahathir Mohamad, au gouvernement de Tunku Abdul Rahman. Plus tard, lorsque Mahathir a rejoint le parti conservateur United Malays National Organisation (UMNO), Anwar est devenu une figure de proue du Mouvement de la jeunesse islamique. Il a quitté ce dernier en 1982 pour rejoindre l'UMNO sous la pression de Mahathir. Au tournant des années 1980 et 1990, au plus fort de la crise économique et politique qui allait frapper le pays, Anwar s'est vu retirer son rôle de vice-premier ministre et le portefeuille des finances par le premier ministre de l'époque, Mahathir, et a été exclu de l'UMNO. Ce retournement de situation, outre les accusations de sodomie et de corruption portées contre Anwar qui lui ont valu une peine de cinq ans de prison, ont été suivi de l'émergence du Reformasi, initié par Anwar lui-même en 1998. Ce mouvement a donné lieu à de nombreuses manifestations dans les rues de Kuala Lumpur contre le gouvernement Mahathir, l'UMNO et la coalition Barisan National (BN). Le mouvement Reformasi a ensuite servi de base à la création du Parti de la justice populaire (Partai Keadilan Rakyat) et de la coalition Pekatan Rakyat (PK), devenue Pekatan Harapan (PH), soit la coalition gagnante lors des 14e élections générales (GE14) en 2018.

Il est certain que la victoire finale d'Anwar en 2022 à la tête du parti PKP, par son éloignement de l'hégémonie centriste malaise vers une politique plus pluraliste, restera dans l'histoire politique du pays. Non seulement parce qu'Anwar devient Premier ministre après plus de deux décennies dans l'opposition, mais aussi parce que sa victoire est une conséquence de la chute politique du BN et de l'UMNO. Les élections GE15 ont été marquées par une défaite majeure du BN, qui n'a remporté que 31 sièges au Parlement, alors que les coalitions PN (73 sièges) et PH (82 sièges) ont au contraire remporté la mise, mais sans majorité absolue permettant de former un gouvernement stable. Même la pression exercée par le roi Yang di-Peruan Agong Adbullah, a été ignorée par les deux leaders de coalitions, Muhyiddin Yassin (Perikatan National / PN) et Anwar Ibrawin (Pekatan Harapan / PH).


Lire notre analyse précédente sur le contexte des GE14 et GE15

Dans une Malaisie où les différences idéologiques s'affrontent sur le terrain politique, ce dénouement crucial a pris près d'une semaine. En tant que nouveau premier ministre, Anwar a promis un gouvernement d'unité nationale. Il a déclaré qu'il renoncerait à son salaire de Premier ministre et mènerait une guerre contre la corruption. Les défis à relever pour le nouveau dirigeant, qui a prêté serment le 25 novembre dans le palace du roi, sont nombreux, tant d'un point de vue économique que socio-politique, la Malaisie étant plongée dans une crise parlementaire majeure depuis 2019.

Cet article a été co-écrit par Aniello Iannone, maître de conférences et chercheur à l'université de Diponegoro, étudiant en sciences politiques spécialiste de l'Indonésie et de la Malaisie, et Laure Siegel, correspondante pour Mediapart en Asie du Sud-est, dans le cadre de l'atelier "Training on Popularizing Research: A cross-sectoral approach on social movements in Southeast Asia" organisé en mai 2022 par Alter-Sea and Shape-Sea.