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Billet de blog 19 mai 2022

Ingénieur·es, appelons à militer, pas a déserter

Ces derniers jours a tourné une vidéo de jeunes d’AgroParisTech qui ont « appelé a déserter » lors de leur remise de diplômes. Cette vidéo, applaudie par beaucoup, me pose plusieurs problèmes. N'appelons pas à déserter, à « éviter le burn out à 40 ans », mais appelons à « changer de monde ». Réalisons que toute technique est politique, et luttons pour un monde meilleur. Ne désertons pas mais militons. 

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Ces derniers jours, a tourné sur les réseaux sociaux une vidéo de jeunes d’AgroParisTech qui ont « appelé a déserter » lors de leur remise de diplômes. Cette vidéo, applaudie par beaucoup, me pose plusieurs problèmes.

Déjà car le constat n’est absolument pas nouveau dans les grandes écoles d’ingénieurs.

Il y a plusieurs années, un jeune homme avait fait un discours aussi à sa remise des diplômes a Centrale Nantes que je trouve d’ailleurs bien plus intéressant que celui de ces jeunes la.

Je vous le mets ici:  https://youtu.be/3LvTgiWSAAE .

Il date de 2018. Je vous invite à l’écouter. Je trouve son discours bien meilleur, bien plus intéressant que celui des autres (et je ne dis pas cela car c’est un camarade centralien).

Le constat est le même : le rôle de l’ingénieur-e serait de trouver des solutions techniques dans un monde capitaliste et destructeur sans se poser de questions politiques. Cela est problématique, nous ne voulons pas de cela (en tout cas une part des ingénieur-es), nous ne voulons pas de ce rôle.

Mais il y a dans la vidéo des jeunes d’Agro un aspect que je n’aime pas qui fait très discours de riches privilégié-es qui ne me touche pas.

Leur appel n’est pas a militer mais à « déserter ». Il n’est pas a changer le monde, il est appelé à « déserter » pour « éviter le burn out a 40 ans ». Je trouve leurs discours très individualiste. Très « je fais mon petit spectacle de riche qui peut se permettre car il a de l’argent a côté donc peut se reconvertir sans soucis et ne penser qu’à lui ».

Alors que le centralien appelait il y a 4 ans à « changer le monde », ils appellent à « déserter ». Personnellement, je préfère le premier.

Au delà de la comparaison entre les deux discours plus ou moins médiatisés de ces remises de diplômes de grandes écoles, ce constat est présent depuis longtemps parmi une certaine partie des ingénieur-es. Pas toustes, nous sommes d’accord, il ne s’agit pas là de la majorité.

Mais ce n’est pas nouveau.

J’ai été diplômée de Centrale il y a plus de 10 ans maintenant. Je n’ai pas un-e seul-e de mes ami-es, même lointain-es, qui fassent aujourd’hui un travail tel que décrit dans la vidéo des diplômé-es d’Agro.

Peut être ne suis je pas représentative car de gauche. Certes.

Dans mes ami-es, j’ai des centralien-nes et des polytechnicien-nes quasi exclusivement.
Aujourd’hui il y a : des fonctionnaires, des contractuels, des ingés qui bossent pour des EPIC, des chercheurs, un doctorant en socio, de nombreux profs, et un qui tient une boutique de jeux de société.

Voilà quelques exemples d’ingénieur-es, au milieu de leurs trentaines, qui ont fait ce constat il y a déjà un moment et qui ont agit de sorte à faire des jobs qui ne soient pas en contradiction avec leurs valeurs, qui aient ce fameux « sens ».

Je ne dis pas que c’est facile. Dieu sait que je suis bien placée pour le savoir. On est beaucoup a devoir passer par la case conseil/presta en début de carrière pour simplement avoir un job et un salaire.
J’ai été presta pour avoir un job et ne pas crever de faim. J’ai été contractuelle. J’ai ramé avec mon statut de contractuelle car je suis tombée malade contractuelle. Ma vie aurait clairement été bien simple si j’étais parti dans l’industrie, reniant qui je suis.

J’aurai eu le maintien de salaire, j’aurai eu une prévoyance donc j’aurai eu depuis la maladie mon niveau de revenu précédent. Peut être même que j’aurai pu retourner bosser si j’avais été en CDI ou fonctionnaire. Mais non j’étais en CDD et un CDD de contractuelle…

Bref passons. Ma vie n’est pas le sujet.

Ce que je cherche à dire c’est que nos diplômes de grandes écoles d’ingénieurs ne nous destinent pas irrémédiablement à être des agent-es du capitalisme qui détruisent la planète et le lien social.
On peut faire autre chose. On peut être autre chose.

C’est plus dur certes, ça rapporte moins, mais on est nombreux-ses a l’avoir fait, a le faire. On est pas oblige-es d’être des suppôts du capitalisme.

Alors au lieu d’appeler a déserter, je dirai plutôt appelons à contribuer à changer le monde. Appelons nos collègues ingénieur-es à réaliser leurs rôles dans le capitalisme, à se politiser, à réaliser l’importance du politique dans ce que nous faisons.

À réaliser qu’il n’y a pas de techniques qui ne soient pas aussi politiques. A réaliser que nous pouvons contribuer par nos métiers a sortir de ce monde moisi. A lutter contre le changement climatique. A lutter contre les maladies. A lutter pour un monde meilleur.

Appelons à militer. Appelons à changer de monde. Ne désertons pas mais agissons, militons.

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