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Billet de blog 7 juil. 2017

Quelques heures au camp de la Chapelle

Ce court texte a été écrit par Oscar, mon fils, collégien de 14 ans, à la suite d’une visite au camp de la Chapelle le 5 juillet. Je profite de ce blog pour lui donner une petite visibilité et rappeler aux responsables politiques que les jeunes générations se construisent aussi avec ces réalités-là. Et que c’est assez calamiteux.

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Par Oscar P. 14 ans.

 Ce court texte a été écrit par Oscar P. mon fils, collégien de 14 ans, à la suite d’une visite au camp de la Chapelle le 5 juillet. Je profite de ce blog pour lui donner une petite visibilité et rappeler aux responsables politiques que les jeunes générations se construisent aussi avec ces réalités-là. Et que c’est assez calamiteux.

Hier, j’ai accompagné mon père au camp des réfugiés, de porte de la Chapelle. Il a pour projet d’y organiser un concert de jazz gratuit.

Nous avons, avant tout, rencontré certaines personnes de l’organisation « Utopia 56 » qui s’occupe d’aider les migrants.

Les bénévoles de « Utopia 56 » ont commencé par nous expliquer comment l’association faisait pour les aider au mieux. La nuit, la distribution de couvertures et de nourriture, mais aussi de produits d’hygiènes, ou même simplement le fait d’être là pour parler aux personnes parfois tristes. On remarque aussi la présence de points d’eaux, et d’urinoirs provisoires dispersés dans la zone.

 Pour ce qui est de la partie « extérieure » du camp, on retrouve plusieurs campements de réfugiés qui se sont généralement regroupés entre personnes de mêmes nationalités et/ou régions. Devant les entrepôts SNCF il y a ceux des Ethiopiens et des Erythréens, et plus loin les Afghans, des Soudanais, Somaliens ou des Irakiens. On retrouve aussi des réfugiés des droit commun (venant du Mali, du Sénégal et de Côte d’ivoire).

Ce ne sont que des hommes.

On entre ensuite dans le campement « intérieur », dans lequel se trouvent plusieurs espaces : il y a « la bulle », dans laquelle les gens arrivent et sont (c’est bien triste à dire) triés. Les familles entières sont envoyées dans un autre centre à Ivry, et les hommes célibataires restent sur porte de la chapelle, un petit espace de la croix rouge, et un énorme édifice sur trois étages abritant d’un côté certains hommes célibataires et de l’autre la gestion des associations, qui consiste notamment à décontaminer les habits reçus, à les trier, et à les donner aux migrants. Il héberge aussi les bureaux d’ «Utopia 56 ». Les personnes vivant à l’intérieur y restent environs 5 à 10 jours puis  sont envoyées partout en France où l’on va leur trouver un endroit pour s’installer et peut-être un travail.  Un bus venait par exemple de partir pour Lille lors de ma venue.

L’ambiance est-elle triste et pesante ? Oui. J’ai vu par exemple la municipalité construire des grilles ou empiler des pierres pour empêcher les migrants de s’installer à certains endroits, ce qui les oblige à se retrancher là où l’on trouve des drogués, dealers, et des prostituées.  Mais est-elle lugubre, noire et sinistre ? Non. Absolument pas. Les personnes là-bas se battent tous les jours pour ne pas abandonner, pour retrouver une vie normale, pour continuer leurs études ou leur travail. Je n’avais pas la moindre idée de ce que j’allais découvrir en y allant, et je ne suis absolument pas déçu d’y être allé ne serait-ce que pour me rendre compte de ce qu’il se passe.

Ce que je peux en déduire, c’est que ces gens tentent de survivre alors que la municipalité ne les aide vraiment pas. Ils aménagent des petits coins de fortune, nettoient leur place sans arrêt. J’ai appris ce matin qu’il y avait encore eu une intervention policière pour les déloger.  On m’a expliqué aussi que récemment ils avaient gazé les migrants à cause d’une visite de personnalités politiques pour l’organisation des jeux olympiques… Ils n’avaient pas le droit de se montrer. C’était honteux selon eux ? Et pourquoi n’y a-t-il plus qu’un seul nettoyage par semaine alors qu’ils venaient deux fois ? Les migrants racontent qu’ils dorment au milieu des rats.

A aucun moment je ne me suis senti en insécurité ; j’ai croisé des personnes polies, souriantes, ouvertes ; rien à voir avec l’image que l’on donne souvent d’eux ; c’est très courageux de fuir son pays et de devoir subir une situation pareille.  Il y a aussi de belles histoires, comme un jeune ancien migrant qui était là il y a trois mois, qui a repris ses études et qui est revenu offrir à manger à ceux qui sont dans la situation qu’il a connue.

Ce sont peut-être ces histoires-là dont il faudrait parler plus souvent, avec un peu d’humanité.

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