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Billet de blog 16 juil. 2009

Qui a peur de Martine Aubry?

La passe d’armes, par lettres ouvertes interposées, entre Martine Aubry et Manuel Valls sur le thème «le PS tu l’aimes (tel qu’il est…) ou tu le quittes», témoigne d’un utile rappel à la discipline de parti de la part de celle qui en a la charge, au moment où chaque dirigeant socialiste semble tenté par le grand large de la candidature à la candidature présidentielle. Mais également d’un geste de total désespoir de la part d’une direction aux abois, à la fois mal élue (à Reims) et impuissante à redresser le lent naufrage du radeau de Solferino.Il s’agit, sans doute, un peu des deux.Les socialistes n’avaient certes pas besoin d’ouvrir ce énième chapitre de « Suicide d’un parti » et, bizarrement, de prendre un soin si méticuleux à le mettre en une des journaux, alors même que des vacances bien méritées s’annonçaient, après une nouvelle annus horribilis au PS.On peut, sans pour autant partager ni l’appétit médiatique ni le goût pour la provocation d’un Manuel Valls, aussi prompt à parader à la garden party élyséenne de Nicolas Sarkozy qu’à changer de position sur le référendum européen de 2005, se demander si le coup de menton en forme d’ultimatum de Martine Aubry n’est pas contraire non seulement à la tradition pluraliste du socialisme français mais encore à l’état et à l’intérêt du PS tel qu’il est aujourd’hui.

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La passe d’armes, par lettres ouvertes interposées, entre Martine Aubry et Manuel Valls sur le thème «le PS tu l’aimes (tel qu’il est…) ou tu le quittes», témoigne d’un utile rappel à la discipline de parti de la part de celle qui en a la charge, au moment où chaque dirigeant socialiste semble tenté par le grand large de la candidature à la candidature présidentielle. Mais également d’un geste de total désespoir de la part d’une direction aux abois, à la fois mal élue (à Reims) et impuissante à redresser le lent naufrage du radeau de Solferino.

Il s’agit, sans doute, un peu des deux.

Les socialistes n’avaient certes pas besoin d’ouvrir ce énième chapitre de « Suicide d’un parti » et, bizarrement, de prendre un soin si méticuleux à le mettre en une des journaux, alors même que des vacances bien méritées s’annonçaient, après une nouvelle annus horribilis au PS.

On peut, sans pour autant partager ni l’appétit médiatique ni le goût pour la provocation d’un Manuel Valls, aussi prompt à parader à la garden party élyséenne de Nicolas Sarkozy qu’à changer de position sur le référendum européen de 2005, se demander si le coup de menton en forme d’ultimatum de Martine Aubry n’est pas contraire non seulement à la tradition pluraliste du socialisme français mais encore à l’état et à l’intérêt du PS tel qu’il est aujourd’hui.

Le PS est un parti pluraliste. Pas seulement depuis sa « refondation » en 1969-1971, mais dès l’origine, lorsqu’en 1905 les différentes familles socialistes ont été regroupées dans la SFIO. Il y a toujours eu plusieurs types de socialistes, plusieurs sensibilités ou courants. Et l’une des caractéristiques essentielles – on n’ose dire génétique… – de la « vieille maison » défendue par Léon Blum en 1920 lors de la scission de Tours, a toujours été, face au monolithisme communiste, d’accepter le débat démocratique en son sein. Le bras armé de la discipline partisane s’exerçant plutôt à l’encontre des rebelles électoraux – et encore… – qu’à celle des dissidents doctrinaux. Ainsi, peine-t-on à imaginer François Mitterrand user d’une menace d’exclusion à l’égard de Michel Rocard dans les années 1970. Les conflits doctrinaux, sur la ligne du parti par exemple ou sur son nom, se règlent politiquement – lors des congrès notamment – et non disciplinairement, sauf cas exceptionnel – on se souvient récemment de Georges Frêche.

Cette tradition pluraliste du socialisme français renvoie d’ailleurs à une autre habitude, salutaire, à gauche tout particulièrement : celle d’un attachement commun à l’esprit laïque qui répugne profondément à l’usage de l’argument d’autorité. Ce n’est pas parce que l’on est le chef que l’on a raison !

Mais l’étrangeté de l’injonction aubryste ne s’arrête pas à ces considérations principielles. On peut aussi s’en étonner eu égard à ce que montre le PS de lui-même aujourd’hui. On aurait pu, à la limite, comprendre que Martine Aubry s’énerve face à l’attitude de Manuel Valls si le parti défendait, consciencieusement, des idées, un projet, un corpus… clairs, précis, argumentés et largement partagés par tous les socialistes – adhérents, élus, sympathisants et électeurs – à chaque occasion, électorale notamment. Or, et c’est un euphémisme, on en est loin.

Enfin, on peut se demander : pourquoi Manuel Valls et pourquoi maintenant ? Il n’est en effet ni le seul ni le premier à tirer contre son camp, loin s’en faut. Il le fait certes avec une constance qui frise le zèle et, surtout, depuis le coin droit, mais est-ce plus condamnable que de pratiquer ce qui est quand même aujourd’hui le sport favori des socialistes depuis d’autres parties du terrain ? Et que dire de la « gravité » de son comportement si on le rapporte à celui des socialistes dissidents de la décision commune du parti de voter « oui » au référendum sur le Traité constitutionnel européen de 2005 ? On peut d’ailleurs se poser la question, au vu des déclarations de soutien à la démarche de Martine Aubry, de savoir si ceux qui crient aujourd’hui le plus fort contre Valls ne sont pas ceux qui ont le plus à se faire pardonner par leurs camarades à propos de leur attitude à l’époque. Défendre l’idée qu’il est indispensable de rester dans la ligne du parti peut difficilement être un principe à géométrie variable.

Cette nouvelle historiette socialiste révèle un principe bien connu : en politique, comme ailleurs, l’autorité ne se décrète pas. Elle n’est réductible, traditionnellement, ni à la force dont la menace ou l’usage signifie mécaniquement qu’elle a échoué ni à la persuasion qui présuppose un rapport d’égalité entre les protagonistes. Or, Martine Aubry ne cesse, en raison de la faiblesse constitutive de sa position de Premier secrétaire depuis le Congrès de Reims, d’être renvoyée de l’une et l’autre, sans grand espoir de sortir de cette impasse.

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