48 heures pour créer (2/5)

La Mediajam, où journalistes et développeurs collaborent pour créer des jeux originaux, se tiendra du 7 au 9 octobre. Cet événement s'inscrit dans une culture de la création sous contraintes.

La game jam Zoo Machines © Charles Blondelle La game jam Zoo Machines © Charles Blondelle

Réaliser un jeu en 48 heures, lors d'un événement de création ludique et citoyen ? Cela paraît toujours étonnant pour les personnes non familières avec la création de jeux vidéo. Si le jeu vidéo est une industrie, soutenue par des studios et des productions qui rivalisent avec les blockbusters hollywoodiens, c'est aussi un loisir désintéressé pour de plus en plus de créateurs. La game jam reprend les codes de la jam session où un groupe musical se réunit pour improviser et créer en temps limité. Le meilleur moteur de la création, dans une game jam, qui s'apparent à un Oulipo, c'est le choix du thème et des contraintes.

 Il existe deux jams tutélaires, qui réunissent, depuis des années, plusieurs milliers de développeurs. C’est le cas de la Global Game Jam, qui se tient chaque année en janvier, dans le monde entier. Plus de 10 000 personnes et plus de 5000 jeux ont été réalisés lors de la dernière édition, à partir d'un thème unique. La Ludum dare se distingue par son rythme (une tous les quatre mois) et par son aspect essentiellement dématérialisé. Les créateurs peuvent toutefois discuter à distance grâce à la messagerie instantanée.

Hormis ces événements majeurs, il n’y a pas une semaine sans game jam dans le monde. Jams dédiées à des genres ludiques précis (point’n click, jeu d’arcade...), jams misant sur l’expérimentation et les dispositifs «exotiques» (manettes non conventionnelles, bornes en carton, etc), ou jams avec des contraintes presqu’insurmontables... Le choix est vaste, et certains petits studios ou collectifs vivent même au rythme de ce type d'événements.

 

Les pays participant à la dernière Global game jam © D.R. Les pays participant à la dernière Global game jam © D.R.

 

Au-delà de l’intérêt ludique de la jam, certains voient aussi une manière de réaliser rapidement un prototype. En ce sens, la jam est similaire aux hackathons, connus dans le domaine des nouvelles technologies. Les game jams sont des dispositifs modulaires, pour une raison simple : il est possible de jouer sur tous les paramètres. Le premier est le thème : c’est souvent un mot, mais l’expérience montre que plus le terme est générique et abstrait, plus les productions finales sont convenues. Certaines jams sont spécialisées dans le jeu sur les contraintes, qui peuvent être créatives : «interdiction d’utiliser le pixel art» ou structurantes : «faire un jeu uniquement mobile», etc. Le lieu peut enfin jouer un rôle important, car s’il existe des jams «physiques», d’autres sont totalement dématérialisées.

Pour la Mediajam, nous aurions pu imaginer de nombreuses règles à partir du concept initial : faire travailler ensemble des journalistes et des développeurs de jeux. Nous aurions pu jouer sur la spontanéité pure et simple : le jour J du lancement de l'événement, nous aurions soumis un thème, avant de constater comment les équipes se forment, apprennent à travailler ensemble et comment, et in fine, comment les mécaniques de jeux se créent…

Temps longs

Nous nous avons plutôt considéré que l'intérêt du projet ne résidait pas seulement dans la phase de création proprement dite, mais qu'elle ouvrait en réalité un champ de réflexion plus vaste. Les journalistes peuvent ainsi découvrir comment raconter différemment des sujets complexes et les développeurs peuvent trouver une matière nouvelle à leurs créations. C'est pourquoi, nous avons opté pour un temps plus long :  en amont de la jam, nous avons encouragé ces rencontres, en direct mais aussi sur une plateforme de partage commune.

La mediajam joue un rôle de test à plusieurs niveaux. Nous souhaitons créer les meilleurs jeux possibles en 48 heures. C'est pourquoi nous avons limité le nombre des équipes à huit et nous avons défini des développeurs référents, qui ont réuni leurs propres effectifs. Les équipes de développement sont expérimentées et ressérées (6 personnes maximum) afin de proposer la meilleure expérience de jeu possible. Des étudiants issus d'écoles de l'image (Gobelins et Estienne) apporteront également leur savoir-faire dans les équipes.

La jam sera diffusée en live, les internautes seront ainsi au coeur du bouillonnement créatif pendant le week-end. Là encore, nous voulions éviter l'aspect purement événementiel. Nous souhaitons aussi interroger le processus de création, c'est pourquoi des tables rondes, en direct, réunissant journalistes et développeurs, ponctuent l'événement.  

Si nous nous inscrivons dans le contexte de la campagne présidentielle, nous prendrons également de la hauteur dans le choix des thèmes : problématiques liées au suffrages, aux enjeux sociétaux et internationaux… seront au menu de cette Mediajam.

A suivre : Jeux à enjeux

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