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Billet de blog 4 juil. 2013

Quelle drôle de triste journée

Entamée par une destitution au suffrage universel (élu par 13 millions de voix, la pétition demandant son retrait comptait 22 millions de signatures) du Président égyptien, poursuivie par le refus français de la demande d'asile de celui qui a dénoncé les méthodes illégales de la NSA, on aurait pu se réjouir quelques secondes du renvoi de Woerth et de Maistre devant le tribunal en attendant qu'une ministre démissionnée ne récuse les motifs de son remplacement pendant que François Hollande arrivait à Tunis, mais l'annonce du rejet des comptes de campagne de Sarkozy nous a surpris en plein soupir.

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Entamée par une destitution au suffrage universel (élu par 13 millions de voix, la pétition demandant son retrait comptait 22 millions de signatures) du Président égyptien, poursuivie par le refus français de la demande d'asile de celui qui a dénoncé les méthodes illégales de la NSA, on aurait pu se réjouir quelques secondes du renvoi de Woerth et de Maistre devant le tribunal en attendant qu'une ministre démissionnée ne récuse les motifs de son remplacement pendant que François Hollande arrivait à Tunis, mais l'annonce du rejet des comptes de campagne de Sarkozy nous a surpris en plein soupir.

Et là, et là... L'annonce de la "démission" dudit Nicolas de son poste au Conseil Constitutionnel et l'appel public à la mendicité de l'UMP en pleine failllite ont eu à peine le temps de déclencher l'éclat de rire qu'ils méritaient que la condamnation de Mediapart est tombée sur le fil de l'AFP. Patatras, patatras, tout est patatras.
Aussitôt, le souvenir de la fin d'Altern m'est revenu en pleine poire.
Pour les plus jeunes internautes de l'assistance: Altern était un hébergeur de sites Web, gratuit, sans publicité (Valentin Lacambre le finançait avec l'argent qu'il gagnait par ailleurs, pas en vendant les données de ses utilisateurs), que son gérant a dû fermer voilà 13 ans presque jour pour jour, entraînant mécaniquement quelques 48000 sites hébergés dans sa chute, après que de trop nombreux procès l'aient ammené quasiment à la faillite en lui faisant porter la responsabilité des contenus qu'il ne faisait qu'héberger.
Mediapart devra-t-il fermer à son tour parce qu'un tribunal, dans ce pays, n'a pas encore compris, 13 ans plus tard, qu'aucune information diffusée sur le réseau ne peut disparaître sur son ordre ? Déjà à l'heure où j'écris ces lignes, une dizaine de sites ont recopié les contenus que Mediapart est condamné à retirer, et une archive de ces données est déjà mise en ligne sur les réseaux P2P: quoi qu'il arrive désormais à Mediapart, les extraits des enregistrements effectués par le majordome des Bettencourt resteront publics, probablement pour toujours.
C'est dire toute l'inanité de la décision des juges, qui aura peut-être la peau du journal qui a permis de rendre publics tous les scandales qu'on sait, mais qui n'aura aucun résultat concret sur l'objet même de sa décision. Ce n'est plus Ubu-Roi: ce sont les Précieuses Ridicules.
Au delà de ce qui adviendra, on peut déjà prédire avec certitude que cette décision stupide restera dans les annales comme l'une de celles qui auront marqué l'histoire; l'histoire des pires injustices judiciaires qui auront suivi l'avènement d'Internet.
En attendant, heureusement qu'Alain Ducasse vient d'être nommé chef du Meurice: je vais reprendre deux fois des moules.

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