EMBALLEMENT

Et un, et deux, et trois samedis et toujours davantage de monde, à tel point que les chiffres de manifestant-es communiqués par le Ministère de l’Intérieur frisent le ridicule : avec plus de 200.000 participant-es, dont seulement 14.000 à Paris là où, par exemple, 10.000 ont été officiellement recensés à Montpellier, ils ont pour seul mérite de démontrer le caractère ascendant de la mobilisation.

Qui dit davantage de monde - on parle quand même d’un doublement du nombre de manifestant-es depuis le 17 juillet dernier et ce en plein été - dit un panel plus large de manifestant-es : sur Paris, la manifestation la plus conséquente était appelée par les Gilets jaunes qui se sont fondus dans la masse de nouveaux venus, venus y compris en famille après avoir été échaudés par la menace de Blanquer de reléguer les adolescent-es non-vaccinés à la rentrée. Et le regroupement que nous avons constitué avec des camarades de la CGT d’Info’Com et de TUI a lui été rapidement rejoint par d’autres militant-es syndicaux comme politiques.

Le gouvernement, comme les bonnes âmes de gauche, ont tort de réduire ce mouvement contre le pass sanitaire, dont un premier sondage démontre la popularité, aux seuls antivax et autres complotistes ou même comme un succédané des Gilets jaunes : c’est avant tout face à la morgue de Macron, loin de l’agitation à Bregançon, un nouveau recul de nos libertés, dont seuls les gogos peuvent croire au caractère transitoire, ou la menace de licenciements sanitaires dans un contexte de consommation molle que la foule se dresse (la moindre participation à la nouvelle manifestation organisée au même moment par Philippot et la multiplication des appels à la grève dans les hôpitaux sont d’ailleurs des signes en ce sens).

Paix civile ou crises multiples ?

On ne sera donc pas surpris que la police veuille réfréner cet engouement : face à la marée humaine parisienne, elle a fait en sorte que la situation dégénère à l’arrivée de la manifestation à Bastille, en ne laissant qu’un trou de souris rue de Lyon pour permettre la dispersion de milliers de personnes, transformant ainsi la place en nasse géante (j’ai dû me désister de nos pancartes si je vous voulais la quitter). Ceux qui tout le long de la manifestation appelaient les forces de l’ordre à la fraternisation, tout comme au début des Gilets jaunes, en ont été pour leurs frais : désolé, la police ne rompt les rangs que lorsque sa vie est menacée, comme lors de la révolution égyptienne de 2011.

Le Conseil constitutionnel, qui rendra sa décision le 5 août prochain en vue d’une possible mise en œuvre du pass à partir du 9, porte une lourde responsabilité dans le dénouement de cette crise politique estivale : mettre le gouvernement au banc pour laisser la place à un débat de fond, y compris sur la vaccination obligatoire, ou bien accompagné, par une décision mi-chèvre mi-choux, l’extension du pass sous couvert de nécessité de lutte contre la progression du variant Delta. Dans ce dernier cas, c’est un mélange de Kafka et d’Orwell qui attend au quotidien y compris les porteurs du dit pass (c’est la centaine d’appels reçus à notre permanence qui me permet de livrer cette appréciation) et un nouveau samedi de manifestation de tous les dangers. Somme toute, pour paraphraser Churchill, les sages ont le choix entre l’honneur de leur charge ou ajouter d’autres crises à celle sanitaire au risque de choisir le déshonneur et de jeter les prémisses d’une guerre de tous contre tous.

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