ACTE XIII : RETOUR AUX SOURCES

Ce samedi, nous étions de retour aux Champs Elysées, fermés pour l'occasion, ce qui ne s'était pas produit depuis décembre dernier pour intégrer le cortège du Front social animé par les postiers du 92, en grève depuis plus de 300 jours

et qu'on peut soutenir financièrement ici. Il était situé au sein d'un pôle lutte de classes conséquent, supérieur en nombre à celui de samedi dernier, composé de camarades du NPA, d'Alternative Libertaire et de Solidaires, avec leur service d'ordre respectif pour faire échec à toute nouvelle attaque fasciste, mais aussi de la CNT et d'Ensemble rejoints, fait nouveau, par la CGT Paris dont son secrétaire général (j'ai aussi constaté la présence d'une dizaine de syndiqué-es FO), des élu-es de la France Insoumise et de la Plateforme d'enquêtes militantes. Évoluait aussi en marge l'AFA et des dizaines de blacks blocs, lourdement équipés.

La tension était à son comble une fois à la hauteur de l'Assemblée Nationale suite à l'intervention des forces de l'ordre au motif de faire échec à une tentative d'intrusion au travers des palissades érigées au fronton pour des travaux : c'est là où un photographe gilet jaune d'une trentaine d'années a perdu sa main suite à l'emploi d'une grenade de désencerclement... Alors que le nouvelle de cette cinquième main arrachée se répandait, le défilé s'est poursuivi jusqu'à Montparnasse puis au Luxembourg, où ce fût le tour de celle de la librairie La Nouvelle Droite, avant de retourner sur ses pas où notre bloc s'est dissous alors que le reste de la manifestation s'est poursuivie jusqu'aux Invalides puis de manière sauvage jusqu'au Trocadéro.

Après cet énième acte, force est de constater que la mobilisation parisienne des gilets jaunes est revenue à ses basiques : la manifestation non-déclarée s'est fondue à celle autorisée pour mieux en modifier le cours, les banques croisées sur le parcours ont pris cher tout comme les voitures de luxe et la police a dû reculer à plusieurs reprises face à des manifestant-s déter. A Bordeaux, Toulouse ou Montpellier, la participation reste constante et l’extrême-droite est mise en déroute ; de nouveaux espaces de contestation comme Lorient, La Roche-sur-Yon ou la frontière italienne sont même investis.

Le gouvernement reste lui enferré, faute de réponse politique forte hormis celle répressive : plus Macron dérive vers la droite, ce qui lui permet de remonter dans les sondages en incarnant le parti de l'ordre,  plus la ligne du "en même temps" s'effiloche comme en atteste l’abstention inédite d'une cinquantaine de député-es En Marche sur la loi anti-manifestant-es. Il ne lui reste que la calomnie au travers de l'exploitation de l'inscription antisémite faite sur une boutique parisienne la veille de la manifestation parisienne dans un quartier qu'elle n'a pas traversé, de la tentative d'incendie de la résidence secondaire du Président de l'Assemblée et de la destruction d'un véhicule Vigipirate dont le suspect, appréhendé depuis, n'est pas un gilet jaune. Le pourrissement du mouvement, dont la popularité reste stable, ne vient toujours pas, le Grand Débat fait lui de moins en moins recette.

Pour autant, le mouvement reste campé sur un plateau, le 5 février n'aura permis qu'à combler en région parisienne la méfiance respective entre syndicats et gilets jaunes mais aussi à mettre en évidence les secteurs où la grève peut démarrer, que ce soit dans l'éducation et les impôts. Si la prochaine journée interprofessionnelle, prévue à priori le 14 mars prochain, est préparée sérieusement et sans être parasitée par une cohorte de mouvements sectoriels alors que le débat national arrivera à son terme et que les beaux jours reviendront, la situation d'affrontement politique et social trouvera là à se généraliser.

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