LIBERTE(S)

Nouvelle manifestation parisienne, cette fois-ci au départ de Neuilly-sur-Seine qui, à voir la tête du personnel de la Mairie devant laquelle elle est passée (l’ex-fief de Sarkozy), s’en souviendra longtemps. Pas grand monde au départ, de surcroît sous la pluie, mais les apparences, on le sait, sont souvent trompeuses.

En effet, la participation a enflé une fois rentrée dans Paris par Porte Maillot jusqu’à atteindre celle du samedi précédent. Dans les rangs, davantage de militant-es syndicaux mais aussi politiques - dont LO et le POID avec leur presse - mais toujours en ordre dispersé, encore plus de primo-manifestant-es, toujours venus en famille en dépit des affrontements prophétisés (la police encage cette manifestation, pas celle de Philippot, ce qui en dit long) et un port du gilet jaune qui devient anecdotique. L’arrivée de la manifestation se fera en fanfare place du Châtelet où la foule a l’intelligence de ne pas surréagir à la nasse rapidement mise en place.

Liberté de quoi ?

Ce mot, dans la bouche de dizaines de milliers de manifestant-es contre le pass sanitaire car il s'agit bien de la tendance dominante quand on a un nombre de manifestant-es multiplié par deux depuis le 17 juillet dernier, doit-il être réduit à celle de se vacciner ou non ? Liberté de travailler, de réunion, d'aller et de venir, du choix de l'éducation de ses enfants etc. Et demain, celle de grève, après les propos méprisants de Véran à ce sujet ? Depuis ce lundi, dans le monde d'après, celui du QR Code dont l’application dans le temps et différents domaines ne fait que commencer (après un pass sanitaire, celui climatique ? Le GIEC nous explique que notre maison ne brûle pas seulement, elle fond), chacun-e pourra juger ce que ce mot, à conjuguer au pluriel, signifie, en tout cas plus qu’un permis à points.

Fin de la gratuité des tests, abandon du port de masque dans les lieux où s’applique le pass au risque d'y créer de nouveaux clusters, filtrage de l’accès à l’hôpital, de celui aux centres commerciaux de plus de 20.000 m² à partir d’un certain seuil d’incidence du virus etc. : on appréciera dans quelques temps ce que ce mélange de mesures de freinage et de contraintes, qui pèse davantage sur les plus pauvres en lieu et place d’une incitation vaccinale raisonnée  produira au plan sanitaire ainsi que ses effets de bords.

Aveux et anathèmes

Le débat à gauche sur la participation ou pas à cette mobilisation n’est pas sans rappeler, en plus vif, celui qui opposait nonistes et ouiistes lors du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen de 2005, avec des excès et des outrances des deux côtés. Natahalie Loiseau, députée européenne LREM, sort elle de son nid douillet du Parlement Européen pour la discréditer en mettant en exergue une raclure antisémite pour signifier que ce mouvement l'est... Venant de la part d'une ancienne affidée d'un syndicat d'extrême droite, ça ne manque pas de sel. Faire de même quand on se dit de gauche après que le même traitement médiatique a été appliqué aux Gilets jaunes, interroge.

Ce qui peut faire évoluer la mobilisation dans le bon sens ? L'entrée dans la bataille des grévistes de la santé (il faut tenir compte du fait qu'entre le dépôt des préavis et les grèves elles-même, plusieurs jours s'écoulent) et les suspensions, licenciements et refus d'embauche (c'est tout de même une tâche syndicale que celle de défendre les droits des salarié-es), y compris de ceux qui auront un pass ou sont sur la voie de la vaccination tant l’application de ce dernier est une usine à gaz. La multiplication des terrasses sauvages peut devenir le moyen propre à l'expression de notre camp où tenir les deux bouts de la chaîne (pour la vaccination et contre le pass) et élargir la mobilisation à la contestation de l'autoritarisme et de la politique antisociale du gouvernement, d’autant que le Conseil constitutionnel lui-même a exclu de l’application du pass ce qui relève de l’expression syndicale et politique.

Ce qui peut en renforcer le caractère réactionnaire de celle-ci, qui bien sûr existe comme dans tout mouvement populaire et en fonction des réalites locales ? La mise en branle des restaurateurs, qui tirent la langue suite à la désaffection de leurs établissements, or cette clientèle-là est plutôt de droite d’où l’œillade des maires RN qui font savoir que leur police municipale ne contrôlera pas leurs bars. Sortons de l’effet miroir : la dialectique, ça n'est pas vouloir à tout prix faire rentrer des carrés dans des carrés, c'est pouvoir reconnaître les carrés des ronds là où " nous devons concentrer toutes les gouttelettes et les petits ruisseaux de l’effervescence populaire, qui suintent en quantité infiniment plus grande que nous ne nous le représentons, et qu’il importe de réunir en un seul torrent gigantesque. " Vaste programme.

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