ACTE IX : ENCORE UN EFFORT !

Ce nouvel acte parisien des gilets jaunes a tenu toutes ses promesses, à commencer par celle de démentir le scénario apocalyptique que nous avait promis le gouvernement, à savoir une ultra-répression, voir des morts...

Après avoir retrouvé le Front social, nous avons rejoints les gilets jaunes à Bercy. Pour la première fois, un service d'ordre avait été mis en place mais composé en majorité d'anciens militaires dont certains aux accointances troubles or, dans le même temps, le NPA était présent et bien visible et ses autocollants se sont arrachés. Ce sont plusieurs milliers de personnes qui ont rejoints avec calme et détermination les autres cortèges de gilets jaunes venus de la capitale ou de Montreuil (gilet jaune parisien ou banlieusard, ça existe désormais, preuve de l'extension du mouvement).

Oui, la confusion existe dans les rangs des gilets jaunes : il va y avoir quelques quenelles (qu'une camarade a conseillé aux intéressés de se mettre dans le c...) ou deux manifestant-es croisés qui portaient un gilet jaune commercialisé par Dieudonné reprenant cette expression (interrogés, ils répondent que ça les fait rire) tout comme il y a la Marseillaise, le drapeau français et le bonnet phrygien repris dans leur sens pleinement révolutionnaire et, au travers des slogans repris, inscrits sur les gilets et les pancartes (le RIC et le pouvoir d'achat par exemple) une nette coloration de classe.

Davantage de syndiqué-es CGT et Solidaires visibles aussi dans le cortège, tout comme des stylos rouges, avec le gilet tout comme nous, un badge ou un autocollant de leur organisation sans que cela ne provoque de tensions. Surtout, une manifestation qui se passe bien comme les forces de l'ordre ont été positionnées loin de nous. Enfin, ce fût un nouveau coup dur pour l'économie en ce premier samedi des soldes comme de nombreux magasins sont barricadés ou ferment leurs portes le temps que le long cortège passe. C'est donc sans incident que nous sommes arrivés place de l'Etoile, rapidement transformée en nasse géante d'où le début des heurts.

En région, Bourges est devenue la capitale d'un jour des gilets jaunes, Bordeaux celle de la contestation et la petite ville de Commercy celle politique, la preuve aussi que ce mouvement est non seulement ancré dans les territoires mais que la prochaine étape de sa mue viendra de là. Un mot, un dernier pour déplorer les agressions de journalistes, petits soldats de l'information à ne pas confondre avec les éditorialistes des médias qui ne cessent de médire sur cette révolte, ce qui en dit long - et on peut appliquer la même lecture vis à vis de la police et du personnel politique - sur le degré de rupture qui prévaut chez les gilets jaunes.

En résumé : la mobilisation s'élargit et se précise dans ses formes, deux mois après son déclenchement et sans accaparement par une minorité de la parole collective. Si l'objectif sérieusement visé est le départ de Macron et, à travers lui, une rupture radicale de système, on ne fera pas l'économie de la grève, c'est à dire de bloquer l'économie pas seulement un jour sur sept et en ses flux mais en continu et là où se produisent les richesses ; voilà la clé.

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