10 DÉCEMBRE : L'ENRACINEMENT

Après la formidable journée du 5 décembre dernier, qui a vu des manifestations monstres mais aussi une participation record à la grève, celle de mardi était attendue.

Elle a compté moins de monde, avec une participation en régions qui restait forte, mais il faut se rappeler que cette journée n'a été appelée que vendredi dernier, là où l'éruption du 5 faisait suite à deux mois de préparation.

Sur Paris, la manifestation comptait encore une dizaine de milliers de personnes, avec un imposant cortège de tête dans lequel de nombreuses équipes syndicales se sont retrouvées (les Douanes et les inspecteurs du travail participaient à celui de Solidaires). Et hier, ce sont encore quelques milliers de personnes qui défilaient dans la capitale pour la troisième fois en une semaine alors que, en province, de nombreux blocages ont eu lieu dont ceux des ports.

Il faut savoir terminer une grève ?

Mercredi, c’était le temps des annonces du Premier Ministre visant à diviser entre eux les futurs retraités, à grand renfort de décalage dans le temps et de compensations des effets de la réforme ainsi qu'à acheter le camp syndical qui n'est pas ou peu dans le conflit, or la manœuvre a piteusement échoué : d'abord auprès de l'opinion (qui voudrait sacrifier l'avenir de ses enfants ?) mais aussi de la CFDT avec l'introduction rapide, déjà esquissé dans le rapport Delevoye, d'un âge d'équilibre qui va repousser de fait la retraite à 64 ans pour le plus grand nombre.

Des grèves qui durent (transports, éboueurs), d'autres qui démarrent (raffineries, dockers) ou qui se construisent (éducation, hôpitaux), des syndicats dits réformistes humiliés qui se sentent obligés de taper du poing sur la table et le MEDEF, sans surprise, qui applaudit : voilà où nous en sommes à deux semaines des fêtes de fin d'année et de la supposée trêve des confiseurs... On comprend mieux pourquoi Macron se tient mutique au cas où.

Vers le 17 décembre... et au-delà !

La nouvelle journée de mardi sera certainement encore plus forte que les précédentes, ente les nouvelles angoisses générées par les annonces et le plus large appel syndical. Mais surtout, si la grève dure et qu'elle s'étend, à commencer par les routiers lundi, et si le gouvernement ne concède pas pas davantage pour raccrocher le camp réformiste a sa réforme, la thrombose guette l'économie.

Tout comme le retrait de la taxe que les Gilets jaunes ont obtenu par l'émeute en décembre dernier, les masses grévistes, si elles tiennent mais surtout grossissent et pas seulement à l'occasion des journées d'action, peuvent obtenir le retrait de la retraite par points ET de son report à 64 ans !

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