DIVORCE

Avec la proposition de Loi sur la Sécurité Globale, la dérive ilibérale de l'executif - le vrai maître d'oeuvre de cette loi s'appelle Darmanin, le Ministre de l'Intérieur - devient visible, voire franchement embarassante et ouvre la voie à une crise politique qui perdure, tout comme celle déclenchée par l'affaire Benalla.

Après avoir fustigé les lois liberticides de la Hongrie et de la Pologne, Macron devient l'arroseur arrosé alors que s'éléve chaque jour plus nombreuses des voix, en France comme à l'étranger, d'institutions garantes des droits de l'homme pour critiquer le dit projet. C'est sur fond d'abstension massive des députés de la majorité qu'il a cependant été adopté, un vote vite désavoué par le Premier Ministre lui-même, qui a achevé de décrébiliser les playmobils du groupe En Marche en appelant à constituer une commission pour enterrer le problème, et donne lieu à des manifestations inédites, tant par leur durée que par leur participation.

Quand les journalistes de la rédaction du Figaro et de Paris Match se retrouvent bras dessus-dessous avec David Dufresne et Taha Bouhafs pour exiger le retrait de l'article 24 du projet qui punit la diffusion d'images de policiers, c'est qu'il se passe quelque chose. Quand les manifestations du 28 novembre dernier, précédées par la diffusion de l'intervention de la police Place de la République à l'encontre des migrants et celle du tabassage d'un producteur de musique parisien, connaissent une affluence historique et exige le retrait de tout le rexte, la situation devient intenable.

Le "En même temps" ne fonctionne plus : la police rappelle à Macron, suite à son interview à Brut où il a reconnu du bout des lèvres qu'il existe des violences policières, que sans elle, le roi est nu... La réponse de l'institution policière, c'est non seulement la grève des contrôles d'identité mais une stratégie de la terre brulée, mise en oeuvre par la Préfécture à la manifestation parisienne qui a suivi, qui a donné lieu à des violences. Le Président a aussi eu la prescience de ne pas se voir à nouveau automatiquement candidat, comme Hollande en son temps, et de déclarer que, à force d'aller trop vers la droite, ça pouvait poser un problème face à Le Pen au second tour vis-à-vis de l'électorat de gauche. 

On verra dans les mois qui viennent comment la bourgeoisie tranchera ce dilemme tout en cherchant à droite un éventuel candidat de remplacement : un exécutif en mode "ça passe ou ça casse", avec la relance de la réforme des retraites au programme, au risque d'aller vers un affrontement qui ferait passer la mobilisation des gilets jaunes pour un aimable pique-nique tant la crise suinte de partout ou bien louvoyer jusqu'en fin de mandat, à commencer par retirer définitivement l'article 24, voire la loi d'ici l'an prochain.

En attendant, la manifestation parisienne de ce samedi, que la plupart des organisations traditionnels ont déserté, a donné lieu à une convergence avec celle contre la loi sur le séparatisme soit un rapprochement des jeunes politisés avec celles et ceux des quartiers populaires. C'est pour briser ce mouvement en construction, qui reprend le meilleur des mobilisations ininterrompues qui existent dans le pays depuis 2016, que la police s'est comportée comme une bande d'hommes armés, brisant le cortège à de nombreuses reprises et interpellant gratuitement les manifestants.

Le déconfinement, prévu le mois prochain, avec son lot de nouvelles faillites et de icenciements va aussi accélérer la crise sociale à laquelle plusieurs syndicats de la CGT et de SUD travaillent à donner une expression en organisant une marche nationale contre les licenciements le samedi 23 janvier. L'accumulation de ces crises fait qu'un moment sur-gilets jaunes se dessine, qui remet au coeur de la situation le besoin d'un débouché politique et ce avant l'élection de 2022 : construisons-le !

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.