Une gestion coloniale du maintien de l'ordre

Voilà à quoi j'ai assisté ce jour. Je n'ai pas pu aller jusqu'à Barbès, lieu de départ de la manifestation interdite mais un camarade sur place m'a raconté.

Avant même l'heure prévue, dès qu'un groupe se formait, il était disloqué et il a été fait usage de grenades lacrymogènes et du canon à eau (on peut toujours après s'indigner des méthodes de Poutine et de sa police qui disperse un rassemblement dès qu'il est constitué de trois personnes).

J'ai rejoins un cortège de plusieurs centaines de personnes à La Chapelle qui a été pourchassé vite par la bleusaille jusqu'à Jaurès par à-coups (les CRS montent dans les cars, descendent vite une fois la foule repérée,  la disperse puis remontent pour la suivre et recommencer à nouveau). Beaucoup de "petit-es", venus en dépit de la fermeture des métros comme lors des épisodes des Gilets jaunes mais aussi des RER à Gare du Nord.

Les organisations de gauche qui se sont illustrées à maintenir l'appel à manifester étaient noyées dans cette masse déterminée qui, n'en déplaise à Darmanin, ne s'est pas emportée face à la police et n'a pas manifesté un quelconque antisémitisme.

La manifestation a bien eu lieu, le soutien au peuple palestinien et à la population gazaouie, pris au piège dans des calculs politiques et un rapport de force totalement asymétrique, s'est exprimé avec force et dignité comme ailleurs dans le monde.

En régions, où la plupart des manifestations n'étaient pas interdites, la participation était encore plus ample, le tout dans le calme : derrière la prophétie autoréalisatrice du gouvernement, c'est une conception de ce qui reste du droit de manifester qui est mis en œuvre sans que même l'extrême-droite, qui gangrène les forces de l'ordre, ne soit au pouvoir : jeunes racisés ou pas, manifestant-es du cortège de tête ou syndical, grévistes, réfugié-es...

Voici tous ceux et celles à faire taire, ces empêcheurs d'opprimer et d'exploiter en rond désignés sur CNews à longueur de journée, comme une répétition d'un Talon de Fer 2.0.

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