MAI 2018 : REPETITION GENERALE ?

Un mouvement comme une nébuleuse : après le coup de bambou de l’élection de Macron et l’adoption des ordonnances « réformant » le Code du travail l’an dernier, c’est l’impression que les mobilisations de ces derniers mois, qu’elles soient interprofessionnelles ou sectorielles, laisse.

« Je dis que la flamme révolutionnaire brûle où elle veut et qu’il n’appartient pas à un petit nombre d’hommes dans la période d’attente que nous traversons, de décréter que c’est ici ou là seulement qu’elle peut brûler. » André Breton

Un mouvement qui tombait de surcroit en pleine commémoration des 50 ans de Mai 68 et qui, quand bien même il n’en a pas donné les mêmes fruits, est la poursuite de la (re)configuration du mouvement social, entamée par la mobilisation contre la loi Travail de 2016, plutôt qu’une queue de comète.

Le train-train de la grève

A la SNCF, il apparait désormais clairement que la tactique de la grève en pointillé, validée par la CGT, l’organisation syndicale majoritaire, n’était pas là pour obtenir le retrait du pacte ferroviaire mais faire pression sur la négociation : le problème, c’est que les cheminot-es se retrouvent au bout ni avec l’un, ni avec l’autre.

Les 38 jours de grève, menés depuis la réussite de la manifestation nationale du 22 mars, un nombre qui dépasse ceux des grèves de 1986 et de1995, montre l’ampleur du potentiel ainsi dilapidé… Maigre consolation, la justice a annulé le retrait de salaire en continu opéré par la direction à l’encontre des grévistes. La fêlure ainsi créée entre le personnel et le PDG, le volontarisme de SUD Rail, les jalons posés par l’Intergares etc. tout cela pèsera lourd lors des prochaines élections professionnelles prévues en décembre.

Etudiant-es/Lycéen-nes, même combat !

Il aura fallu plusieurs mois pour que la communauté étudiante réalise les dangers de la loi ORE et de Parcoursup avant qu’un mouvement d’occupation se déploie dans près d’un tiers des universités françaises. Il s’est vite heurté à une répression forte, en particulier suite à la tentative d’occupation du lycée parisien Arago où, pour tuer dans l’œuf l’extension de la mobilisation aux lycéen-nes, le pouvoir a adopté une réponse judiciaire clairement politique.

Pourtant, alors que plus de 60.000 futurs étudiant-es sont toujours dans l’incertitude de leur affectation à quelques semaines de la rentrée, tout laisse à penser que nous sommes en présence d’une bombe à retardement tic-tac, tic-tac...

Dans le privé, on ne se prive pas de faire grève

Le phénomène le plus marquant de cette période était pourtant le moins visible, à savoir la pléthore de grèves qui ont eu lieu dans le secteur privé, grèves qui s’inscrivent dans la séquence entamée en janvier dernier avec la mobilisation dans les EHPAD puis qui s’est à nouveau exprimée fortement à Carrefour le 31 mars dernier.

Ce sont des grèves reconductibles aux Catacombes de Paris, chez des EJE parisiennes ou les postiers du 92, toujours en conflit depuis le 26 mars dernier. A McDonald’s a eu lieu la plus forte mobilisation depuis 15 ans, couronnée par une occupation de plusieurs jours du restaurant de Gare de l’Est ; occupation aussi dans la santé à l’hôpital psychiatrique du Rouvray puis du Havre et toujours en cours à Amiens.

Une rentrée sociale prometteuse pour peu qu’on s’en donne la peine

L’été n’a pas été meurtrier pour la contestation, des grèves ont lieu que ce soient au magasin New Look du Forum des Halles, sur plusieurs McDonald’s marseillais, à Nantes dans la métallurgie ou les livreurs de Deliveroo. L’affaire Benalla, qui a rendu Jupiter muet quelques jours puis l’a durablement fragilisé, a aussi donné lieu, à l’initiative du Front social, à des rassemblements dans quatre villes le 28 juillet dernier et le mouvement des quartiers populaires, après avoir pris la tête de la manifestation parisienne de la marée populaire, a lui réussit la marche organisée en mémoire d’Adama Traoré le 21 juillet dernier.

C’est dans cette atmosphère tout sauf mollassonne que doivent se réunir fin août plusieurs confédérations syndicales, dont FO qui a pris un tournant plus revendicatif suite à son changement de secrétaire général, pour seulement proposer d’organiser une journée interprofessionnelle à la rentrée et, en même temps, vont à nouveau se livrer au jeu de dupes de la concertation avec le gouvernement (Solidaires n’a pas attendu en organisant le 29 août prochain pour la deuxième année consécutive une manifestation à l’université d’été du MEDEF). Avec la refonte de la fonction publique, le big bang des retraites et de la prise en charge des arrêts de courte durée qui ne serait plus dévolue à l’assurance maladie, il y a pourtant assurément matière à se faire entendre… et sérieusement !

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