CHANT DU CYGNE ?

Annoncé depuis plusieurs semaines, le neuvième acte de la mobilisation contre le pass sanitaire aura tenu ses promesses, en particulier sur Paris.

Deux cortèges à l'appel des Gilets jaunes, qui comptaient de nombreux provinciaux comme en atteste la présence de drapeaux régionaux dans les cortèges, se sont ébranlés en début d'après midi, respectivement depuis les Invalides et Port Royal. Il fallait d'ailleurs montrer patte blanche pour accéder au premier alors que dès le matin, des premières tensions ont eu lieu sur le lieu initial de départ de la manifestation refusé la veille par la Préfecture.

Le pôle ouvrier, constitué à l'initiative de plusieurs syndicats CGT et SUD, qui s'y trouvait était plus conséquent que d'habitude et sa participation à la manifestation sur ses propres slogans a été bien accueillie à l'exception du groupe bassiste Guerre de classe, venu en nombre (" Ni parti, ni syndicat ! ").

Comme un air des actes 3 et 4

Les deux cortèges, dont le nombre réuni est sans doute le plus important dans la capitale depuis le début de la contestation, se sont rejoints au Conseil d'Etat où des afrontements ont débuté dès la dispersion avec la police en dépit d'un dispositif impresssionant visant à interdire l'accès aux Champs Elysées. Ils ne sont pas sans rappelé ceux qui ont eu lieu en 2018 sur l'avenue en question.

Avec 120.000 manifestant-es dans toute la France selon les autorités, on a certes encore un chiffre qui s'effrite pour la cinquième fois consécutive mais reste néanmoins conséquent par rapport au lancement. Il y a là une base contestataire solide, chez qui le port du gilet jaune par ailleurs devient anecdotique, bien déterminée à continuer à descendre chaque samedi tant que le pass sanitaire perdurera, voire jusqu'à la présidentielle.

Alors que le taux de vaccination approche les 80 % et que Macron laisse entendre que le pass serait remisé plus vite que prévu là où la situation sanitaire le permet, il faut comprendre que le mouvement est à un tournant, y compris en terme de motivations et de revendications et ce alors que les suspensions de soignant-es non- vaccinés, dont le nombre est honteusement minoré par le Ministre de la Santé, elles ont débuté.

Pendant ce temps-là, l'opposition officielle au gouverment dialoguait à la Fête de l'Humanité avec Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement qui maintient que des éléments de la réforme des retraites seront appliqués avant 2022, ou Valérie Pécresse, qui se rêve elle en Tatcher française, et réaffirme son soutien à la police, détestée de plus en plus pas tant pour ce qu'elle est mais pour ce qu'elle fait.

La vraie opposition à Macron et son monde, au pouvoir de fait depuis 2014 et son entrée au gouverment comme Ministre de l'Economie, c'est celle qui se construit dans la rue et s'élargit depuis 2016 au travers de Nuit Debout, du cortège de tête, des Gilets jaunes, de la longue grève des retraites, de la mobilisation Adama et désormais pour le retrait du pass sanitaire. C'est elle qui prédomine et sur qui compter pour la suite, avant comme après les élections de l'an prochain, pas sur les vieilles formes de la politique et du syndicalisme.

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