C'est de la santé publique ? Non, c'est de la politique, idiot !

Avec quelques camarades, nous avons été à la manifestation parisienne des Gilets Jaunes pour juger sur pièces comme on dit. La manifestation, encadrée par un dispositif policier conséquent, a vu son affluence augmenter en cours de parcours mais rien à voir avec ce qui s'est passé en régions.

Deux autres manifestations étaient organisées dans la capitale : celle menée par Philippot qui, il faut l'avouer, a compté plus du monde avec une tonalité clairement antivax et un rassemblement à République, vite dispersé.

Le cortège était composé de gilets jaunes de la première heure mais aussi de beaucoup de primo-manifestant-es de tous âges, de soignantes en blouse, de syndiqué-es CGT, FO et SUD arborant des signes distinctifs, de militants pro-palestiniens avec des drapeaux, de femmes voilées (dans une manifestation d'extrême droite Mdr) ou de parents inquiets de la vacination de leurs enfants.

Un groupe antisémite s'y est niché : trois personnes agées portant la même étoile jaune en carton avec "passe sanitaire" inscrit dessus. Extrait de l'échange avec l'un d'entre eux :

- " Vous savez ce que vous portez ? "

- " Oui, bien sûr. "

- " Vous ne trouvez pas l'analogie douteuse ? Vous pensez que si vous n'êtes pas vaccciné, vous allez terminer dans un camp, voire dans un four ? "

- " Non, mais si ça continue, ça sera le cas dans dix ans. "

- " En faisant ce type de comparaison, vous salissez la défense des libertés que vous prétendez servir et donnez le baton pour vous faire battre à vos contradicteurs. "

- " Non, cette étoile, c'était déjà le cas sous Saint Louis. "

Aussi un autre avec une banderole : " Emmanuel Rotschild, ton maître est le diable. "

Ces individus à l'idéologie nauséabonde n'était qu'une poignée (et réunis puissance dix à la manifestation de Philippot) là où la tonalité de la manifestation était clairement contre le #PasseSanitaire (la foule, outre les traditionnels slogans Gilets jaunes, reprennait "El pueblo unido" et "Anti, anti, anticapitalistes" se transformait en "Anti, anti, anti-passe sanitaire") et l'autoritarisme du pouvoir (cf. les pancartes en photos dont une, pas prise, appellant à la démission de Moretti suite à sa mise en examen). Jerome Rodrigues, un des organisateurs présents, a lui clairement fustigé la récupération philipienne et se gardait, dans son discours, d'opposer vaccin-és et non-vaccin-és.

Après, comme l'a souligné un camarade qui a fait de même sur Avignon, on peut se borner à détourner le regard tout en se bouchant le nez. Alors que plus de 100.000 personnes non-organisées, probablement trois fois plus si on croise le nombre de manifestations et les chiffres de participation données par la presse régionale, sont descendus dans la rue en plein été et en un temps record, le mouvement ouvrier ne peut se borner à rester en vacances et encore moins donner rendez-vous à la rentrée (attendons le 30 août pour connaître la date, hein).

Le texte passe lundi en Conseil des Ministres lundi et sera examiné au Parlement la semaine prochaine avant son passage par le Conseil constitutionnel pour son entrée en application en août prochain. Faut-il, par exemple, attendre de connaître dans le détail le bouleversement sans précédent en matière de contrôle des salarié-es, de licenciement et de droit syndical (quid de la liberté de circulation de délégué-s sans pass) pour réagir ? Il y aura encore foule samedi prochain, avec un probable raidissement dans les cortèges (des attaques de permanences de député-es En Marche ont déjà commencé). A gauche, on propose quoi plutôt qu'assister impuissants à ce qui va devenir un combat entre deux camps réactionnaires, fixant ainsi la tonalité de la prochaine élection présidentielle ? Quelques modestes propositions :

- Pour un plan de vaccination raisonné par catégorie d'âge et risque d'exposition,

- Pour le rétablissement des jauges et de la gestion des fluxs (comme si le tout-vaccination dispensait des gestes barrières),

- Ni révocation, ni licenciement !

- Abandon des projets de régression sociale !

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