16 ET 18 JANVIER : ET SI TOUT COMMENCAIT ?

Un mois et demi d'une grève historique dans les transports donc quoi de plus normal qu'elle s'étiole ? Les éditorialistes crient à l'échec de la mobilisation, qui ne seraient plus que le fait de "minorités violentes", mais font l'impasse sur son caractère profond.

Ainsi, on aura eu droit le même jour a un blocage inédit du musée du Louvre, à une visite des locaux de la CFDT par des grévistes et à la fuite de Macron d'un théâtre, qui n'est pas sans rappeller celle du Puy-en-Velay en 2018 : giletjaunisation de la grève donc, qui s'élargit à l'éducation avec la contestation des E3C, la culture, l'éducation dont la recherche ou les ports et l'énergie dont blocages et coupures font tirer la langue aux entreprises.

Cet élargissement était plus que perceptible à la manifestation parisienne du 16 janvier, forte encore de 150.000 personnes, où le cortège de tête, composé quasi-exclusivement de grévistes, faisait la part belle aux professeurs des différents niveaux, aux lyceens et étudiants ou  à l'industrie.

Une grève qui dure aussi en rendant tricards partout où ils vont les macronistes alors que se généralisent les spectaculaires opérations de dépose d'outils de travail, initiée par les avocats.

Il ne faut pas opposer les grèves reconductibles, portées principalement par les transports jusqu'alors, et lesj ournées de grève interprofessionnelles, les manifestations du samedi ou de nuit et les blocages. On ne revient pas sur trente ans de désyndicalisation dans le secteur privé en quelques jours, c'est pour cela que même les appels de Philippe Martinez à tous et toutes faire grève tombent en partie dans le vide mais...

Une manifestation syndicale par défaut

La manifestation samedi 18 janvier pour l'Acte 62 des Gilets jaunes était forte (environ 20.000 personnes) et pas uniquement sur Paris : les Gilets jaunes, ce sont justement ces salariés du privé, ces ouvriers du BTP qui s'affichaient en tant que tels, ces smicards ou ces femmes à temps partiel, qui ne sont pas ou peu intégrés par les syndicats, qui ne seraient soi-disant pas dans la grève alors qu'ils et elles sont courageusement dans la rue depuis plus d'un an (seuls Solidaires et le NPA étaient dans la manifestation a leurs côtés).

Ils et elles étaient suffisamment nombreux pour que des centaines de policiers enserrent non seulement la tête du cortège mais aussi un tiers de ses flancs ce qui n'a pas empêché des débordements. Ils et elles lui font encore suffisamment peur pour que la dispersion, une fois arrivé à Gare de Lyon, soit des plus violente. Ils et elles étaient là pas seulement pour les retraites mais aussi pour dégager Macron.

S'y ajoute l'énergie héroïque des grévistes en reconductible et désormais l'inventivité des professions intellectuelles. C'est cette alliance, qui se forge au plan local, qui peut encore tout emporter, alimentée par la parodie de débat qui se prépare à l'Assemblée Nationale, dont le Président mis en examen voit les charges qui le visent s'alourdir, et ce alors que les deux tiers de l'opinion demande durablement le retrait de la réforme.

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