Acte XI : Le pire et le meilleur

Pour ce nouvel acte, nous nous sommes retrouvés, en particulier avec les postiers du 92, à midi Cours de Vincennes, une des quatre manifestations prévues ce jour-là dans la capitale. Nous avons d'abord mené une action de soutien aux grévistes de Green Factory.

En effet, cinq des trente-sept salarié-es que compte cette entreprise parisienne de jardinerie sont à nouveau en grève illimitée depuis ce mercredi. Pour seule réponse de leur employeur, une répression féroce aussi nous avons fait savoir sur le stand exploité par la société au Bon Marché que nous ne le laisserions pas faire impunément d'ici mercredi, jour prévu pour l'entretien de licenciement collectif, avant de nous rendre à la manifestation.

Arrivés Porte de Vincennes à l'heure prévue, c'est un groupe d'environ 2.000 gilets jaunes, dont Eric Drouet, qui est parti vers République et où notre cortège d'une soixantaine de personnes a su trouver sa place sans problème, y compris avec ses slogans sur la grève générale et anticapitalistes repris par d'autres participant-es.

La situation s'est par contre tendue à Bastille, où les différents cortèges se sont rejoints vers 16 h, avec de premiers affrontements avec les forces de l'ordre et la blessure infligée à une figure du mouvement, Jérôme Rodriguez, ciblé par un tir de LBD dans la tête en plein Facebook live et qui risque de perdre son œil... La volonté de le mutiler est tellement flagrante que la Préfecture de police et le ministère de l'Intérieur ont sasis d'eux-même l'IGPN ! Quant à République, où se tenait ensuite une première Nuit Jaune pourtant autorisée, les participant-es auront essuyé la même violence que lors de Nuit Debout : nasse, lacrymos, grenades mais aussi voltigeurs.

La participation était toujours aussi forte en régions, que ce soit à Bordeaux, Lyon, Nantes ou Toulouse, et marquée elle-aussi par des affrontements importants, y compris dans des villes moyennes comme Avignon ou Evreux. On voit bien que la mobilisation a trouvé son rythme de croisière, sur fond de grand débat (une opération de communication selon sa propre initiatrice qui s'est retirée de son organisation) et de bide de la manifestation ce dimanche des foulards rouges, censée montrer que la "majorité silencieuse" en a assez des gilets jaunes.

Le pire, c'est bien sûr l'attaque, à deux reprises, du cortège du NPA, finalement au départ du cortège des Champs Elysées, par des nervis d’extrême-droite (parmi les blessé-es figure un camarade de SUD PTT à qui je souhaite un prompt rétablissement ; un incident similaire a aussi eu lieu à Lyon le même jour mais là, ce sont les fascistes qui ont dû décampé). Le meilleur, c'est que la CGT Paris a pu intégrer sans problème contrairement à la semaine dernière le même cortège que nous, tout comme des étudiant-es mobilisés contre la hausse des frais d'inscription et des stylos rouges (j'ai aussi été interviewé par le Média une fois à République, insistant sur l'importance du 5 février : diffusion prévue ce jeudi). C'est aussi le succès de la réunion organisée à Commercy ce week-end, où 75 collectifs de gilets jaunes, venus de toute la France, et représentés par 300 délégué-es, ont participé à l’assemblée des assemblées avec une nette dominante sociale et démocratique.

Il est clair qu'on ne peut séparer le regain de répression policière et les attaques fascistes, qui mettent fin à la drôle de coexistence qui pouvait exister dans la rue, tout comme le lancement d'une liste gilets jaunes aux Européennes de l'échéance de la grève du 5 février prochain : d'abord appelée par la CGT puis reprise par les gilets jaunes "mouvementistes", elle l'est désormais, au plan syndical, par la CNT-SO, le Front social et Solidaires et politique  par, outre le NPA, la France Insoumise et LO pour le moment. Il importe que sorte de la réunion unitaire prévue ce lundi non seulement un appel le plus large possible pour cette date mais la volonté de faire bloc, dès samedi prochain, dans les manifestations pour non seulement porter plus largement la nécessité de construire la grève générale, seule à même de nous défaire de Macron et son monde, mais aussi de riposter efficacement à l’extrême-droite en leur sein : désormais, ça ne pourra être qu'eux ou nous.

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