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Billet de blog 1 oct. 2021

A PROPOS DU CONGRÈS DE L'UNION SYNDICALE SOLIDAIRES

Alors que le 8ème congrès de Solidaires s'est achevé hier, je publie sur ce blog mon post qui y est consacré suite à sa censure sur le groupe public "Syndicat Solidaires". Ce procédé, tout comme mon texte lui-même, en dit long sur l'état du débat au sein de cette organisation et, plus largement, celui du syndicalisme dit de lutte qui concerne pourtant l'avenir des travailleurs/euses de notre pays.

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« Il faut toujours dire ce que l’on voit ; surtout il faut toujours, ce qui est le plus difficile, voir ce que l’on voit. » Charles Péguy

Je suis amené à m’exprimer ici alors que, après avoir participé aux congrès de Solidaires de 2014, de 2017 et celui extraordinaire de 2020, je ne participerai pas à celui qui s’ouvre ce lundi, tout comme la Fédération SUD Commerces et Services que je co-anime pour une raison malheureusement triviale qui a été portée à connaissance des autres structures de l’union.

Je ne parlerai pas ici de la relation, même si il y aurait beaucoup à en dire, qu’entretient l’organisation vis-à-vis de son personnel, pas seulement parce que j’en fais partie depuis 2010 mais parce que j’ai toujours veillé à ce que le lien de subordination qui m’unit à elle ˗ et qui existe bien ˗ ne fasse obstacle, d’une part, à la mise en œuvre des mandats qui me sont confiés par nos adhérent-es et, d’autre part, à ma conscience, fût-elle subordonnée au moyen de subsistance qui découle de mon travail.

Je précise enfin que je suis également encarté politiquement même si cela n’a, à ma connaissance, jamais interféré avec la mise en œuvre des décisions qui sont prises par les adhérent-es et les syndicats. Je me dois de procéder à cette clarification pour souligner qu’un autre courant politique que celui auquel j’appartiens voit désormais dans Solidaires son pendant syndical, méprisant ainsi la charte d’Amiens et faisant pâlir la vulgate marxiste pour qui les syndicats sont la courroie de transmission du parti.

D’où je parle ?

Après avoir milité en entreprise pendant plus de dix ans, d’abord au sein de la CGT où j’ai pris quelques responsabilités dans mon département et ma branche professionnelle, j’ai rejoins Sud Solidaires en 2006 que j’ai contribué, avec d’autres collègues, à implanter dans l’entreprise de distribution culturelle où je travaillais. Alors que je me destinais à devenir inspecteur du travail, j’ai répondu favorablement à l’offre qui m’a été faite de devenir permanent syndical, d’abord pour le syndicat régional du commerce puis la structure nationale dont j’ai participé à la fondation.

J’ai donc connu l’époque où l’Union syndicale Solidaires voyait sa présence le plus souvent contestée dans les entreprises et les services, ses représentant-es généralement réprimés et son existence ostracisée par les confédérations comme par les pouvoirs publics. Cela a été pour moi l’occasion de rencontrer certains de ses membres fondateurs et de ses conseils habituels dont j’ai pu apprécié les qualités pas seulement militantes mais humaines et qui demeurent, pour moi, une source d’inspiration. Également de m’ouvrir à un large horizon syndical et politique où la question de l’unité se pose, pas tant en matière de contenu, mais sur des objectifs communs concrets.

Depuis 2009, j’occupe également un poste d’animation dans plusieurs structures successives, suite au choix de leurs membres, ce qui m’a permis de m’impliquer dans plusieurs conflits sociaux emblématiques dans la période dont j’espère avoir contribué à la réussite ainsi que de développer sur le tas une expertise en droit du travail, en particulier en matière prud’homale. Au travers désormais de la reprise de ma reconversion professionnelle, je compte bien faire de cette expérience une nouvelle vocation, toujours au service de notre classe.

Vous avez dit démocratiques ?

Pour commencer, je me plais à rappeler que qui aime bien châtie bien : les instances décisionnelles, où je représente avec assiduité ma structure, sont désertées avec la participation d’à peine la moitié des fédérations et syndicats nationaux membres et d’un tiers des unions départementales. La réflexion, quand elle n’est pas tout simplement confisquée par un nombre record de commissions auxquelles participent le plus souvent les mêmes, est dominée par des débats idéologiques plutôt que tactiques qui relèvent, le plus souvent, de la posture car sans nécessairement en lien avec une pratique syndicale de terrain.

Les statuts de l’union, sans même parler de la recherche du consensus, sont bafoués, l’indépendance des structures est remise en cause et les ingérences dans leur fonctionnement sont monnaie courante. Pire, des rapports de domination, qui ne sont pas nécessairement ceux que l’on croit, ont cours à l’encontre de celles qui sont considérées comme n’étant pas dans la ligne et sont à ce titre calomniées, voire brimées au plan financier.

La lutte contre toutes les oppressions quant elle n’est pas purement et simplement instrumentalisée pour régler des comptes au plan politique, prend le pas sur la construction de l’organisation dans les lieux de travail, raison première de notre existence. Il en est de même pour l’activité internationale. On peine ainsi à dégager ce que l’activisme en la matière, onéreux de surcroît, en particulier de l’équipe de direction apporte de concret pour les personnes et les causes concernées.

Enfin, la césure entre équipes des secteurs public et privé est actée là où la lecture des derniers chiffres de notre représentativité devrait inciter non seulement à l’humilité mais à revoir notre fonctionnement pour une meilleure prise en compte de ces dernières.

Syndicat de classe et de masse ou think tank social ?

En 2021, force est de constater que Solidaires, suite à la création du premier syndicat SUD aux PTT en 1989 puis de l’union du même nom en 1998, a vu sa force propulsive se dissiper. Cette situation porte un nom : l’institutionnalisation. En effet, depuis 2008 et la loi réformant la représentativité syndicale puis 2017, avec l’obtention d’un large financement public, « l’adversaire social » que craignait nos contempteurs a vu ses griffes émoussées.

Loin de moi le fait de regretter une quelconque pureté originelle, voire de se réfugier dans une optique minoritaire donc minorante : c’est parce que Solidaires occupe encore une position originale dans le paysage syndical, à la croisée entre le mouvement ouvrier traditionnel et les nouvelles formes de contestations sociales apparues ces dernières années, en particulier au plan environnemental, qu’elle peut aspirer à être autre chose qu’un partenaire privilégié de la CGT, davantage à gauche mais sans les mêmes muscles. Et multiplier les publications sur les réseaux sociaux ou les tirages de matériel syndical, aussi attrayant soit-il, ne fait pas non plus une ligne politique.

Les vraies richesses

Les véritables espaces de discussion et de construction de l’organisation se situent en fait en dehors de ses instances dirigeantes, en particulier au plan local et dans plusieurs secteurs d’activité, surtout quand la rencontre entre les deux s’opère. La richesse de notre union ne repose pas tant sur la qualité ˗ et encore moins l’épaisseur ˗ de son corpus mais sur sa déclinaison concrète, au plus près de celles et ceux qui s’intéressent à nous ou à qui nous nous adressons. C’est là que se trouve le supplément d’âme auquel chacun-e de ses militant-es devrait aspirer plutôt que dans la nécessité de gérer des locaux, des formations, notre implication dans des cadres unitaires ou nos apparitions en manifestation.

Pour ma part, je crois plus que jamais à la nécessité de s’organiser sur le lieu de travail : les manifestations de ces dernières années ont démontré, en dépit de leur caractère inédit, qu’elles se heurtent, dans la construction d’un rapport de force à même d’imposer le progrès social voire un autre modèle de société, au patronat, au gouvernement, qui est son fondé de pouvoir, et à sa police. Sans grèves et, plus encore, centralisation de celles-ci, pas de victoire sociale possible.

Le monde du travail n’est évidement plus le même que celui où le fait syndical s’est historiquement construit, basé sur une concentration sans précédent de la classe laborieuse et une conscience commune forgée dans l’adversité. Il est aujourd’hui morcelé, tant en terme de statut que géographiquement, et les victoires, même partielles, sont dures à obtenir mais ce morcellement et cette intransigeance peuvent aussi être une force, qui peut être retournée contre l’adversaire comme au judo, comme l’ont démontré ces dernières années des luttes, en lien avec l’essor du numérique ou dans la durée. Sachons écrire la suite de notre histoire commune toutes et tous ensemble !

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