La formidable biographie de Marx par Mehring va enfin reparaître

Grâce à une souscription, c’est un livre qui arrivera à point nommé : à quelques encablures du deux centième anniversaire de la naissance de Karl Marx, le 5 mai 1818, les éditions Page2/Syllepse se préparent à publier la gigantesque et formidable biographie de l’auteur du Capital établie par son célèbre disciple allemand, Franz Mehring, et traduite et annotée par le trotskiste français Gérard Bloch

Du temps où, jeune, j’étais trotskiste moi-même, j’avais lu le premier tome de ce livre Vie de Karl Marx (en allemand, Karl Marx, Geschichte seines Lebens) et il m’avait formidablement impressionné. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que je côtoyais sans cesse Gérard Bloch (1920-1987), qui était une figure connue de l’Organisation communiste internationaliste (OCI). De ce courant, il était même l’un des militants les plus anciens et surtout l’un de ceux qui nous inspiraient le plus de respect. Modeste contrairement à d’autres, il ne faisait pas étalage de ses années de combat. Mais nous savions que devenu trotskiste en 1938, à l’âge de 18 ans, il en avait par la suite payé le prix : arrêté par la police de Vichy en 1942, il avait été condamné à 12 ans de travaux forcés, avant finalement d’être livré aux Allemands et déporté dans le camp de concentration de Dachau, dont il n’était revenu qu’en 1945. Un peu comme Pierre Broué (le père de mon cher ami Michel, le président de la société des amis de Mediapart), que j’ai eu une année comme professeur d’histoire à Grenoble, du temps où il travaillait à ses livres sur la guerre civile espagnole et la tragédie vécue par le POUM, Gérard Bloch avait donc, tout modeste et discret qu’il fut, une place à part parmi nous.

Karl Marx Karl Marx
Mais dans ce parti où les coups de gueule avaient tristement souvent plus d’importance que les traits d’intelligence, nous avons longtemps ignoré à quel point cet agrégé de mathématiques était aussi un remarquable et méticuleux érudit. Nous l’avons précisément découvert quand est paru en 1984 – deux ans avant que je ne rompe avec l’OCI- le premier tome de cette gigantesque biographie de Karl Marx (1818-1883), établie par son disciple allemand Franz Mehring (1846-1819).

A l’époque, le premier tome de ce livre immense m’avait enthousiasmé parce qu’il était à la croisée de toutes mes curiosités. Comme tant d’autres de ma génération juste après 1968, les débats autour de Marx, ceux à cette époque portés par Louis Althusser (1918-1990) ou, dans un tout autre registre, par Herbert Marcuse (1898-1979) avaient empli des nuits entières de débats passionnés, que j'avais, plongé dans mes études de philosophie. Grâce à Pierre Broué, et sa somme sur la révolution allemande (Révolution en Allemagne, 1917-1923, Éditions de minuit, 1971), j’avais aussi découvert la trajectoire impressionnante de Franz Mehring qui, s’éloigne du SPD allemand une fois que celui-ci a voté les crédits de guerre, en 1914, et fonde la Ligue spartakiste, en 1916, aux côtés de Rosa Luxembourg (1871-1819) et de Karl Liebknecht (1871-1819).

Franz Mehring Franz Mehring
Compte tenu de mon propre parcours intellectuel et de l’attrait que j’avais pour l’auteur du livre comme pour son objet, je me suis donc précipité pour lire cette célèbre biographie de Marx par Mehring, qui avait été publiée en 1918 en Allemagne et qui n’était pas accessible en français. Mais avant d’ouvrir l’ouvrage, j’ignorais que j’allais y faire une autre découverte : l’immense travail de traduction réalisé par Gérard Bloch et surtout d’annotations. Pour remettre les choses en perspective, pour décrypter certains passages difficilement accessibles pour le lecteur français, pour rendre intelligibles des controverses anciennes ou en souligner l'actualité, le livre était assorti de milliers et de milliers de notes, certaines courtes, d’autres très longues.

Sans doute certaines de ces notes sont-elles, pour quelques-unes d’entre elles, marquées par le sectarisme dont, en cette époque, aucun d’entre nous n’était avare. Gérard Bloch, qui savait manier l’ironie y compris – chose rare- contre lui-même ne devait sans doute pas l’ignorer puisque en préface à cette première édition, il avait à son propre endroit cette formule moqueuse : « Que le lecteur qui trouvera ces références superflues (…) n’oublie pas qu’il dispose, face à nos notes, d’une arme absolue : il peut ne pas les lire ».

A l’époque, pourtant – et tout autant aujourd’hui- j’ai jugé que cette mise en garde était inutile : car c’est en vérité, un formidable travail de bénédictin, riche et précieux, que Gérard Bloch a réalisé. Malheureusement, la vie ne lui a pas permis d’achever cet immense travail.

« Notre choix a constitué à privilégier la période historique qui s’achève en 1852 et qui a vu le premier mouvement ouvrier se constituer, le marxisme s’élaborer », explique-t-il dans la préface de l’édition de 1984, avant d’ajouter un peu plus loin : « Le livre est divisé en deux volumes, dont le second reste à paraître ». Seulement voilà ! Gérard Bloch est mort trois ans plus tard, et ce second volume n’est jamais paru.

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Ce formidable travail aurait donc pu rester inachevé. Et pourtant, cela n’a donc pas été le cas, grâce à un concours de circonstances, et beaucoup de pugnacité, comme nous l’a raconté May Bloch, la fille de Gérard Bloch : « Claudine Cavalier, historienne, traductrice avec une équipe de la Sorbonne des textes autour de la période des pères de l’Eglise, et fervente admiratrice de Robespierre, est venue séjourner chez moi quelques temps. A cette occasion, elle a avalé le tome 1 et son âme d’historienne a été séduite par l’érudition et la qualité du travail. Elle a également rapidement détecté que le travail pour le second tome était largement avancé (présence de notes annoncées pour le tome 2). Je n’ai plus pu échapper au fait qu’il fallait chercher ces documents. Nous les avons retrouvés chez une amie de Gérard qui faisait partie de la petite équipe qui contribuait alors à la fabrication du tome 1 dans des conditions assez difficiles puisque les machines n’étaient disponible pour le Mehring que la nuit. Voilà c’est, comme souvent, anecdotique. Nous avons alors chercher à les numériser, puis, étant donnée la complexité des notes de bibliographie, parfois manuscrites, nous avons eu un important travail de correction. »

Et c’est ainsi que la biographie complète de Marx par Mehring devrait prochainement paraître, grâce de deux éditeurs, Syllepse en France et Page 2 en Suisse. Commentaire des éditions Syllepse : « Pas de quoi effrayer les lecteurs et les lectrices. En effet, la vivacité de l’œuvre de Franz Mehring est entretenue par Gérard Bloch qui nous fait découvrir de nouveaux paysages en éclairant ceux peints par Mehring. Il partage avec Mehring la vaste connaissance du parcours de Marx et possède une vue plus complète des écrits de ce dernier, soit ceux publiés après 1918. Il combine exactitude et érudition en donnant accès dans ses notes aux textes originaux de Marx auxquels Mehring ne fait qu’allusion. Il accompagne avec pédagogie les lecteurs et les lectrices sur les tracés allant de Marx et Engels à Mehring et aux débats politiques de l’époque, dont plus d’un s’inscrivent dans les temps présents. »

Pour que le livre, qui comprendra près de 1 600 pages, réparties en deux volumes, paraisse dans de bonnes conditions, il faut toutefois qu’une ultime conditions soit remplie : que la souscription lancée pour la sortie des ce livre en deux tomes réussisse. May Bloch que je connaissais pas m’a demandé si je pouvais y apporter ma pierre. C’est bien volontiers que j’ai accepté. On trouvera donc ci-dessous toutes les indications nécessaires pour participer à la souscription. Il coule également de source que Mediapart, journal citoyen et participatif, ouvrira à l'occasion de ce deux centième anniversaire de la naissance de Marx, un large débat sur l'actualité de son travail.

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Le coffret peut être commandé en souscription jusqu’à fin février, au prix de 40 euros les deux volumes, frais de port compris. Envoyez votre commande avec vos coordonnées postales et la mention «Traduction Mehring» par courrier postal à l’adresse suivante:

May Bloch-Faure

37, rue Louis Rolland, 92120 Montrouge, France

Libellez les chèques à l’ordre de Mme Faure May

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