Tous au Théâtre de la Colline, pour refonder la liberté de l’information !

S’il fallait des illustrations de l’impérieuse nécessité de refonder la liberté de l’information, c’est peu dire que l’actualité en a fourni presque chaque jour depuis le début de la présidence de Nicolas Sarkozy. C’est donc pour en finir avec ce quinquennat et ses entorses innombrables à la liberté de l'information et à l’indépendance de la presse, et surtout pour débattre des conditions d’une véritable refondation du droit à une information libre et honnête que Mediapart a décidé d’organiser à Paris, jeudi 16 février, au Théâtre de la Colline, une grande réunion publique, en présence des principales forces politiques républicaines qui militent pour une alternance.

De ces entorses, nous en avons tenu ici, sur Mediapart, la chronique. Dès avant 2007, cela a commencé par le rachat, les uns après les autres, de tous les grands titres de la presse quotidienne nationale par des amis du chef de l’Etat, tous venus en nombre célébrer sa victoire au Fouquet’s. Et malheureusement, cette mise au pas économique s’est poursuivie trop souvent par une mise au pas éditoriale.

Cela s’est poursuivi par la réforme scandaleuse de la procédure de nomination des patrons de l’audiovisuel public, au terme de laquelle Nicolas Sarkozy s’est approprié le droit de nommer qui il voulait à la tête des chaînes et des radios publiques, en lieu et place du CSA. Et on sait ce qu’il en est advenu : il a propulsé ses amis ou ses obligés là où il voulait, tel Philippe Val à la direction de France Inter, ou Rémy Pflimlin à la présidence de France Télévisions.

Et on mesure aujourd’hui les saccages et les dégâts générés par cette appropriation privée du bien public qu’est l’audiovisuel. Ici, les esprits libres ou les saltimbanques – qui osaient railler à haute voix les dérives que certains journalistes politiques craignaient d'évoquer – ont été priés de déguerpir : Didier Porte (qui a trouvé refuge notamment à Mediapart) ainsi que Stéphane Guillon ont été contraints de quitter la Maison ronde. Ailleurs, à France-2, c’est subrepticement le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, devenu depuis ministre de l’Intérieur, qui s’est transmuté en DRH pour embaucher des journalistes, de sorte que le « 20 heures » de France-2, pour ne parler que de lui, soit bien tenu.

Et cette sinistre séquence finit aujourd’hui, si l’on peut dire, en apothéose, avec des scandales en cascade. Avec le scandale de La Tribune : alors que Nicolas Sarkozy est intervenu personnellement pour aider son ami et témoin de mariage Bernard Arnault à prendre le contrôle des Echos, l’engagement pris à l’époque, en contrepartie, de la survie du second quotidien économique est bafoué. Avec le scandale des fadettes et de la surveillance de journalistes, ceux du Monde comme ceux de Mediapart. Avec, pour couronner le tout, le scandale des interventions à répétition du chef de l’Etat : existe-t-il une seule démocratie au monde où un chef de l’Etat peut, comme Nicolas Sarkozy l’a fait dimanche passé, réquisitionner huit chaînes de télévision, quatre publiques et quatre privées, pour imposer écran unique et deviser tout à sa guise avec des journalistes dont la plupart sont largement acquis à sa cause ? Il faut dire les choses telles qu’elles sont : il y a un petit parfum poutinien dans tout cela. Surtout quand le même Nicolas Sarkozy s’arroge le droit, quelques jours plus tard, de se réinviter sur France-2 – ce sera lundi soir prochain, pour un entretien croisé avec Angela Merkel, qui vient de faire savoir qu’elle ferait meeting commun avec le candidat de l’UMP, pour l’appuyer dans sa campagne.

Mais cette chronique détestable est maintenant bien connue. Dans le rejet que suscite Nicolas Sarkozy, toutes ces entorses au droit fondamental pour les citoyens qu’est une information libre, honnête et indépendante, ces mises en cause de la démocratie pèsent lourdement. Et l’envie qui sourd de très nombreux milieux démocratiques, dans l’opinion, c’est de tourner la page. De la tourner radicalement. C’est d’en finir avec une présidence qui piétine la liberté et l’indépendance de la presse, qui a procédé à une appropriation privée de l’audiovisuel public. Mais c'est aussi de reconstruire un univers nouveau, au sein duquel des règles démocratiques garantiront l'indépendance de la presse et l'honnêteté de l'information. Sans intervention des pouvoirs, quels qu'ils soient.

Voilà donc pourquoi Mediapart a choisi d’organiser un débat public le jeudi 16 février, à 20 h 30,  au Théâtre de la Colline, à Paris. Non pas tant pour parler de ce passé, unanimement rejeté et critiqué. Mais d’abord pour parler de l’avenir. Pour que l’élection présidentielle ouvre la voie non pas seulement à une alternance mais aussi à une alternative. Pour débattre d’une profonde refondation de la liberté de l’information, sans laquelle il n’y a pas de démocratie véritable.

Ce combat, Mediapart n’a cessé de le mener depuis sa création. Il est, si je puis dire, consubstantiel à Mediapart. De nombreuses réunions ou documents en portent trace. Il y a eu, en mai 2009, la publication par notre journal de son manifeste Combat pour une presse libre (éditions Galaade). Auparavant, à l’occasion d’une soirée organisée le 24 novembre 2008 dans le même théâtre par Mediapart et Reporters sans frontières (RSF), il y avait eu « l’Appel de la Colline » (que l’on peut retrouver ici).

C’est à l’occasion de cette soirée, en préambule, que deux comédiens, Anouk Grinberg et François Marthouret, avaient lu des textes de Victor Hugo, d’Albert Londres, de Paul Krugman,de Paul Ricœur, d’Albert Camus, ou encore d’Hannah Arendt, comme en porte témoignage la belle vidéo ci-dessous.

 

Anouk Grinberg & François Marthouret: pour une presse libre © Mediapart

 

Mais désormais, c’est aux yeux de Mediapart, une nouvelle étape qu’il faut franchir : nous souhaiterions interpeller les dirigeants des principales formations républicaines favorables à une alternative sur les conditions de cette refondation de la liberté de l’information. C’est la raison d’être de cette soirée, jeudi 16 septembre, que Mediapart organise en partenariat avec le Théâtre de la Colline, et aussi vraisemblablement en partenariat avec nos confrères d’Arrêt sur Images (@si), sous des modalités que nos deux journaux sont en train de préciser.

 

Concrètement, cette soirée, qui réservera des surprises, se déroulera en trois temps. D’abord, des journalistes et des chroniqueurs, qui chacun à leur façon ont pâti des méfaits du sarkozysme, viendront témoigner des dégâts que cette présidence a occasionnés à la liberté de la presse et au pluralisme. Des journalistes, des responsables de journaux ou d'associations démocratiques viendront ensuite expliquer les combats qu'ils mènent pour promouvoir une information libre et honnête. Enfin, Edwy Plenel présentera les projets de réforme que défend Mediapart dans la perspective d'une refondation de la liberté de la presse et du droit de l'information et interpellera les responsables des principales formations politiques républicaines de l'alternance invités par Mediapart. Et ceux-ci pourront détailler leurs projets.

Ce débat, qui sera retransmis en direct sur Mediapart, à partir du Théâtre de la Colline, 15, rue Malte-Brun, dans le XXe arrondissement de Paris, est ouvert à tous les lecteurs qui le souhaitent, sous réserve qu’ils réservent leur place en envoyant un mail à cette adresse : debats@mediapart.fr

Dans les prochains jours, quand la liste de nos invités sera définitive et les modalités de la soirée précisément arrêtées, nous en donnerons tous les détails. Mais dès à présent, qu’on se le dise : tous ceux qui sont attachés au combat pour une presse libre sont les bienvenus !

Presse et pouvoir, voir derrière les images © Mediapart

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