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Le Club de Mediapart mar. 3 mai 2016 3/5/2016 Dernière édition

Quand Hollande défendait Mediapart

Aux quelques dirigeants socialistes – en vérité, ils ne sont pas nombreux – qui ont fait grief à Mediapart ces derniers jours d’avoir publié des enquêtes sur le compte non déclaré que l’actuel ministre du budget, Jérôme Cahuzac, a détenu pendant de longues années dans une banque suisse, on ne saurait trop conseiller de réécouter ce que disait, le candidat François Hollande, le 30 avril dernier, quelques jours tout juste, donc, avant le second tour de l’élection présidentielle.
© Europe1fr
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Aux quelques dirigeants socialistes – en vérité, ils ne sont pas nombreux – qui ont fait grief à Mediapart ces derniers jours d’avoir publié des enquêtes sur le compte non déclaré que l’actuel ministre du budget, Jérôme Cahuzac, a détenu pendant de longues années dans une banque suisse, on ne saurait trop conseiller de réécouter ce que disait, le candidat François Hollande, le 30 avril dernier, quelques jours tout juste, donc, avant le second tour de l’élection présidentielle.

Poursuivant nos enquêtes sur l’affairisme qui avait marqué tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy, nous venions de révéler, le 28 avril, un document officiel libyen, apportant la confirmation que le régime de Kadhafi avait décidé de débloquer une somme de 50 millions d'euros pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 – on peut retrouver la « home » de Mediapart ce jour-là ici, ou voir la capture d’écran ci-dessous).

C’est alors, dans certains cénacles à droite, un déchaînement de colère et de haîne. Ne voulant pas voir que Mediapart ne poursuit qu’une seule logique, celle d’une information libre et honnête, les mêmes insultes que celles entendues pendant l’affaire Bettencourt (« Fascistes », « trotsko-fascistes »…) recommencent à pleuvoir. Et le lendemain, 29 avril, le premier ministre de l’époque, François Fillon – l’un de deux pieds-nickelés qui se disputent aujourd’hui les dépouilles de l’UMP- s’en prend à notre journal sur un ton particulièrement venimeux, nous qualifiant « d’officine financée par de riches amis de François Hollande », à l’occasion d’un entretien sur Europe 1.

© Europe1fr

« On peut faire preuve d'esprit critique à l'égard de Mediapart, une officine financée par de riches amis de François Hollande qui, depuis cinq ans, n'a de cesse de vouloir traîner dans la boue le président de la République et nous sort, à sept jours des élections, selon une méthode ancienne (...), un document faux, en tout cas impossible à authentifier », s’indigne-t-il.

Le lendemain, 30 avril, François Hollande vient donc devant le même micro d’Europe 1, et prend la défense tout à la fois du droit à l’information des citoyens; et la défense des enquêtes de Mediapart. Lucide, le candidat socialiste rappelle même que Mediapart a aussi conduit peu de temps avant des enquêtes pour le moins rugueuses concernant des élus socialistes – ceux du Pas de Calais, par exemple, ou ceux des Bouches-du-Rhône.

« Ce site est un site d’information, d’investigation et cherche ce qu’il peut trouver », dit ainsi François Hollande, avant d’ajouter : « Et il est arrivé qu’il accable quelque fois des personnalités de gauche. Donc je ne vois comment il pourrait être établi qu’il y aurait là comme une relation ou une confusion entre les socialistes et ce site d’information qui est composé, je le rappelle, de journalistes reconnus. On peut les aimer ou ne pas les aimer, mais ce sont des journalistes qui sur plusieurs affaires ont démontré leur compétence ».

Ce droit à l’information des citoyens, cette bataille pour une information libre et honnête, était, dès le début, au cœur du projet de Mediapart. Et voici cinq ans, lors que nous nous préparions à créer ce journal, de nombreux hommes politiques de toutes tendances, avaient accepté de tourner de petites « vidéos » pour dire, chacun avec leur mots, qu’il n’y a pas de démocratie vivante sans une presse faisant son office, au risque de froisser les puissances, quelles qu’elles soient.

Devant notre caméra, avaient donc défilé pour rappeler ce principe démocratique, des hommes politiques aussi différents que Dominique de Villepin, François Bayrou ou encore… le même François Hollande. On retrouvera ici toutes ces vidéos de soutien. Et voici celle de François Hollande, mise en ligne le 17 janvier 2008 :

© Mediapart

Ce jour-là, François Hollande confie donc à Mediapart que, face à la mise sous tutelle de la presse organisée par Nicolas Sarkozy et ses amis du Fouquet’s, il est important qu’une « information nouvelle » soit apportée aux citoyens, à « partir d’un travail d’enquête qui ne soit pas seulement du "people" ».

Dans les polémiques inévitables que suscitent aujourd’hui les informations publiées par Mediapart concernant Jérôme Cahuzac, les partis républicains – et parmi eux, les partis de gauche- seraient donc bien avisés de ne pas oublier ces principes démocratiques, qu’évoque François Hollande dans ces différentes déclarations. Et de ne pas oublier non plus ce qu’Albert Londres disait du métier de journaliste : « Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie »

Au cours, de ces dernières heures, c’est sans doute le secrétaire national d’Europe écologie-Les Verts, Pascal Durand, qui a le mieux rappelé ce que sont les principes élémentaires qui doivent guider une démocratie : si le principe de présomption d’innoncence doit s’appliquer à tous -les journalistes ne sont pas des procureurs-, le droit à l’information n’en est pas moins imprescriptible. Sur I-Télé, vendredi matin, il a ainsi déclaré soutenir ce que fait Mediapart, même si la présomption d'innocence est la règle pour le ministre Jérôme Cahuzac. « Il y a une présomption d'innocence en France, simplement elle doit s'équilibrer et moi, je soutiens ce que fait Mediapart: la liberté de la presse est très importante », a-t-il dit.  « Il faut trouver l'équilibre entre la liberté de la presse et leur capacité d'enquête - ils ont démontré qu'elle était très efficace - et en même temps la présomption d'innocence », a dit encore Pascal Durand, qui est par ailleurs avocat.

Mais à l’évidence, ces principes démocratiques élémentaires ont été oubliés par quelques-uns. Par exemple par le nouveau premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, et la secrétaire nationale à l’économie, Karine Berger, qui ont publié un communiqué stupéfiant (on peut le consulter ici), car il ne se borne pas à défendre Jérôme Cahuzac - ce qui est le droit le plus légitime du Parti socialiste- mais conteste à la presse de faire son travail et d'exercer son droit de curiosité et d'enquête.

« Le combat politique n'autorise pas tout. Le Parti socialiste condamne fortement les attaques et les calomnies sans fondement à l'encontre de Jérôme Cahuzac. C'est le combat du ministre du budget contre la fraude fiscale et pour la justice fiscale qui est ici visé par ses adversaires. Le Parti socialiste réaffirme tout son soutien à Jérôme Cahuzac pour le combat qu'il mène en faveur de la justice et de l'intérêt général », peut-on ainsi lire.

Ainsi donc, Mediapart ménerait un « combat politique ». Les deux signataires n’osent pas dire que Mediapart est une officine, mais c’est tout comme. Et une officine qui ourdit quel complot ? Oyez, braves gens ! C’est un complot machiavélique : Mediapart chercherait par des moyens troubles à déstabiliser « le combat du ministre du budget contre la fraude fiscale ».

A lire cela, on en reste sans voix. Après tout, que les socialistes aient décidé de porter à leur tête un tel petit apparatchik, au terme d’une procédure de désignation bureaucratique, sans que les militants n’aient en vérité eu à se prononcer, cela les regarde. Mais que la grande formation politique qu’est le Parti socialiste soit du même coup, par sa voix, aussi peu soucieuse des principes démocratiques, voilà qui est consternant.

Heureusement, beaucoup de socialistes ne se reconnaîtront pas das ces anathèmes dont jusqu’à ce jour seuls les dignitaires de l’UMP avaient le monopole…

(Pour information, on peut par ailleurs consulter ci-dessous l'émission de LCI @Vous, le Mag, qui passe à plusieurs reprises ce week-end sur la chaîne, émission à laquelle j'étais invité)

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Tous les commentaires

"Touche pas à mon pote" : M. Désir n'a pas changé, il a seulement changé de potes  et prend aujourd'hui fait et cause pour les infortunes des grandes fortunes bien de chez nous.

Mais M. Désir n'est pas forcément M. Réalité, et il n'apporte pas les preuves que les informations de Médiapart sont des "calomnies sans fondement". Son inconscient avoue-t-il par ce pléonasme qu'il y aurait des "calomnies" avec fondement ?

Quant à Mme Berger, dont j'ai l'honneur et l'avantage d'avoir été l'électeur, elle devrait savoir que défendre une brebis supposée galeuse n'est pas le meilleur moyen de préserver le troupeau.

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L'auteur

Laurent Mauduit

Journaliste, cofondateur de Mediapart
Paris - France

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