En défense du pluralisme dans l’économie et les médias

L’association « Les économistes atterrés » organisent un débat samedi à la Sorbonne en défense du pluralisme dans l’économie et les médias, qui sera animé par l’économiste français André Orléan, l’économiste australien Steve Keen, et par moi-même. Je voudrais souligner ici la raison pour laquelle cette initiative me paraît importante.

L’association « Les économistes atterrés » organisent un débat samedi à la Sorbonne en défense du pluralisme dans l’économie et les médias, qui sera animé par l’économiste français André Orléan, l’économiste australien Steve Keen, et par moi-même. Je voudrais souligner ici la raison pour laquelle cette initiative me paraît importante.

Dans un communiqué (on peut le consulter ici ou le télécharger ), Les Atterrés ont déjà expliqué les raisons pour lesquelles ils ont organisé ce débat : « Pour que le débat public, démocratique et citoyen puisse avoir lieu, il est indispensable que la sphère académique permette en son sein le développement de recherches pluralistes en économie. La défense du pluralisme est l’objectif que s’est fixé l’AFEP, association professionnelle créée en 2010. Aujourd’hui, elle publie son Manifeste pour une Économie Pluraliste - À quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? (Les Liens qui Libèrent éd.). L’ouvrage, dirigé par André Orléan, est un cri d’alarme. Il explique comment le courant dominant les institutions académiques étouffe toute concurrence dans la discipline et use de son influence pour empêcher toute réforme qui pourrait permettre la restauration de discussions équilibrées et ouvertes », expliquent-ils dans ce communiqué.

Et Les Atterés ajoutent : « S’il est évidemment nécessaire que des recherches scientifiques n’adoptant pas les dogmes dominants puissent se développer en économie, il est tout aussi primordial que le citoyen puisse bénéficier de médias se faisant l’écho de ce pluralisme des idées. Nous avons donc invité Laurent Mauduit, co-fondateur de Mediapart, pour traiter de ce sujet. La mise en débat des questions économiques est un impératif absolu, a fortiori dans le contexte actuel ! Comment soutenir le développement de recherches scientifiques qui pourraient s’écarter des standards néolibéraux ? Comment permettre la diffusion de ces savoirs dans le débat public ? Comment affronter et dénoncer les conflits d’intérêts qui peuvent exister dans les médias et dans la recherche ? Autant de problématiques qui seront abordées lors de la conférence-débat par nos deux invités. »

En lisant cette invitation, on l’aura donc compris : il y a un fort parallélisme entre le combat pour la défense du pluralisme en économie et celui pour la défense de l’indépendance de la presse et la liberté de l’information.

C’est la raison pour laquelle nous avons, à Mediapart, donné un si large écho au combat mené pour la défense du pluralisme en économie. Car il en va d’une question démocratique. L’économie n’est pas une science exacte mais une branche des sciences sociales, dont la richesse dépend du pluralisme de ses approches. Et il ne s’agit pas que d’une question académique. Car si le pluralisme s’éteint, s’il s’instaure une « pensée unique » qui écrase toutes les autres, ce sont les politiques économiques elles-mêmes qui sont sous la menace d’une véritable tyrannie. Une tyrannie néolibérale bien connue, celle de TINA. « There is no alternative… ».

Jugeant cette question du pluralisme décisive, nous nous sommes donc fait souvent l’écho du combat des Atterés ou de l’Association française d’économie politique (AFEP) que dirige André Orléan. Pour mémoire, on peut ainsi se reporter aux articles les plus récents, ici ou encore , que nous avons consacrés aux inititatives de l’Afep. Ou encore, on peut revisionner ci-dessous l’entretien récent que nous avons eu avec André Orléan, à l’occasion de la sortie du livre À quoi servent les économistes s'ils disent tous la même chose, éditions Les liens qui libèrent..

André Orléan à Jean Tirole : " Avoir le Nobel ce n'est pas disposer de la vérité " © Mediapart

Moi-même, dans un livre, Les imposteurs de l’économie (Pocket, 2012), j’ai présenté une longue enquête sur l’OPA de la finance sur l’enseignement de l’économie (on en trouvera ici les bonnes feuilles sur Mediapart), et sur le rôle de certains petits marquis du journalisme qui, même dans l’audiovisuel public, ne promeuvent que les économistes « mainstream », ceux qui sont apointés par les banques et les assurances mais se cachent derrière leur casquette universitaire.

Entre les Aterrés, l’Afep et Mediapart, il y a donc, si je puis me permettre de le dire, de fortes convergences. Ici, à Mediapart, nous défendons des principes professionnels qui rejoignent ceux que défendent, dans leur propre métier, les économistes de ces deux associations. Des principes professionnels qui relèvent en fait d’une même conception de la démocratie : il n’y a de démocratie solide que si les citoyens sont bien informés et éclairés sur la part de choix qu’ils ont dans la marche de la Cité.

Voici donc pourquoi ce débat me paraît important. D’autant plus important qu’en cours de route un autre invité a été annoncé et prendra la parole. Il s’agit donc de l’’économiste australien Steve Keen qui a écrit le remarquable ouvrage L’imposture économique (Editions de l’Atelier, 2014), qui retourne contre la pensée dominante les armes de l'analyse économique la plus traditionnelle. On peut retrouver ici la critique que mon confrère Dan Israel en a fait sur Mediapart : « L'imposture économique », le livre qui ébranle la pensée néolibérale.C’est dire si je me réjouis et suis honoré d’avoir été associé à cette rencontre. Et si je ne saurai trop recommander à celles et ceux qui le peuvent de venir y assister. Voici où et quand elle a lieu :

        Conférence-débat  Samedi 13 juin 2015, de 15h à 17h

                          (Entrée libre et gratuite)

       Amphi Gestion de la Sorbonne, 14 rue Cujas, 75005 PARIS

 RER Luxembourg, M° St Michel, Odéon, Cluny-la Sorbonne

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