Economie: Jean Tirole n’aime pas les questions qui fâchent

Pour fêter les 10 ans de Toulouse School of Economics, Jean Tirole, lauréat du prix de la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel, organise une fête à la Banque de France où ne sont conviés que quelques journalistes triés sur le volet. Christian Chavagneux (Alternatives économiques), Hervé Nathan (Marianne), et moi-même nous étonnons dans un texte commun de ce refus du débat pluraliste.

La Toulouse School of Economics (TSE) fête ses 10 ans. Les anniversaires sont généralement l’occasion d’évènements mondains, et ce sera le cas en la matière, rien d’anormal. Comme rien n’est plus chic pour recevoir, Jean Tirole a choisi les ors de la Banque de France pour fêter son bébé et la « success story » de l’économie française…

Les grincheux comme nous feront remarquer que bien que l'événement se tienne dans une propriété publique, l’accès y sera réservé à quelques invités triés sur le volet pour cette soirée « privée » selon le service de communication de TSE. Notre tentative d’obtenir un carton a été vaine…

Mais le plus dommageable survient lorsqu’un petit groupe de 12 journalistes est sélectionné pour participer à l’évènement, avec en prime la possibilité de parler avec le « patron ». Ce sont bien entendu des confrères qui ont montré tout le respect qu’ils portent aux travaux prestigieux du lauréat du prix de la Banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel. C’est bien leur droit et loin de nous l’idée de les en blâmer. Mais le refus de se confronter à de possibles questions qui fâchent n’est pas à l’honneur de l’hôte de la soirée. Ajoutons que pour s’assurer que la fête sera belle, même cette petite liste de happy few ne pourra bousculer Jean Tirole car la liste des questions possibles leur a été communiquée par le service de presse : il s’agit d’éclairer les lecteurs sur la recette du succès de TSE, sur l’état de TSE aujourd’hui et enfin sur l'avenir de TSE. Et l’invitation de préciser que s’il reste une poignée de minutes à la fin, ils auront peut-être la possibilité d’aborder quelques questions économiques. Et tant pis pour le débat démocratique, si cher, paraît-il aux tenants du libéralisme.

Christian Chavagneux (Alternatives économiques), Laurent Mauduit (Mediapart), Hervé Nathan (Marianne)

(Le même texte peut être lu ici sur le site de Marianne ou là sur le site d'Alternatives économiques)

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