Tapie, le scandale d’Etat

Si depuis l’ouverture de plusieurs procédures judiciaires, le scandale Tapie a fait l’objet de nombreuses révélations ponctuelles dans la presse, aucune enquête d’ensemble n’avait encore été publiée, présentant l’intégralité des irrégularités qui ont sans doute émaillé l’arbitrage, ni toutes les grandes manœuvres qui ont eu lieu dans les sommets du pouvoir et qui ont contribué à faire la fortune de Bernard Tapie.

Si depuis l’ouverture de plusieurs procédures judiciaires, le scandale Tapie a fait l’objet de nombreuses révélations ponctuelles dans la presse, aucune enquête d’ensemble n’avait encore été publiée, présentant l’intégralité des irrégularités qui ont sans doute émaillé l’arbitrage, ni toutes les grandes manœuvres qui ont eu lieu dans les sommets du pouvoir et qui ont contribué à faire la fortune de Bernard Tapie. C’est donc la première ambition de l’essai Tapie, le sandale d’Etat (Editions Stock, 404 pages, 21,50€) que je viens d’écrire et qui paraît ce mercredi 16 octobre : reconstituer l’ensemble de l’histoire de l’arbitrage et en percer tous les secrets.

Pour y parvenir, j’ai conduit une longue enquête que j’ai a engagée dès l’été 2008, quand la sentence arbitrale a été rendue, et que j’ai poursuivie ici même, sur Mediapart, les cinq années suivantes, jusqu’à cet été 2013. J’ai eu aussi accès à toutes les auditions auxquelles ont procédé la police judiciaire ou la Commission d’instruction de la Cour de justice de la République et à de très nombreux documents confidentiels de l’instruction.

Cette enquête fourmille donc d’informations ou de révélations nouvelles, que j’évoquerai dans les prochains jours dans les colonnes de Mediapart. Parmi de nombreuses autres, on peut en particulier relever celles-ci.

* Au fil du récit, on trouvera donc les extraits les plus significatifs de toutes ces auditions, et pas seulement celles qui ont déjà transparu dans la presse.

* Alors que Christine Lagarde a toujours défendu l’idée que le choix du recours à la procédure d’arbitrage était une décision qu’elle avait prise librement, l’enquête révèle qu’en réalité, les manigances pour suspendre le cours normal de la justice de la République commencent dès l’hiver 2006, six mois avant la victoire de l’élection présidentielle. Le livre fait le récit stupéfiant de toutes les réunions confidentielles et manigances qui ont lieu dans le courant du premier semestre 2007 et même des rencontres secrètes qui se tiennent à cette époque entre Bernard Tapie lui-même et l’avocat… de la partie adverse, le CDR.

* Le livre fait le récit de toutes les réunions secrètes qui ont lieu à l’Elysée en juin et juillet 2007, pour lancer l’arbitrage, et pas seulement celle qui était déjà connue dans le bureau du secrétaire général Claude Guéant.

* Dans le cas de l’arbitre, Pierre Estoup, l’une des personnalités mises en examen pour « escroquerie en bande organisée », l’enquête lève le voile et donne des détails sur toutes les découvertes faites à son sujet par la Brigade financière, beaucoup plus nombreuses qu’on ne le croit.

* L’enquête révèle les nombreux mensonges de Christine Lagarde devant les magistrats de la Cour de justice de la République.

*Le livre met au jour l’invraisemblable concession des avocats du CDR qui, en cours d’arbitrage, ont cessé de plaider l’irrecevabilité de la demande d’indemnisation au titre du préjudice moral au profit de Bernard Tapie.

* Le livre apporte de nombreuses révélations sur les faveurs dont Bernard Tapie a profité dans le traitement de son dossier fiscal : du dîner dont il a régalé le directeur de cabinet d’Eric Woerth au grand restaurent « Chez Laurent » jusqu’à une lettre stupéfiante de l’avocat de Tapie, Maurice Lantourne, adressée à Claude Guéant, lui faisant des recommandations pour que nul ne puisse « remarquer que l’administration fiscale a manqué à ses devoirs ».

* On apprend au détour du livre que Jean-Louis Borloo, qui fut l’avocat de Bernard Tapie tout au long des années 1980, a longtemps eu une dette auprès du CDR dont il ne s’est acquitté qu’en 2007.

* Le livre présente une enquête minutieuse sur les relations secrètes qui lient Nicolas Sarkozy à Bernard Tapie depuis le printemps 1994.

* Et beaucoup d’autres choses encore…

Dans son édition qui vient de paraître, Marianne (n°860, du 12 au 18 octobre), consacre six pages au livre. Je me ferai moi-même l’écho, plus en détail sur Mediapart, au cours des prochains jours de ce travail que j’ai accompli, qui permet, me semble-t-il, de comprendre pourquoi la justice suspecte le célèbre arbitrage de n’avoir été que le prétexte à un vaste détournement de fonds publics portant sur 405 millions d’euros, et pourquoi elle a donc mis en examen plusieurs personnalités, et Bernard Tapie en premier, pour « escroquerie en bande organisée ».

Dans le prolongement des enquêtes que j’avais déjà réalisées sur Mediapart, j’ai donc écrit ce livre pour établir les faits le plus méticuleusement possible. Et au-delà, pour inviter à une réflexion sur les règles terriblement opaques qui régissent le capitalisme français et rongent notre démocratie.

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