La vraie célébration des Glières, sans Sarkozy

Voici deux mois, le 16 mars pour être précis, j'ai écrit la critique dans le journal de Mediapart (voir l'article : Mais pourquoi a-t-on tourné le dos aux jours heureux ?) d'un livre important, Les Jours heureux (La Découverte, mars 2010, 14 euros), qui présente, à ceux qui ne le connaîtraient pas, un texte fondateur de notre République, le programme du Conseil national de la résistance (CNR)

Voici deux mois, le 16 mars pour être précis, j'ai écrit la critique dans le journal de Mediapart (voir l'article : Mais pourquoi a-t-on tourné le dos aux jours heureux ?) d'un livre important, Les Jours heureux (La Découverte, mars 2010, 14 euros), qui présente, à ceux qui ne le connaîtraient pas, un texte fondateur de notre République, le programme du Conseil national de la résistance (CNR), et montre à quel point notre pays s'est, depuis, éloigné de ce qu'était l'ambition des mouvements de résistance. Or, cet ouvrage a, si l'on peut dire, une suite.

Il sera au cœur d'une manifestation qui doit avoir lieu les 15 et 16 mai prochains au massif des Glières, haut lieu de la résistance en Haute-Savoie. Je voudrais donc ici rappeler l'importance de l'ouvrage, en même temps que sa genèse ; et souligner l'importance de ce rendez-vous des Glières qui approche.

Périodiquement, des intellectuels ou des anciens résistants invitent à se souvenir de l'importance de ce programme du Conseil national de la résistance. Déjà, le 15 mars 2004, à l'occasion du soixantième anniversaire de ce programme du CNR, des résistants connus (Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey) avaient lancé un appel (on peut le consulter ici) pour inviter au souvenir et au sursaut.

Mais, ensuite, c'est Nicolas Sarkozy qui a servi de nouveau catalyseur. Sa visite à des fins de propagande électorale le 4 mai 2007, alors qu'il était candidat à l'élection présidentielle, au massif des Glières, où furent massacrés, en mars 1944, 149 maquisards, avait créé une vive émotion parmi de nombreux résistants.

Et l'émotion s'est accrue quand, une fois élu, le chef de l'Etat est retourné sur les mêmes lieux - en riant même un jour, comme l'a montré le documentaire Walter, retour en résistance de Gilles Perret et Fabrice Ferrari (voir la vidéo ci-contre), alors qu'il avait déjà engagé des réformes s'inscrivant dans le lent et spectaculaire détricotage du programme du CNR. C'est donc en réaction à « l'homme qui rit dans les cimetières » qu'est née, en décembre 2008, sous le parrainage de Stéphane Hessel, une association «Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui», association à l'origine de ce livre.

Ecrit par un collectif d'auteurs, les journalistes Emmanuelle Heidsieck, ma consoeur de Mediapart Martine Orange, Jean-Luc Porquet, François Ruffin et l'historien Olivier Vallade, ce livre, permet de mesurer à quel point la France a rompu avec ce qu'était l'ambition principale des mouvements de résistance: «l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie». Rompu à cause des réformes entreprises par Nicolas Sarkozy, qui, depuis son accession à l'Elysée, accélère la démolition de ce programme du CNR. Rompu aussi à cause de la gauche qui a trop contribué à cette politique de destruction. Pour un camp comme pour l'autre, c'est donc un livre qui invite à une salutaire introspection: mais pourquoi donc, et au profit de qui, a-t-on renoncé aux «jours heureux» - en clair au pacte social issu de l'après-guerre?

Or, voici que ce livre a donc une suite. Car si Nicolas Sarkozy continue d'aller chaque année sur le plateau des Glières, dans un souci d'image personnel, beaucoup de résistants, eux, plus que jamais choqués de cette instrumentalisation, tiennent, loin du tapage médiatique organisé par le chef de l'Etat, à honorer la mémoire des martyrs des Glières. C'est donc ce que fait chaque année désormais l'association «Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui».

Cette année, c'est donc ces samedi 15 et dimanche 16 mai que l'association organise deux journées de débats et de rencontres, pour tout à la fois honorer les résistants des Glières et prolonger le débat autour du livre sur l'actualité du programme du CNR.

Pour quiconque est intéressé par cette manifestation, le mieux est de se reporter sur le site Internet de l'association : le voici. Il y est présenté dans le détail le programme de ces deux journées (le voilà). Le samedi sera en particulier organisé un forum sur la démolition du programme du Conseil national de la résistance et des services avec la participation des contributeurs à la rédaction du livre. Le dimanche est organisé un grand pique-nique citoyen aux Glières, en présence de figures connues de la résistance.

Ce sera en quelque sorte la vraie célébration des Glières. Sans Sarkozy et sans sa caravane publicitaire. Mais avec de grands résistants. Pour parler des combats d'hier, mais aussi de ceux d'aujourd'hui.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.