Quand la caste critique « La caste »

La revue « L’Ena hors les murs », publiée par l’association des anciens élèves de l’ENA, a lu mon essai sur « La caste » (Editions La découverte). Le directeur de la rédaction critique vivement mon analyse du système oligarchique français mais estime qu’elle contribue à enrichir le débat.

La revue « L’ENA hors les murs », publiée par l’association des anciens élèves de l’École nationale d’administration (ENA) publie dans sa dernière livraison (n°485, novembre 2018) une analyse sur une page de mon essai sur La caste (Editions La découverte).

Comme c’était prévisible, l’article qui est signé par le directeur de la rédaction de la revue, le magistrat Jean-Christophe Gracia, s’attarde surtout sur les critiques que je formule dans mon livre à l’encontre de l’ENA, qui était supposée devenir à la Libération un instrument de démocratisation garantissant l’égalité d’accès aux plus hautes fonctions publiques mais qui est devenue, à l’opposé, le moule de formation d’une haute fonction publique monocolore asservie à la finance.

Dans la tourmente sociale historique que traverse le pays, ce n’est certes pas le débat le plus urgent auquel j’aimerais avoir contribué avec ce travail. J’espère surtout que mon enquête sur cette caste, sur la porosité généralisée qu’elle à instaurée entre l’intérêt général et les appétits privés, sur son arrogance et sa brutalité, sur la politique économique et sociale ultra libérale qu’elle a mise en œuvre avec un autoritarisme bafouant toutes les règles de la démocratie sociale, est utile pour décrypter les raisons de la profonde colère qui ébranle le pays depuis plusieurs mois. La première ambition du journaliste-citoyen que je suis est évidemment celle-là : que mon enquête ait une utilité pour quiconque cherche à comprendre la genèse des évènements historiques que nous traversons ; à comprendre les raisons historiques pour lesquelles la haute fonction publique française a cessé de servir l’intérêt général pour se mettre au service de la finance, et finir par mettre le pays dans l’état d’insurrection démocratique dans lequel il se trouve.

Je le dis avec précaution, car ce livre a été achevé juste avant que le mouvement des gilets jaunes ne commence. Mais je pense qu’il donne beaucoup de clefs pour comprendre cette crise sociale historique que traverse le pays.

Dans mon livre, la question de l’ENA et de l’Inspection des finances n’est donc qu’une occurrence. Décrivant les méfaits de cette caste, je m’applique à comprendre comment les combats de grands républicains, comme Hippolyte Carnot en 1848, Jean Zay sous le Front populaire ou encore Marc Bloch au lendemain de la débâcle de juin 1940, pour que la République dispose d’une haute fonction publique conforme à ses valeurs, aient pu à ce point être oubliés.

Mais enfin ! Même si cette suppression de l’ENA ou de l’Inspection des finances pour laquelle je plaide n’est pas la première des urgences du moment, je comprends que la revue des anciens de l’ENA, très concernée par ce débat particulier, réagisse à cette partie de mon livre. Je veux même en remercier le directeur de la rédaction de la revue, Jean-Christophe Gracia, car s’il critique mon essai, ce qui est évidemment son droit le plus légitime, il le fait dans des termes qui invitent au débat.

Avec son autorisation, je reproduis donc ci-dessous, sans autre commentaire de ma part, cette page de la revue consacrée à la présentation de mon livre:

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