Minc, Attali, même combat!

Mais quelle mouche a donc piqué Nicolas Sarkozy ? Alors que les propositions de la Commission Attali, élaborées voici exactement deux ans, ont pour la plupart été jetées à la poubelle, le chef de l'Etat a eu la très curieuse idée, fin février, de demander à la même commission de recommencer à travailler, pour lui soumettre de nouvelles propositions de réformes économiques et sociales.

Mais quelle mouche a donc piqué Nicolas Sarkozy ? Alors que les propositions de la Commission Attali, élaborées voici exactement deux ans, ont pour la plupart été jetées à la poubelle, le chef de l'Etat a eu la très curieuse idée, fin février, de demander à la même commission de recommencer à travailler, pour lui soumettre de nouvelles propositions de réformes économiques et sociales. Ce qui apparaît absurde. A moins qu'il n'y ait dans cette nouvelle commande un stratagème...

Revoyons rapidement le film. Au lendemain de l'élection présidentielle de 2007, le chef de l'Etat fixe un cap économique très nettement libéral. Moins d'impôts, moins d'Etat... Il ouvre ainsi un premier grand chantier, celui de la révision générale des politiques publiques, connu sous le sobriquet de « RGPP ». Et, dans la foulée, il demande à Jacques Attali de présider une commission chargée d'élaborer des propositions pour la « libération de la croissance française ». Grotesque, l'intitulé de la commission est à lui seul un symbole : il suggère que la croissance était jusque-là bridée, emprisonnée. Vieille ritournelle ! Il y a trop d'Etat et pas assez de marché...

La Commission se met donc au travail et publie en février 2008 un rapport contenant tout un bric-à-brac de propositions libérales ou ultra-libérales - 316 mesures très exactement- censées majorer de un point la croissance française d'ici 2012. Mais le rapport arrive au plus mauvais moment : quand la crise financière commence à se creuser ; et quand par contrecoup, Nicolas Sarkozy choisit soudainement de taire les accents les plus libéraux de sa politique économique pour faire croire qu'il est un adepte de la régulation, qu'il est déterminé à combattre les excès des marchés. Le rapport Attali est alors prestement abandonné à la critique rongeuse des souris.
Alors, pourquoi demander deux ans plus tard à cette même Commission Attali de reprendre ses travaux, dont l'Elysée n'a tenu presque aucun compte ? La version officielle, c'est que la crise est bientôt derrière nous -ah bon?-, et qu'il faut inventer des réformes nouvelles. Des reformes pour hâter la sortie de crise....
Tout cela, pourtant, n'est qu'un leurre. Car Nicolas Sarkozy ne fait, en vérité, que répéter l'expérience de son mentor en politique, l'ancien premier ministre Edouard Balladur. Qu'on se souvienne ! Candidat à l'élection présidentielle, le rival de Jacques Chirac avait eu l'idée de confier à son conseiller Alain Minc le soin de présider sous l'égide du Commissariat général du Plan une Commission. Officiellement, il s'agissait à l'époque de réfléchir à « la France de l'an 2000 ». Mais officieusement, le but était radicalement différent : il s'agissait d'élaborer le programme économique du candidat Balladur. En clair, les moyens de l'Etat avaient été mobilisés à des fins partisanes. Et il s'était trouvé des "experts" -même soit-disant de gauche- pour participer à cette pantalonnade.

Et à l'évidence, le stratagème n'a pas été oublié. Est-ce Nicolas Sarkozy qui en a gardé le souvenir ? Ou est-ce Alain Minc, désormais à son service, qui le lui a rappelé ? En tout cas, c'est la seule raison d'être de la Commission Attali : préparer un programme économique pour l'élection présidentielle 2012. Une boite à outil dans laquelle Nicolas Sarkozy pourra, le moment venu, venir puiser.

A part cela, promis, juré !.. Il n'y a pas plus indépendants que les experts siégeant dans cette commission

(Chronique mise en ligne la première fois le 10 mars 2010 sur le portail Orange)

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