Le « Macron », un placement d’une rentabilité historique

D’Antoine Pinay, jusqu’à Edouard Balladur, en passant par Raymond Barre ou Valéry Giscard d’Estaing, l’histoire politico-économique contemporaine est riche de rentes ou d’emprunts connus sous le nom des responsables qui les ont créés. A cette liste de placements plus ou moins rentables, il va falloir ajouter un nom, celui d’Emmanuel Macron, à l’origine d’un placement d’une rentabilité historique

Certes, le placement en « Macron » est d’un type très particulier. Il ne s’apparente pas à la rente formidable, émise en 1952 et indexée sur l’or, par Antoine Pinay (1891-1994), qui a gravement déséquilibré les finances publiques françaises, à l’opposé de la réputation imméritée de sagesse que l’homme au chapeau rond de Saint-Chamond a toujours trainé derrière lui. Il ne s’apparente pas plus aux emprunts divers et variés, lancés par la suite par ses successeurs.

Car en fait, le « placement » Macron, c’est pendant la campagne présidentielle qu’il a été possible d’y souscrire. Et c’est maintenant, six mois plus tard, que les heureux souscripteurs savent exactement ce qu’ils vont y gagner.

Le « placement Macron » bien mieux que la rente Pinay ! Le « placement Macron » bien mieux que la rente Pinay !
Faisons en effet les comptes. On sait, grâce au ministre de l’économie, Bruno Le Maire, que les 1 000 plus grandes fortunes françaises vont se partager 400 millions d’euros, grâce à la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) – hors effet de la création de l’Impôt sur la fortune immobilière (IFI) (lire L’omerta sur les cadeaux de Macron aux ultrariches). De ce chiffre, on peut donc obtenir une moyenne : cela veut dire que ces mille contribuables vont empocher chacun 400 000 euros.

Ce n’est certes qu’une indication approximative. Car compte tenu de la concentration des patrimoines, quelques grandes fortunes vont empocher des cadeaux beaucoup plus considérables, dépassant sans doute la barre de la centaine de millions d’euros, tandis que d’autres, vont empocher un peu moins. Mais enfin ! Ce chiffre moyen de 400 000 euros par contribuables richissimes donne la mesure de la générosité d’Emmanuel Macron à leur endroit.

Et puis aussi, cela permet de mieux apprécier la rentabilité de ce placement en « Macron » dont nous parlions. Car imaginons – hypothèse purement théorique – que chacune de ces grandes fortunes ait accepté de participer au financement de la campagne présidentielle du candidat « En Marche », en apportant la somme maximale de 7 500 euros autorisée par la loi. Dans ce cas, cela voudrait dire que les mille contribuables concernés qui ont apporté chacun 7 500 euros ont reçu l’assurance à peine six mois plus tard qu’ils allaient récupérer chacun 400 000 euros. En somme, ils vont récupérer plus de 53 fois leur mise initiale.

Encore une fois, ce n’est qu’une moyenne, reposant sur une hypothèse théorique. Car dans les faits, certaines de ces grandes fortunes n’ont pas investi en « Macron », préférant le « Fillon ».

Mais le raisonnement en moyenne garde le mérite de donner une tendance. Et celle qui transparaît ici est bavarde : elle révèle que le placement en « Macron » a profité d’une rentabilité historique. Cinquante trois fois la mise, en moins de six mois, qui dit mieux ? Par comparaison, la rente Pinay, pour ruineuse qu’elle ait été, apparaît une aimable plaisanterie. Mais il est vrai que dans ce derniers cas, les souscripteurs se recrutaient dans tout le pays, y compris le petit peuple. Le placement en « Macron », lui était réservé à quelques happy few : une poignée de milliardaires.

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Post-scriptum - Dans le fil des commentaires suscités par ce billet, un lecteur me rappelle, et il a raison, que les dons aux partis politiques viennent en réduction de l'impôt sur le revenu à hauteur de 66% du montant. Une grande fortune ayant souscrit pour 7 500 euros au « placement » Macron pendant la campagne présidentielle n'a donc payé de sa poche, en net, que 2 550 euros. Dans l'hypothèse théorique que nous avons retenue, cela voudrait donc dire que la grande fortune concernée aura donc remporté six mois plus tard... 156 fois sa mise initiale ! Une culbute encore plus impressionnante que ce que nous écrivions...

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