Les menaces de plainte en cascade de Bernard Tapie

Reproduisant une dépêche publiée mardi soir par l’Agence France-Presse, une bonne partie de la presse française, mais aussi de la presse belge, vient d’annoncer que Bernard Tapie avait l’intention de me poursuivre en diffamation, ainsi que Mediapart. Je ne suis naturellement pas en mesure de le confirmer puisque nous n’avons, pour l’heure, reçu aucune assignation. Mais dès à présent, une précision s’impose : ce n’est pas la première fois que Bernard Tapie joue de la sorte, sans grand succès, de l’intimidation, sans toujours d’ailleurs passer à l’acte.

Reproduisant une dépêche publiée mardi soir par l’Agence France-Presse, une bonne partie de la presse française, mais aussi de la presse belge, vient d’annoncer que Bernard Tapie avait l’intention de me poursuivre en diffamation, ainsi que Mediapart. Je ne suis naturellement pas en mesure de le confirmer puisque nous n’avons, pour l’heure, reçu aucune assignation. Mais dès à présent, une précision s’impose : ce n’est pas la première fois que Bernard Tapie joue de la sorte, sans grand succès, de l’intimidation, sans toujours d’ailleurs passer à l’acte.

C’est donc à l’AFP que Bernard Tapie a fait part de son intention : on trouvera sur de nombreux sites Internet la dépêche qui retrace ses propos, par exemple ici, sur celui du Point. Selon ses dires, c’est donc un article récent que j’ai écrit, révélant l’installation à Uccle, un quartier ultra-chic de Bruxelles, de son fils, Laurent Tapie, qui serait à l’origine de sa décision. On peut retrouver ici l’article en question : L’associé et fils de Bernard Tapie s’exile en Belgique.

Au premier examen, on peut donc s’étonner que Bernard Tapie se lance encore une fois dans une procédure, pour un article dont Mediapart n’aura aucune difficulté à établir la bonne foi en même temps que la véracité des informations qu’il révélait. Sans doute y a-t-il donc d’autres raisons à cette nervosité de Bernard Tapie. D’abord, en Belgique même, il connaît des ennuis fiscaux et judiciaires de plus en plus nombreux. Comme Mediapart l’a aussi révélé voici quelques jours, l’administration fiscale belge vient ainsi de répondre favorablement à une demande d’assistance de l’administration fiscale française et a décidé une saisie conservatoire sur des biens de Bernard Tapie pour un montant de 2 683 289,73 euros (Lire La Belgique aussi saisit l’argent de Tapie). Et dans la foulée, nos confrères belges du journal L’Echo ont révélé que le parquet de Bruxelles a ouvert une information judiciaire, visant Bernard Tapie, sur un transfert financier de 900 000 euros, effectué le 23 juillet 2013, entre la France et la Belgique. Le journal précisait que l'enquête est la conséquence d'une dénonciation de la Cellule de traitement des informations financières (CTIF), l'organe spécialisé dans la lutte contre le blanchiment de capitaux. L’alerte de la CTIF a été émise au mois d’août 2013. Le parquet belge a lancé une information judiciaire pour auditionner Bernard Tapie et effectuer la saisie des fonds litigieux. A ce stade, aucun juge d’instruction n’a encore été désigné. On peut donc imaginer que Bernard Tapie n’apprécie guère les journalistes qui font leur office et a imaginé cette riposte, aussi fragile soit-elle.

Je me prends à penser que le livre que je viens d’écrire, Tapie, le scandale d’Etat (Editions Stock) et qui apporte de nombreuses révélations sur les irrégularités du célèbre arbitrage et sur son caractère même vraisemblablement frauduleux, n’est pas pour rien dans la nervosité de Bernard Tapie.

Cela étant, il faut toujours se défier des emportements de Bernard Tapie. D’abord, il est coutumier de ce type de procédures. On se souvient ainsi que dans le courant de l’année 2011, il avait porté plainte contre une ribambelle de personnalités, dont François Bayrou, Eva Joly ou encore le professeur de droit Thomas Clay, le grand spécialiste de l’arbitrage, avant de retirer toutes ses plaintes, sauf  celle visant le juriste. Et en bout de course, c’est Bernard Tapie lui-même qui avait fini par être condamné, pour constitution abusive de partie civile.

Multipliant les procédures, Bernard Tapie avait aussi déposé au printemps dernier une plainte visant Mediapart pour atteinte à la vie privée, après que j’eus révélé un enregistrement dans lequel il apparaissait que Claude Guéant, à l’époque secrétaire général de l’Elysée, s’était impliqué dans son dossier fiscal (Lire Affaire Tapie : l’enregistrement qui met en cause Claude Guéant). Cette plainte avait donné lieu à l’ouverture d’une information préliminaire, avant de faire l’objet d’un avis de classement.

Et puis, il y a les plaintes qu’évoque périodiquement Bernard Tapie, pour intimider ses vis-à-vis, mais qu’il ne dépose pas toujours. Lors de la sortie de mon livre Tapie, le scandale d’Etat, précisément, j’ai eu droit à ce genre de message mi-moqueur mi-menaçant. Voici le SMS qu’il m’a adressé :

 

Mais, depuis, mon interlocuteur ne s’est pas manifesté. Et pour une raison qui tient à sa personnalité, et qui est précisément l’introduction de mon livre : « Il faut toujours se défier de ce que dit Bernard Tapie. Non pas qu’il parle souvent faux ou cherche à égarer son auditoire. Mais, comédien par goût – et même par profession –, il joue souvent un rôle dont il ne faut pas être dupe. Rusé et pugnace, il peut même, avec un aplomb invraisemblable, prendre des libertés avec les faits les mieux établis et s’indigner, tout aussitôt après, que l’on puisse mettre sa parole en doute. Ainsi est Bernard Tapie : bateleur, joueur, et… un tantinet bonimenteur. »

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