Ces si scandaleux tarifs bancaires

Si l'on en croit toute la presse économique, unanime, Christine Lagarde a été prise ces derniers jours d'une sainte colère. Tous les titres s'en sont faits à juste titre l'écho et ont applaudi l'exaspération de la ministre des finances.

Si l'on en croit toute la presse économique, unanime, Christine Lagarde a été prise ces derniers jours d'une sainte colère. Tous les titres s'en sont faits à juste titre l'écho et ont applaudi l'exaspération de la ministre des finances. « Tarifs bancaires : Lagarde se fâche », a relevé La Tribune. « Bercy veut traquer les tarifs bancaires abusifs », a surenchéri le site internet de Capital. « Les frais bancaires sous la loupe de Bercy », ont claironné Les Échos. « Tarifs bancaires : Bercy veut faire la chasse aux abus », a annoncé le site de Votre Argent.

Il faut dire qu'il y a de quoi ! Tous les clients des banques le savent : la plupart des grands établissements abusent, avec des tarifs bancaires qui sont souvent aussi opaques que disproportionnés. Un vrai scandale ! Après avoir spéculé sur les marchés financiers pour leur compte propre, ce qui ne devrait pas être leur métier, les banques n'hésitent pas à solliciter des aides publiques pour sortir de la crise dans laquelle elles ont plongé - et dans laquelle elles ont failli faire verser la planète toute entière-. Et après cela, sans la moindre vergogne, après avoir profité des bonnes grâces des contribuables, elles n'hésitent pas à taxer une seconde fois ces mêmes contribuables, qui sont aussi leurs clients, en leur imposant des tarifs hors de prix. La double peine, en quelque sorte.

Pour une fois, il faut donc être beau joueur. Et applaudir Christine Lagarde sans retenue. Elle qui s'est si souvent illustrée par ses gaffes et par son comportement de courtisane, devançant sans cesse les moindres désirs de l'Elysée, la voilà qui a l'audace d'engager une indispensable croisade.
Bravo Christine ! Il faut donc dire ce qui est : elle a eu la bonne et courageuse idée de demander un rapport sur le sujet des tarifs bancaires à Georges Pauget, l'ancien directeur général de Crédit Agricole SA et à Emmanuel Constans, le président du comité consultatif du secteur financier. De la sorte nous saurons enfin à quoi nous en tenir sur les abus et les tarifs prohibitifs, car la ministre des finances a bien précisé quelle était sa commande : faire le jour sur ces tarifs, et notamment sur les plus opaques d'entre eux, notamment ces fameux « packages », les offres de services groupés des banques, qui sont si onéreux, et auxquels il est si difficile d'échapper.
Oui, bravo Christine ! Voilà enfin une ministre des finances audacieuse. On en vient à rêver qu'elle ne s'arrête pas en si bon chemin. Et puisqu'elle a eu le courage formidable de nommer un banquier pour enquêter sur les pratiques de sa propre profession, peut-être voudra-t-elle poursuivre sur sa lancée.
Et si elle manque d'idées, on peut lui en suggérer, à foison : elle pourrait nommer un patron de la grande distribution pour enquêter sur les causes de l'inflation ou des marges abusives ; un responsable de la fédération porcine pour enquêter sur les origines des algues vertes en Bretagne ; un responsable d'une grande société d'intérim pour enquêter sur les causes de la précarité du travail. Et pourquoi pas aussi, tant qu'on y est, un pickpocket pour enquêter sur l'inquiétante multiplication des vols à la tire...
Ah ! Quel beau pays que la France, doté d'un capitalisme de connivence aussi efficace. Et quelle ministre des finances ! Au moins, avec elle, on peut en être certain : les banquiers vont être rappelés à l'ordre. Et fissa !...

(Chronique mise en ligne la première fois sur le portail Orange, le 18 mars 2010)

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