Enigme autour d'un royal commerce

Il m'est arrivé une drôle d'histoire, sans doute insignifiante mais cocasse. J'ai hésité à la raconter mais comme elle met en scène une personnalité politique de premier plan, peut-être puis-je en prendre la liberté.

Il m'est arrivé une drôle d'histoire, sans doute insignifiante mais cocasse. J'ai hésité à la raconter mais comme elle met en scène une personnalité politique de premier plan, peut-être puis-je en prendre la liberté.

Quand mon livre sur Alain Minc, intitulé Petits conseils (Stock, 2007) est paru, je l'ai adressé, comme c'est l'usage à de nombreux confrères de la presse écrite et audiovisuelle, pour qu'ils en fassent la critique. Estimant que le rôle d'Alain Minc, au cœur du capitalisme de connivence français, pouvait alimenter le débat public, je l'ai aussi adressé aux candidats à l'élection présidentielle. Histoire qu'ils comprennent notamment, si besoin était, le rôle qu'il a joué au Monde, pour instrumentaliser le journal au service de Nicolas Sarkozy.

 

Or, l'un de ces livres, que j'avais dédicacé, a connu une drôle de destinée. Jeudi 27 novembre, j'avais rendez-vous avec un économiste parisien. Souhaitant lire mon livre avant notre rencontre, celui-ci a cherché à l'acheter. Se promenant dans une grande librairie spécialisée dans la revente de livres d'occasion, il a donc trouvé ce qu'il voulait : un exemplaire de l'ouvrage écrit par moi. Or, surprise ! Ce livre était l'un de ceux que j'avais adressés aux candidats à l'élection présidentielle. Je l'ai vérifié par moi-même : l'exemplaire portait la dédicace que j'avais écrite à l'attention de... Ségolène Royal !

 

Ce qui m'a plongé dans un abîme de perplexité.

 

Après quelques temps de réflexion, je me dis que plusieurs explications étaient possibles.

 

Première hypothèse : Ségolène Royal a jugé mon livre inintéressant ou mauvais et a cherché à s'en débarrasser. Ce qui est évidemment son droit le plus légitime. Et un mauvais point pour moi qui n'ai pas su écrire un livre de nature à retenir son attention. Mais tout de même, reste, une question : ce livre que je lui avais offert, à elle comme aux autres candidats, pourquoi avoir été le vendre ?

 

J'en suis donc venu à imaginer une deuxième hypothèse : pour chercher à céder pour quelques maigres fifrelins un tel ouvrage, peut-être Ségolène Royal est-elle à court d'argent ? Etrange ! Cela ne me semblait pourtant pas le cas. Car pendant sa campagne présidentielle, elle a reçu un soutien de qualité, en la personne du milliardaire Pierre Bergé le patron et fondateur de la société Yves Saint Laurent. Lequel Pierre Bergé, comme je le raconte précisément dans Petits conseils, gère une partie de sa fortune, qui est donc immense, avec un ami très cher, au sein d'une société dénommée Oléron participations. Et cet ami très cher, précisément, n'est autre qu'... Alain Minc.

 

Troisième hypothèse :peut-être ce livre a-t-il, en fait, été volé à Ségolène Royal, elle qui s'est dit victime d'étranges cambrioleurs, pendant la campagne. Mais comment croire que de tels cambrioleurs aient pris le temps de subtiliser un tel ouvrage ? Impensable ! Ou alors, ce n'étaient pas le type de cambrioleurs très spéciaux que suggéraient Ségolène.

 

Quatrième hypothèse, peut-être la plus probable : contrairement à ce que j'ai pu penser dans un premier élan, Ségolène Royal n'est pas fauchée au point d'aller vendre les livres qu'on lui offre. Non ! Comme elle est encombrée par ce genre de cadeaux, peut-être les donne-t-elle gracieusement à ses assistantes et ses assistants. Qui ensuite en font l'usage qu'ils ou elles veulent...

 

Mais, dans cette hypothèse-là, je me dis que c'est dommage ! Car quitte à donner ce livre, Ségolène Royal aurait été mieux avisée, à mon humble avis, de l'offrir à une personne qui en aurait peut-être eu vraiment besoin : sa grande amie Martine Aubry, qui vient de lui souffler le poste de premier secrétaire du Parti socialiste. Car si Alain Minc n'a plus que de rares intimes à la direction du PS, il en reste pourtant deux, qui lui sont très proches : Dominique Strauss-Kahn et... Martine Aubry.

 

Bref, on en conviendra, c'est une histoire loufoque. Je n'en tire pour ma part aucune conclusion. Avec amusement, je me demande juste dans quels mains finira le nouveau livre Sous le Tapie que je viens d'écrire et dont j'ai dédicacé un exemplaire à ... Ségolène Royal. Avis à ceux qui arpenteront d'ici quelques temps les rayons de Gibert Jeunes : alertez-moi, si vous voyez l'ouvrage en question, de sorte que je puisse peut-être percer enfin mon énigme.

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