Prévention de la délinquance: la vieille leçon de morale de J-M Bockel

«Le temps est venu de promouvoir une politique nationale de prévention de la délinquance juvénile qui mobilise l’ensemble des acteurs et prenne en compte toutes ses dimensions», annonce fièrement Jean-Marie Bockel. Le Secrétaire d’Etat à la justice, 60 ans, transfuge du PS rallié à Nicolas Sarkozy en 2007, essaye d’exister dans un gouvernement où il n’a jusqu’à présent pas eu son mot à dire.

«Le temps est venu de promouvoir une politique nationale de prévention de la délinquance juvénile qui mobilise l’ensemble des acteurs et prenne en compte toutes ses dimensions», annonce fièrement Jean-Marie Bockel. Le Secrétaire d’Etat à la justice, 60 ans, transfuge du PS rallié à Nicolas Sarkozy en 2007, essaye d’exister dans un gouvernement où il n’a jusqu’à présent pas eu son mot à dire. Mais dans l’offensive sécuritaire de l’été 2010, entre autres décisions, le Président lui a confié la rédaction d’un rapport sur la prévention de la délinquance. Sa lecture est affligeante. Loin d’une analyse scientifique des causes de la délinquance et d’une évaluation objective des dispositifs existant, ce rapport est surtout une leçon de « morale républicaine à l’ancienne » (façon père fouettard), tendance légèrement islamophobe comme il convient de nos jours.

 

La prévention de la délinquance version Pater familias

Le texte du rapport est très clair : il s’agit fondamentalement de retrouver les voies de l’autorité en famille, à l’école et dans l’espace public.

Dans les familles, nous serions confrontés àla « toute puissance de certains enfants conduisant à l’anomie, effet d’éviction des parents dans certaines familles, démission parentale dans d’autres, création d’une économie intrafamiliale de survie basée sur les trafics, crise de notre modèle d’intégration républicaine ». Face à la « crise de la paternité », au nombre effrayant de « familles monoparentales », il conviendrait de « restaurer l’autorité » (essentiellement paternelle donc) et de sanctionner aussi les parents qui ne l’auraient pas compris.

A l’école, le problème est un « constat d’échec unanime quant aux 150 000 mineurs qui sortent chaque année du système scolaire sans formation ni diplôme, absentéisme et décrochage scolaire conduisant à l’émergence d’une catégorie de jeunes sans repères, livrés à la rue, devenant des cibles privilégiées pour la délinquance et l’intégrisme religieux ». Il conviendrait alors de « restaurer la citoyenneté » et de rappeler que la mission de l’école est de « faire intégrer dès le plus jeune âge la notion de règle ». D’où, notamment, l’importance de « l’intensification des échanges d’informations entre les 10 équipes pédagogiques, la police et la justice ».

Sur la voie publique, il s’agirait de partir en « reconquête de la rue [qui est] entre les mains des ennemis de l’ordre et des ennemis de la laïcité ». On constaterait ainsi un « phénomène d’occupation de l’espace public par des bandes, un rajeunissement dans leur composition et l’apparition de groupes de filles tournés vers la délinquance », ainsi bien sûr (le texte y insiste si vous ne l’aviez pas encore compris) qu’une « intensification du phénomène de prosélytisme religieux via les prêcheurs » (suivez mon regard).

 

Une conception bien particulière de la République

Suivent 15 propositions, dont certaines pourraient être intéressantes à discuter, mais qui sont hélas noyées dans un moralisme bon teint, utilisant quelques accroches médiatiques récentes pourtant fortement contestées (notamment le rapport Inserm 2005 sur les « troubles des conduites » et, plus récemment, la prétendue explosion de la délinquance des filles), ciblant clairement les « quartiers sensibles » habités par la population « issue de l’immigration » qui abrite massivement – c’est bien connu – des parents démissionnaires et plus ou moins intégristes.

On reconnaît dans tout cela un pôle intellectuel et politique bien connu, celui que Hugues Jallon et Pierre Mounier appelaient en 1999 « les enragés de la République ». Des hommes et des femmes qui se disent souvent « ni de droite ni de gauche » mais seulement « républicains », obsédés par le vieux thème de la décadence, du délitement, de la perte des repères, de la morale et de l’autorité. Jean-Pierre Chevènement l’a incarné un moment. Une conception bien particulière de la République en vérité. Il en est d’autres, moins conservatrices, moins passéistes, moins intolérantes, moins sur la défensive, regardant l’avenir autrement qu’avec la peur obsédante de ne plus y reconnaître exactement le « bon vieux temps » que l’on a connu, ou que l’on croit se souvenir d’avoir connu.

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