Comment comprendre le déni des traitements précoces de la Covid ?

Il existe dans le monde de nombreux traitements précoces permettant de lutter contre la Covid, en évitant dans la plupart des cas qu’elle s'aggrave et nécessite une hospitalisation. Nombre de pays occidentaux les ont pourtant ignorés, préférant s’en remettre au discours des industriels pharmaceutiques. En France, on peut même parler d’une (dramatique) interdiction de soigner en dehors de l’hôpital

Épisode 35

Laurent MUCCHIELLI (sociologue, directeur de recherche au CNRS)

Jacques POLLINI (chercheur associé au département d'anthropologie, Université McGill)

 

Le 28 avril dernier, nous avions publié un bilan provisoire des recherches sur le « protocole Raoult » développé à l’Institut Hospitalo-Universitaire de Marseille. Depuis cette date, les recherches sur les traitements précoces de la COVID-19 ont avancé à grand pas et se sont diversifiés, avec plus de 180 études portant sur l’hydroxychloroquine, une quarantaine portant sur l’Ivermectine et presque autant sur la vitamine D, pour n’en citer que quelques-uns (on en étudiera d’autres dans cet article). Des sites web (ici, ici et ) sont apparus donnant la liste de ces études et présentant leurs résultats sous forme graphique. Des synthèses ont été publiées, synthétisant les résultats et proposant des algorithmes facilitant le choix des approches thérapeutiques selon le stade de la maladie (ainsi : Risch 2020, McCullough et al. 2020, Marik et al. 2020).

Le but de cet article n’est pas de faire une revue approfondie de toutes ces études portant sur les traitements précoces de cette maladie infectieuse. Il y faudrait un livre entier. Il s’agit plutôt d’informer nos concitoyens de leur existence, de présenter quelques-unes des principales conclusions qui peuvent en être tirées, de soutenir les médecins qui les utilisent quotidiennement malgré des pressions parfois très fortes, et enfin de discuter des implications de tous ces constats sur l’évaluation de la politique sanitaire menée depuis le début de l’année 2020 par plusieurs gouvernements occidentaux dont la France.

Nous nous concentrerons sur quatre approches thérapeutiques, certaines très connues car ayant fait l’objet d’intenses débats, d’autres quasiment inconnues du grand public. Nous reviendrons d’abord sur la combinaison hydroxychloroquine /azithromycine, éventuellement additionnée de zinc. Nous détaillerons ensuite un peu le cas de l’azithromycine ou de l’hydroxychloroquine utilisées seules (ou avec du zinc), en insistant tout particulièrement sur l’azithromycine dont le blocage par le ministère français de la Santé, contre l’expérience de nombreux médecins, constitue un autre scandale passé inaperçu. Nous discuterons également le cas de l’ivermectine, inconnue en France mais utilisée dans d’autres pays (l’Australie, l’Inde, des pays d’Amérique du sud) avec ou sans antibiotiques et zinc. Nous évoquerons par ailleurs d’autres thérapies développées notamment au Japon, en Chine et à Cuba, et finirons par un rappel du rôle simple et clair de la vitamine D, également négligée en France par les « autorités sanitaires ».

Dans toute cette discussion, nous nous efforcerons d’informer les citoyens sur l’état des connaissances médicales, sans parti-pris particulier pour tel ou tel de ces traitements vis-à-vis desquels nous n’avons aucune forme de lien ni d’intérêt particulier. Cette remarque est importante dans un contexte où le débat public est enfermé dans une opposition stérile entre la doxa gouvernementale relayée par les principaux médias d’une part, et le complotisme d’autre part (voir notre analyse à ce sujet), et dans un contexte où le débat scientifique et médical est pollué par des règlements de compte, des enjeux de pouvoir et une corruption rampante nourrie depuis des années par l’industrie pharmaceutique. Nous y reviendrons en conclusion, mais ceci nous amène à commencer ce petit état des savoirs par un exemple typique de manipulation illustrant l’état hélas extrêmement conflictuel de ce débat et permettant de comprendre une des raisons de la surdité de beaucoup vis-à-vis de traitements précoces dont l’efficacité a pourtant été montrée de manière empirique.

Une méta-analyse française aux intentions cachées trop évidentes

cmi
Les traitements à base d’hydroxychloroquine continuent de faire couler beaucoup d’encre, avec notamment la parution à la fin du mois d’août d’une méta-analyse (Fiolet et al. 2020) portant sur 29 études, qui conclut que l’hydroxychloroquine n’apporterait pas de bénéfices aux patients COVID-19 et même que, si l’on ajoute l’azithromycine, le traitement augmenterait la mortalité. Cette conclusion est donc similaire à celle de la fameuse étude frauduleuse parue fin mai dans le Lancet avant d’être rétractée (voir notre article du 26 mai dernier sur ce scandale de corruption hélas révélateur du fonctionnement actuel de la recherche médicale), les auteurs n’ayant pas été en mesure de fournir un accès aux données brutes à des auditeurs indépendants. Comme dans le cas de la fraude en question, cet article d’origine française a immédiatement été présenté comme très important voire « définitif » (sans rire) par les médias mainstream (voir par exemple France Info, Le Point, Europe 1 et RTL) et par des magazines scientifiques très influents comme Pourquoi docteur ? ou encore Futura sciences. Enfin, troisième similitude troublante : tandis que l’article du Lancet avait permis au ministre Olivier Véran de restreindre encore davantage la possibilité de prescrire l’HCQ, cet article (Fiolet et al.) a peut-être joué également un rôle politique dans la lutte acharnée menée contre l’IHU de Marseille, dont le principal rebondissement sera finalement l’annonce par SANOFI qu’il n’honorera plus les commandes d’hydroxychloroquine de l’IHU et des hôpitaux de Marseille.

Las, dans leur grande naïveté, aucun des journalistes ayant chroniqué cette méta-analyse n’a questionné les liens d’intérêts de certains de ses auteurs avec des industriels pharmaceutiques ni même relevé leurs relations directes (voir ici) avec des membres éminents du Conseil scientifique français (le plus connu des auteurs - Nathan Peiffer-Smadja – n’étant autre que l’ancien doctorant de Yazdan Yazdanpanah, ayant soutenu comme lui, dès le début de la crise, le Remdesivir de l’industriel Gilead). Enfin, aucun des journalistes concernés n’a fait état de l’intense polémique que cet article a créée dans la revue même où il a été publié (Clinical Microbiology and Infection). Les commentateurs ont reproché aux auteurs d'avoir déformé ou ignoré une partie des résultats (ceux qui ne les arrangeaient pas) de certaines des études passés en revue dans la méta-analyse.

Enfin, et c’est là l’essentiel, les auteurs concluent que l’hydroxychloroquine et l’azithromycine ne sont pas des traitements effectifs, allant jusqu’à justifier l’arrêt des recherches sur le sujet ("Our results suggest that there is no need for further studies evaluating these molecules, and the European DisCoveRy clinical trial or the WHO international Solidarity clinical trial have already discontinued treatment arms using hydroxychloroquine"), alors que les données présentées dans leur article ne leur donnent aucune autorité pour poser une telle affirmation.On rappelle en effet que le débat porte sur l’utilisation de ce protocole comme traitement précoce (antiviral puis antiinflammatoire), dès l’apparition des premiers symptômes, donc avant (et pour prévenir) l’hospitalisation. Parmi les 3 737 patients considérés dans l’étude IHU (Lagier et al., 2020), seuls 18% ont été hospitalisés. Or, parmi les 29 études revues par Fiolet et al (2020), 28 ont été au contraire conduites exclusivement en milieu hospitalier. Certes, certains patients pourraient avoir été hospitalisés immédiatement après le diagnostic et avec des symptômes légers mais les auteurs indiquent qu’ils n’ont pas désagrégé les données en sous-groupes selon la sévérité des symptômes. Et pour ce qui est de l’unique étude qui porte sur des patients non hospitalisés, elle concerne l’utilisation de l’hydroxychloroquine seule. Ainsi, en réalité, aucune des 29 études revues par Fiolet et al (2020) ne porte sur l’approche thérapeutique préconisée par l’IHU. Conclure à partir de là qu'il n'est plus nécessaire de conduire des études sur le sujet constitue ainsi un exemple manifeste de désinformation du public, dont les intentions polémiques initiales ne sont que trop évidentes. Gageons que l’on finira par sortir du déni et de la petite guerre de tranchée entre les « pros » et les « antis » Raoult pour réfléchir de façon plus sereine, plus honnête et plus constructive.

D’autres études testant l’association HCQ/AZI en médecine ambulatoire

Nous avons recensé par ailleurs 12 études traitant réellement du sujet : l’utilisation de l’HCQ/AZI en médecine ambulatoire. Toutes sauf une indiquent un effet bénéfique pour les patients. Hormis celles de l’IHU de Marseille dont la plus importante porte sur plus de 3 700 personnes infectées (Lagier et al. 2020), la plus significative est sans doute celle portant sur la trithérapie HCQ/AZI/Zn appliquée notamment par le Docteur Zelenko sur des patients âgés ou vulnérables dans la ville de New York (Derwand et al. 2020), montrant une division par 5 du taux d’hospitalisations et de décès, par rapport à une groupe de patients non traités qui ne se limite pas aux patients âgés ou vulnérables. Trois études montrent également un effet bénéfique du traitement pour réduire la mortalité dans les EPHAD (Ly et al. 2020, Heras et al. 2020, Aikpa et al. 2020), ce qui est un constat majeur compte tenu du fait que les résidents très âgés et rarement en bonne santé de ces établissements sont les plus concernés par le risque de mortalité liée à la Covid. Fait notable, la seule étude parmi les 12 qui ne détecte pas d’effet bénéfique est également la seule qui soit randomisée (Omrani et al. 2020). Publiée dans le Lancet, elle porte sur des patients jeunes (41 ans en moyenne) et en bonne santé, qui par conséquent guérissent généralement tout seuls, l’administration de ce traitement apparaissant donc tout à la fois inutile et plus difficilement détectable par des études cliniques.

Ainsi, en l’état actuel des connaissances, les recherches médicales disponibles indiquent globalement que les traitements HCQ/AZI et HCQ/AZI/Zn administrés de manière précoce à des patients âgés ou vulnérables réduisent bel et bien la durée de portage viral, les taux d’hospitalisation et les taux de décès.

L’hydroxychloroquine aux différents stades de la maladie

hcq
Qu’en est-il de l’hydroxychloroquine en particulier ? Lorsqu’elle est utilisée en monothérapie, certaines études montrent un effet bénéfique tandis que d’autres ne détectent pas d’effet, voire détectent des effets négatifs. Les méta-analyses donnent également des résultats contrastés (Elvarasi et al. 2020, Sarma et al. 2020, Siemieniuk et al. 2020, Elsawah et al. 2020, IHU 2020.

Les différences entre les résultats de ces études ne constituent pas nécessairement des contradictions. Ils traduisent en effet surtout une différence dans les critères d’inclusion et d’exclusion des études prises en compte dans les méta-analyses (revues de littérature), ou des différences de contexte thérapeutique dans le cas des études individuelles, selon que l’HCQ est combinée ou non avec du zinc ou d’autres molécules, et selon le stade de la maladie auquel l’HCQ est administrée (en ambulatoire ou après hospitalisation, et avec des proportions variables de patients graves placés en unités de soin intensifs). A ce titre, il est bon de rappeler qu’au début de la pandémie COVID-19, les autorités médicales ont autorisé voire recommandé l’utilisation de l’HCQ en traitement compassionnel aussi bien en France qu’aux États-Unis. Cette prescription à titre compassionnel a pu conduire à prescrire l’HCQ sélectivement aux patients dont l’état s’aggravait, introduisant une causalité inverse. En effet, si l’on donne l’HCQ préférentiellement aux patients qui risquent de mourir, toute étude rétrospective incluant ces patients risque fort de montrer une corrélation positive entre l’HCQ et la mortalité, non pas parce que l’hydroxychloroquine conduirait au décès, mais parce que le risque de décès conduirait à la prescription d’hydroxychloroquine…

Le contraste dans les résultats de toutes ces études s’explique aussi par la taille de l’échantillon de patients étudié, qui détermine la détectabilité de l’effet mesuré. Rappelons qu’une étude ne détectant pas d’effet significatif n’est pas une preuve de l’absence d’effet. Certaines méta-analyses regroupant des études ne détectant pas d’effet montrent qu’en réalité un effet bénéfique significatif existe, car l’agrégation de plusieurs cohortes de patients donne à la méta-analyse un pouvoir statistique plus élevé que les études individuelles considérées (García-Albéniz et al. 2020; Ladapo et al. 2020). En d’autres termes, si une étude montre un léger avantage de l’HCQ qui pourrait être le fruit du hasard, la probabilité que cette différence s’explique par le hasard diminue chaque fois qu’une nouvelle étude montre cette même différence.

Au final, la tendance générale qui ressort de l’analyse de toutes ces études sur l’HCQ est donc que cette molécule utilisée seule apporte un effet bénéfique léger en prophylaxie et une réduction de la mortalité sur les patients ambulatoires ou hospitalisés à condition qu’elle soit administrée dès l’admission à l’hôpital. Administrée tard, a fortiori pour des patients en fin de vie à titre compassionnel, elle risque au contraire d’accroitre la mortalité.

L'azithromycine ne serait-elle pas en réalité le plus important ?

azithromycine
Dans la conclusion de notre bilan du 28 avril dernier, nous écrivions déjà que « nul ne peut dire avec certitude si, dans le traitement [de l’IHU de Marseille], le plus potentiellement efficace est l’hydroxychloroquine ou l’antibiotique ajouté ». Sept mois plus tard, si l’efficacité de la combinaison HCQ/AZI en traitement précoce est désormais bien établie, la question de savoir si l’une de ces molécules joue un rôle plus important que l’autre demeure ouverte.

L’azithromycine est un antibiotique de la famille des macrolides, dont l’intérêt thérapeutique est connu de longue date. Comme le rappelait il y a quelques jours le Dr. Gérard Maudrux sur son blog (très suivi par les médecins généralistes), il y a déjà 8 ans, des chercheurs sud-coréens, faisant le bilan d’études menées aussi in vitro que in vivo, montraient que les macrolides avaient des propriétés à la fois anti-inflammatoires et immunomodulatrices, ce qui leur conférait une efficacité thérapeutique dans un large spectre d'infections virales respiratoires telles que le rhinovirus (RV), le virus respiratoire syncytial (RSV) et le virus de la grippe. Ces antibiotiques contribuent ainsi à protéger l’organisme humain de réactions inflammatoires potentiellement mortelles telles que le fameux orage cytokinique. De surcroît, ils auraient des effets bactéricides sur la flore microbiote probablement partenaire du virus, des « germes complices du Sars-Cov2, favorisant son développement ».

Il rappelait également que, pendant que l’hydroxychloroquine était interdite de prescription aux médecins généralistes, ces derniers avaient au contraire utilisé massivement l’azithromycine comme le montrent les statistiques de l’Assurance maladie.  Il relatait à titre d’exemple le cas de la maison de santé multisites de Arles (Bouches-du-Rhône) où, « fort de l’expérience de 1 000 patients traités avec succès, a démarré avec d’autres confrères et la CPST (Communauté professionnelle territoriale de santé) une collaboration ville-hôpital pour soulager les services hospitaliers en prenant en charge et en traitant à domicile des patients qui ailleurs seraient hospitalisés. Résultats en 3 semaines : des patients traités et 70 hospitalisations évitées ». Et il concluait que « cette expérience devrait être multipliée par 1 000 si on veut reléguer cette épidémie dans le passé ».

livre-erbstein
A vrai dire, on se souviendra que cette information majeure sur l’efficacité de l’azithromycine pour traiter les patients infectés dès le début est sortie dans la presse française dès la première phase de l’épidémie, en provenance de la région de France la plus touchée par l’épidémie (le Grand Est). Le 11 avril, deux médecins généralistes mosellans (les docteurs Jean-Jacques Erbstein et Denis Gastaldi) indiquaient à L’Est Républicain qu’ils échangeaient sur le rôle de cet antibiotique bien connu depuis plusieurs semaines sur un groupe Facebook intitulé « Le Divan des médecins », avec notamment une consœur belge Olivia Van Steen Berghe. Sur près de 200 patients traités en ambulatoire à eux trois avec l’antibiotique, ils constataient empiriquement qu’ils n’avaient plus de cas hospitalisés ni de décès, contrairement aux premiers temps de l’épidémie où ils ne traitaient qu’avec le Doliprane officiellement recommandé. Et ils regrettaient que le débat sur l’hydroxychloroquine occulte celui qu’il faudrait avoir sur l’azithromycine. Deux jours plus tard, ils précisaient au Parisien qu’ils ajoutaient également du Zinc « pour son rôle d'anti-inflammatoire sur les tissus interstitiels pulmonaires », et parfois aussi de l’héparine (un anticoagulant) « pour prévenir les thromboses, les phlébites et les embolies pulmonaires, fréquentes avec le coronavirus ». Or, ainsi que le docteur Erbstein le raconte dans un livre, ainsi que dans un documentaire qui vient de sortir (« Mal traités »), loin de susciter l’intérêt des autorités sanitaires, cette expérience particulièrement encourageante de médecins de terrain lui a valu de recevoir au contraire dès le lendemain du Parisien un coup de téléphone du président du conseil de l'Ordre des médecins lui intimant l’ordre de ne plus communiquer dans la presse.

La même mésaventure arrivera quasiment au même moment au docteur Sabine Paliard-Franco exerçant près de Grenoble. Dès le 26 mars, elle alertait sur les résultats spectaculaires qu’elle obtenait sur une bonne trentaine de patients avec cette classe d’antibiotique : « (Zeclar, Rulid ou Zithromax) dont on connait l’action bactéricide sur les germes atypiques et l’action virucide) ce qui a dans les 24h amélioré les symptômes subsistants chez tous les patients, même sévères, âgés ou polypathologiques ». Elle précisait également : « En cas d’essoufflement et/ou de toux rebelle, je prescris volontiers une association fixe de bronchodilatateur et de corticoïde inhalé, et un anti-histaminique sur les terrains allergiques (pour réduire l'inflammation générale) ». Enfin, elle estimait que, « n’ayant pas accès aux tests, je ne peux pas savoir si la charge virale diminue, mais il est certain qu’avec ce traitement on lutte efficacement contre la surinfection et l’inflammation, ce qui est l’objectif et m’a permis d’éviter au moins 7 hospitalisations dont 5 au-dessus de 75 ans ». Résultat, quelques jours plus tard, des journalistes la contactaient et se voyaient gentiment éconduits car « elle n’est pas autorisée par le Conseil de l’Ordre à parler à la presse ».

Ces témoignages de médecins de terrain sont édifiants, et la suite ne l’est pas moins. Le 18 mai, le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) rendait un avis dans lequel, tout en constatant que la prescription d’azithromycine avait augmenté de 217% en mars-avril (preuve de son usage devenant massif chez les médecins), il estimait que l’expérience du terrain n’avait aucune valeur et que « la littérature scientifique n’apporte pas d’argument pour proposer la prescription d’azithromycine ». S’appuyant sur cet avis, le 9 juin 2020, la Direction générale de la Santé publiera un message d’alerte qui « recommande, de manière générale, qu’aucune antibiothérapie ne soit prescrite chez un patient présentant des symptômes rattachés à un Covid-19 confirmé ». Retour au Doliprane…

Mais les faits sont têtus. L’intérêt majeur de l’azithromycine est toujours soutenu par le collectif de médecins provençaux réunis autour de Claude Escarguel, microbiologiste, ancien infectiologue à l’hôpital d’Hyères (Var), ancien président du Syndicat des praticiens des hôpitaux et aujourd’hui porte-parole du collectif « AZI – thro- (trop) d’hospitalisations ». Le Dr Escarguel insiste depuis de longues années déjà sur la « coopération bactéries/virus » dans les maladies respiratoires (Lepere, Escarguel et al. 2020), et d’autres études y ont également conclu (voir ici une étude indo-américaine). Dès le début du mois de mai, il avait tenté d’alerter à son tour la communauté médicale sur les excellents résultats obtenus par les médecins généralistes du Grand Est déjà cités.

Enfin, c’est également l’avis de nombreux médecins hospitaliers qui ont massivement utilisé l’azithromycine, à l’image des équipes de l’hôpital Pierre Garraud de Lyon. Dans un rapide bilan des connaissances publié en juin dernier, ils rappelaient à leur tour que l'AZM a des propriétés antivirales importantes, démontrées tant in vitro que in vivo sur un large panel de virus : Ebola, Zika, virus respiratoire syncytial, virus de la grippe H1N1, entérovirus et rhinovirus. Ils confirmaient que l'azithromycine a montré un effet antiviral synergique contre le SRAS-CoV-2 lorsqu'elle est combinée avec la HCQ à la fois in vitro et dans un cadre clinique, et qu’elle est également efficace lorsqu’elle est utilisée seule. A leurs yeux, l'azithromycine non seulement diminue l'entrée du virus dans les cellules, mais elle peut également renforcer la réponse immunitaire contre les virus en régulant la production de certains interférons (on va y revenir) et des gènes impliqués dans la reconnaissance des virus.

L'ivermectine, une inconnue du débat médical français très utilisée à l'étranger

kit-covid-19-indien
L’ivermectine est un médicament utilisé de façon courante comme antiparasitaire. Il est connu en France pour le traitement de la gale, mais est utilisé de façon plus large dans les zones tropicales où sévissent de nombreuses maladies transmises par des vers parasitaires. Les traitements à base d’ivermectine ont fait l’objet de très peu de débats dans les médias en Europe. Ils semblent pourtant plus prometteurs encore que ceux à base d’HCQ (Elgazzar et al. 2020). On trouve ainsi 23 études cliniques montrant un effet bénéfique de l’ivermectine sur des patients COVID-19, contre 5 études négatives ou non conclusives. Certaines études randomisées montrent une réduction très significative des décès chez des patients COVID-19 hospitalisées, avec l’ivermectine utilisée seule (Niaee et al. 2020) ou en association avec la doxycycline (Hashim et al. 2020, Mahmud et al. 2020), un antibiotique d’usage courant dans le traitement de nombreuses maladies infectieuses (maladie du charbon, choléra, maladie de Lyme, fièvre Q, brucellose…) et commercialisé depuis les années 60. En milieu hospitalier, l’efficacité de l’ivermectine serait très supérieure à celle de l’HCQ (Niaee et al. 2020). Une méta-analyse (Kory et al. 2020) conclut que l’ivermectine est une solution majeure face à la pandémie COVID-19, avec des résultats très positifs en prophylaxie, en traitement précoce, et en traitement hospitalier, y compris sur des patients sévères. Une autre étude (Cadegiani et al. 2020), qui compare des traitements à base d’azithromycine combinée soit avec l’ivermectine soit l’hydroxychloroquine, montre également des effets très bénéfiques dans les deux cas et conclut que, à ce stade de connaissance, administrer un placebo à des patients dans le cadre d’études clinique testant ces traitements ne serait pas éthique (ce qui rejoint la position des médecins français de l’IHU). Ces résultats, ainsi que le coût extrêmement faible de ces médicaments, ont conduit certains états en Inde à adopter le traitement ivermectine/doxycycline comme un « standard of care » et à le distribuer à grande échelle sous forme d’un « kit Covid-19 » vendu au prix modique de 2 dollars (voir illustration). L’ivermectine a également retenu l’attention de plusieurs Etats en Amérique Latine, notamment le Pérou puis la Bolivie. Son utilisation est également fortement commentée en Australie (voir l’interview du professeur Thomas Borody).

On notera enfin que, comme dans le cas du protocole marseillais HCQ/AZI, il est fort possible que l’antibiotique (la doxycycline dans ce cas) soit la cause principale de l’obtention de résultats positifs de la bithérapie.

Étrangement, en Europe, ces résultats qui, là encore, sont connus depuis le mois d’avril, ne sont ni considérés par les autorités, ni repris par les médias. On observe au contraire des campagnes de dénigrement similaires à celles rencontrées par l’hydroxychloroquine (voir par exemple, en France, la couverture du sujet par France Info et France 24). L’ivermectine ne fait certes pas l’objet d’un acharnement négatif comme dans le cas de l’HCQ, mais ce silence quant à ses effets bénéfiques et son absence dans toute réflexion thérapeutique est tout aussi scandaleux de la part des autorités sanitaires françaises.

D’autres thérapeutiques sont également disponibles

A côté des antibiotiques de type macrolides et des vieux médicaments repositionnés comme l’hydroxychloroquine et l’ivermectine, souvent associés au Zinc en raison de ses propriétés immuno-stimulantes et anti-inflammatoires, il existe en réalité de nombreuses autres pistes médicamenteuses récentes telles que les traitements précoces à base de fluvoxamine (Lenze et al 2020) ou de bromhexine (Ansarin et al 2020), ou encore des cocktails d’anticorps. Une équipe américaine (Plemper et al. 2020) vient également de montrer qu’un médicament baptisé Molnupiravir, déjà utilisé dans le traitement des infections respiratoires de type grippes, a montré chez l’animal une efficacité pour réduire l’infection et la contagiosité dans le cas du SARS-CoV-2.

Par ailleurs, il n’est pas possible d’ignorer l’existence d’un autre médicament antiviral : le Favipiravir. Ce dernier est utilisé depuis des années contre les virus de la grippe mais également de la fièvre jaune, de la fièvre aphteuse ou encore de la fièvre du Nil occidental. Son usage au Japon (sous la marque Avigan) et en Chine est connu depuis le mois de mars et il a fait l’objet d’études en Italie depuis cette date. Malgré quelques articles de presse (ainsi le Figaro et L’Indépendant) en mars, il n’a pourtant semble-t-il jamais attiré l’attention des autorités médicales françaises.

Reste enfin à évoquer le cas de Cuba (et de son allié vénézuélien) où la stratégie de lutte contre la Covid s’est d’emblée orientée vers l’usage des interférons, plus précisément l’interféron alfa-2b, déjà utilisé contre la dengue (ou grippe tropicale), le cancer et les hépatites chroniques B et C. Rappelons que les interférons sont des protéines naturellement produites par le système immunitaire afin de défendre l’organisme contre les attaques des virus, des parasites, des bactéries ainsi que des tumeurs. Ils jouent donc un rôle essentiel dans la réponse individuelle aux maladies infectieuses. Dès lors leur déficit constitue a contrario une fragilisation très dangereuse et il est établi qu’une bonne partie des formes graves de la Covid-19 sont le fait de personnes en déficit d’interférons. Ce déficit est lié à l’immunosénescence qui accompagne le vieillissement mais aussi, chez des personnes même jeunes, à des maladies génétiques. Pour l’anecdote, l’un des meilleurs spécialistes de ces maladies génétiques est un chercheur français, médecin, pédiatre et immunologue, Jean-Laurent Casanova, qui a reçu le Grand prix de l’INSERM en 2016 pour ses travaux sur la génétique humaine des maladies infectieuses et qui conduit ses recherches à l’Université Rockefeller de New York. Membre tardivement nommé du « Conseil scientifique Covid-19 », il a pourtant présenté récemment ses travaux dans le cadre du conseil scientifique annuel de l’IHU de Marseille, preuve que les véritables chercheurs se respectent et se fréquentent avec intérêt (contrairement aux bureaucrates et aux faux-nez scientifiques VRP de l’industrie pharmaceutique). Pour revenir à l’interféron alfa-2b, il est donc utilisé comme médicament majeur à Cuba, en lien avec la Chine qui l’avait testé dès le départ à Wuhan. En l’état provisoire des recherches, il réduirait à la fois la durée du portage viral et la réaction inflammatoire de l’organisme.

Même la Vitamine D semble inconnue au ministère de la Santé

vitamine-d
Mais le plus surprenant est que des pays comme la France n’aient jamais été capables d’établir des guidelines et d’expliquer à la population l’importance de la prévention par le renforcement des défenses naturelles que constitue le système immunitaire. Outre le Zinc dont on a déjà parlé, l’usage de la Vitamine D aurait dû être massivement recommandée en raison de son action protectrice face aux maladies respiratoires. Le consensus scientifique international est établi par des méta-analyses qui ne sont pas contestées (voir Bergman et al. 2013 dans Plos One, ainsi que Martineau et al. 2017 dans le British Medical Journal). En septembre 2020, l’équipe du professeur Michael Holick (Université de Boston) a également démontré dans Plos One le rôle de la vitamine D dans la prévention de l’infection par le SARS-CoV-2 en étudiant les dossiers rétrospectifs de quelque 190 000 patients américains des deux sexes, de tous âges et dans l’ensemble de ce pays.

En France, la vitamine D a été recommandée à usage thérapeutique dans un communiqué de l’Académie de médecine en date du 22 mai (qui reprend un avis sur les carences vitaminiques qu’elle avait du reste déjà formulé en 2012) qui est sans ambiguïté mais réserve hélas cet usage aux personnes infectées : « La vitamine D ne peut être considérée comme un traitement préventif ou curatif de l’infection due au SARS-CoV-2 ; mais en atténuant la tempête inflammatoire et ses conséquences, elle pourrait être considérée comme un adjuvant à toute forme de thérapie ».

A tout le moins, la logique médicale la plus élémentaire aurait donc voulu que le Zinc et la vitamine D soient systématiquement encouragés à la prescription pour les médecins généralistes aux personnes infectées, et par ailleurs généralisés en prévention chez les personnes âgées et vulnérables. Or, même d’une chose aussi simple, ni la Haute Autorité de Santé, ni le Haut Conseil de Santé Publique ni le ministère de la Santé et ses conseillers n’auront été capables en France.

Conclusion

L’épidémie de coronavirus qui sévit dans le monde depuis au moins le début de l’année 2020 a été marquée notamment par deux faits inédits. Le premier est que, de manière générale, ce sont les pays les plus riches et développés qui ont été les plus touchés. Le second est que, sauf exceptions, ce sont ces mêmes pays qui se sont avérés incapables de systématiser des traitements précoces validés empiriquement par les médecins de terrain, s’en remettant à des études standardisées qui pour la plupart n’ont jamais vu le jour et à des industries pharmaceutiques dont les promesses de médicaments et de vaccins relèvent bien souvent de la publicité mensongère, leurs intérêts financiers passant avant l’intérêt des malades. En Europe et en Amérique du nord, des gouvernements aux abois et vivant dans une bulle technocratique ont sans doute été les victimes d’abord de la stratégie de trafic d’influence et de corruption développée depuis de nombreuses années par l’un de ces riches industriels, Gilead, qui a tout fait pour vendre son médicament antiviral (le Remdesivir) aussi inefficace que coûteux, ensuite du lobbying de l’ensemble de ces industriels pour faire signer le plus vite possible des promesses d’achats de vaccins en l’absence de toute étude scientifique tant sur leur efficacité sur les personnes vulnérables que sur leur absence d’effets secondaires majeurs à moyen et long termes.

Quand bien même des vaccins sûrs verraient enfin le jour d’ici la fin de l’année 2021, le résultat est donc à reconnaître et comprendre dans toute sa terrible brutalité : certains des pays les plus riches, les plus développés et – croyait-on – pourvus des meilleurs techniciens du monde (comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Italie, l’Espagne ou encore la Belgique) auront laissé mourir un grand nombre de leurs citoyens tout au long de l’année 2020 du fait de leur incapacité à entendre et organiser l’expérience des médecins de terrain, les seuls qui étaient pourtant au contact réel des malades. En France, les restrictions et les pressions mises en travers de la médecine de ville équivalent de fait à une interdiction de soigner en dehors de l’hôpital, ce qui constitue sans aucun doute la plus grave faute du gouvernement. Le journalisme d’investigation n’existant quasiment plus dans ces mêmes pays, ce constat dramatique devrait inciter tous les chercheurs en sciences sociales qui s’intéressent comme nous à la gestion politico-sanitaire de cette épidémie à travailler de plus belle pour mettre en évidence les ressorts financiers, économiques, bureaucratiques et politiques qui sont en cause dans un tel désastre humain, intellectuel et moral.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L’auteur·e a choisi de fermer cet article aux commentaires.