L’épidémie de Covid-19 a eu un impact relativement faible sur la mortalité en France

On analyse ici la surmortalité liée à l'épidémie de Covid en France en 2020. On la compare aux épisodes habituels de surmortalité saisonnière et à leurs effets de moisson. On tient compte de l’évolution de la structure de la population marquée par un vieillissement continu. Au final, on estime à 3,6% l’excès par rapport à la mortalité attendue, augmentation réelle mais pas l'hécatombe annoncée.

Épisode 46

Laurent TOUBIANA (INSERM, UMR S_1142, LIMICS, Université Sorbonne Paris Nord, IRSAN, Paris, France)

Laurent MUCCHIELLI (CNRS, MESOPOLHIS, Centre méditerranéen de sociologie, de science politique et d’histoire, UMR 7064, Aix-Marseille Université, France)

Pierre CHAILLOT (INSEE, Institut national de la statistique et des études économiques, France)

Jacques BOUAUD (AP-HP, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, DRCI, Paris, France)

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L’arrivée de l’épidémie de Covid-19 en France a provoqué la mise en place, dans l’urgence, d’un confinement généralisé de la population. Cette contrainte (et d’autres par la suite) a été acceptées étant donné l’anxiété induite par le spectre d’une catastrophe sanitaire sans précédent. Après une année d’une crise, quel a été l’impact réel de l’épidémie ? Pour évaluer la gravité d’un fléau, la référence absolue est la mortalité. Nous publions donc une analyse détaillée de la surmortalité liée à la Covid-19, en France, en 2020. Le texte complet, actuellement en pré-print sur MEDRXIV, est disponible sur le site de l’IRSAN.

Cet article se fonde essentiellement sur les séries temporelles démographiques i) de la population par âge et ii) du nombre de décès quotidiens depuis 1962. Le décompte officiel des décès attribués à la maladie Covid-19 savère inutilisable pour mesurer limpact réel de lépidémie car les facteurs de confusion dus aux comorbidités biaisent ces données. De fait, une part importante des décès attribués en 2020 au Covid-19 se serait inéluctablement produites pour dautres causes, même en l’absence de cette épidémie. Lanalyse de la surmortalité toutes causes confondues sexonère de ce biais. Nous comparons la surmortalité de lépidémie de Covid-19 aux autres épisodes habituels de surmortalité saisonnière (maladies infectieuses et canicules) et à leurs effets de moisson (« harvesting »). Ces estimations obligent à tenir compte de l’évolution de la structure de la population française marquée par un vieillissement et donc une augmentation tendancielle de la mortalité.

L’année 2020 n’a connu aucune surmortalité (voire une sous-mortalité) chez les personnes âgées de moins de 65 ans (qui représentent environ 80% de la population totale). Seuls les âges les plus avancés ont connu une surmortalité. La surmortalité maximale est atteinte par la classe d’âge 70-74 ans avec 3 109 décès en excès par rapport aux 55 757 attendus pour cette classe d’âge (soit 5,80 %). Au passage de l’épidémie de Covid-19, pour la population française dans son ensemble, les auteurs estiment à 3,66 %, l’excès par rapport à la mortalité attendue en 2020.

3,66 % de surmortalité représente environ 23 000 morts en excès sur les 629 500 attendus normalement en 2020. Ces chiffres doivent être mis en perspective avec les 400 mille morts annoncés par le Président de la République Française en octobre 2020 pour justifier la mise en place du deuxième confinement. L’année 2019 avait montré en revanche, un défaut de mortalité maximum de -2,92 % directement lié à l’effet de moisson des épisodes grippaux de 2015 et 2017. La surmortalité observée en 2020 au passage de l’épidémie de Covid-19 serait en partie, un rattrapage 
du défaut de mortalité de 2019. Utiliser la mortalité de 2019 en tant qu’élément de comparaison pour estimer l’impact de l’épidémie en 2020 comme cela est pratiqué couramment, est donc une simplification doublement biaisée.

L’épidémie qui a touché la France en 2020 montre une surmortalité nulle pour les moins de 65 ans (soit 80 % de la population) et très faible pour les plus de 65 ans (3,34% d’excès pour cette classe d’âge). Ce résultat est très loin des hécatombes annoncées, qui ont effrayé la population et pour lesquelles des mesures sanitaires disproportionnées ont été mises en œuvre et continuent de l'être.

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Fig. 1: Évolution mensuelle des syndromes grippaux et de la mortalité en France de 1998 à 2020. Source: Insee, Indicateurs démographiques, Inserm réseau Sentinelles, calculs et mise en forme des auteurs. Champ: France métropolitaine. Note de lecture: La courbe bleue montre l’évolution mensuelle des syndromes grippaux (échelle à droite de 0 à 3 millions) et celle en rouge indique l’évolution de la mortalité (échelle à gauche de 0 à 80 mille). La mortalité se synchronise sur les syndromes grippaux faisant mourir en une période relativement courte un grand nombre de personnes fragiles ou âgées. Les épidémies qui suivent une année à forte mortalité ont moins d’impact.

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Fig. 2: Évolution mensuelle de la mortalité en France de 2010 à 2020 pour les individus âgés de moins de 65 ans (courbe bleue) et pour ceux âgés de 65 ans et plus (courbe rouge). Source: Insee, Indicateurs démographiques, calculs et mise en forme des auteurs. Champ: France métropolitaine. Note de lecture: la figure présente l’évolution de la tendance mensuelle de la mortalité de 2010 à 2020, la tendance diminue pour les moins de 65 ans (courbe bleue) alors qu’elle augmente pour les plus de 65 ans (courbe rouge). Ces tendances à la baisse et à la hausse sont le reflet direct du vieillissement de la population comme nous l’avons montré ci-dessus. Les épidémies n’ont donc aucune influence sur la mortalité de la classe d’âge de moins de65 ans. En revanche les plus de 65 sont directement impactés par la récurrence des épidémies de grippe. L’épidémie de Covid-19 a eu le même effet sur les mêmes classes d’âge que les autres événements sanitaires (grippes ou canicules).

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