Double hommage à Steve

Tu aurais eu à peine 25 ans. On ne t’oublie pas. Sans justice on ne peut rien pardonner. PAS DE JUSTICE PAS DE PAIX dans les rues et sur les quais. SANS JUSTICE PAS DE PAIX dans nos coeurs inapaisés. ILS le savent aussi et c’est pour cela que ce soir, comme cet autre soir sur les quais de Loire, ils vont séquestrer la Fête de la musique et noyer la Liberté de danser. Par L Thinès et C Jurado.

 

Séquestrer la Fête de la musique et noyer la Liberté de danser. © C Meas (Ouest-France) Séquestrer la Fête de la musique et noyer la Liberté de danser. © C Meas (Ouest-France)

 

Où es tu Steve

 

Mon enfant mon ami mon frère

 

Ils nous les ont volés

la gentillesse et la bonté

la tendresse au creux de ta main

posées

le sourire heureux et simple

éclos au bord des lèvres

et l'ambition enfantine d'être comme toi

modèle de fraternité

 

Où es tu Steve

mon enfant mon ami mon frère

 

Un soir comme ce soir

vous leur avez craché les béruriers 

noirs 

pour se venger ils ont lâché sur les quais

leur porcherie

de casques, de gaz, de balles et de chiens

après votre battue d’animaux apeurés 

aveuglés

courant sans ailes ni nageoires

par dessus les eaux glauques de la Loire

 

Où es tu Steve

mon enfant mon ami mon frère

 

A quatre heure environ

ton téléphone et nos rêves se sont arrêtés

et depuis le cauchemar de ton visage 

flotte encore

sur les eaux sombres de nos colères

 

PAS DE JUSTICE PAS DE PAIX

dans les rues et sur les quais

SANS JUSTICE PAS DE PAIX

dans nos coeurs inapaisés

 

ILS le savent

aussi

 

Et c’est pour cela que ce soir

comme cet autre soir sur les quais de Loire

ils vont séquestrer la Fête

de la musique en liberté

et noyer la Liberté

de danser et faire la fête

 

- Laurent Thinès -

Neurochirurgien et poète français - Cubes poétiques, l’Harmattan - La vierge au loup, Aethalides - La garde de nuit, Z4éditions

 

Cœur à quai

  

Ce soir les grandes mains nues de nos cœurs

sont agrippées aux réverbères

pour retenir le jour sur les quais de la Loire

 

Ce soir un homme, une femme, se tiennent silencieux

pour oublier qu’ils peuvent chavirer aussi

à vouloir retenir ainsi la justice et la liberté

loin du flot de la terreur

 

Ni fleuve ni grenade pour broyer nos ivresses

ce soir le jour ne tarit pas

car nous sommes des frères

un homme s’allonge au sol et pleure

ta jeunesse volée

un homme tend sa voix vers un homme

pour demander justice

 

Steve

tu te souviendras qu’on se souvient

la jeunesse n’est pas un meurtre

ni la noce ni l’été

l'eau qui reflue sait qui sont les

fossoyeurs

 

la nuit n’est pas un fleuve ce sont les chiens qui l’ont violée

la nuit n’a pas d’odeur

seule nous désespère la charogne de leur humanité

 

- Cathy Jurado -

Romancière et poétesse française - Nous tous sommes innocents, Forges de Vulcain - Vulnéraires, L’Harmattan.

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