3 ans du Patio, poste d’ouverture des frontières, carrefour des solidarités

Utopia86, La Roya Citoyenne, le DAL... combien encore devront dénoncer les politiques mortifères de «non accueil» pour que chacun prenne conscience des ravages que fait depuis de nombreuses années le racisme d'Etat dans une France qui jadis se disait «Terre d'asile», portant aujourd'hui sans complexe le fantasme du «grand remplacement»?

Parce que l'auto-organisation est la seule réponse possible, je repartage à l'occasion de son troisième anniversaire un petit "instantané" de la lutte construite au Patio Solidaire, expérimentation grenobloise d’action directe de défense du droit au logement, du droit d’asile et de la liberté de circulation et d’installation, initiée fin 2017 dans le cadre de la lutte contre l'alors projet de loi Asile&Immigration.

Grenoble avait alors été la deuxième campus à se lancer dans une occupation visant à créer un lieu de vie et de lutte des exilé.es, il est aujourd'hui le seul lieu qui soit resté debout.

Comme les exilé.s et les camarades luttant aujourd'hui en occupant des appartements vides du quartier populaire historique de l'Abbaye, aujourd'hui voué à être privatisé, nous affrontions à l'époque la Mairie "Rouge-Verte" du faux "délinquant solidaire" Eric Piolle mais aussi la Présidence de l'université et la Préfecture.

Les contradictions voulaient qu'avant l'ouverture du Patio, les élus de la ville aient, comme chaque année, opposé une fin de non-recevoir aux militants venus demander, comme chaque année, l'application des dispositions permettant la réquisition des logements vides, et qu'une fois celui-ci installé, le CCAS (!) y envoie des personnes qu'il aurait dû loger, pendant que le maire critiquait le Patio, tout en médaillant Cedric Herrou et en se revendiquant "délinquant solidaire", sans oublier de prendre un cliché "de terrain" à la frontière italienne. Petit rembobinage.

Genèse du Patio Solidaire

Depuis début décembre [2017 ndlr], une soixantaine de sans-logis, dormant auparavant dans des parcs de l’agglomération grenobloise, a trouvé refuge dans un bâtiment du campus universitaire de Saint-Martin d’Hères : le Patio Solidaire.

L’action d’occupation a été initiée par un collectif proposant des cantines solidaires hebdomadaires sur le campus grenoblois (La Tambrouille) face au constat du grand nombre de personnes sans-abri en plein hiver. Le collectif en avait rencontré une soixantaine, dormant alors à proximité de la mairie du désormais célèbre Eric Piolle, en proie aux politiques répressives à l’encontre des nouveaux boucs émissaires que sont les « migrant.e.s ».

Cette action se situe à la croisée de mobilisations cruciales pour notre parti : la défense du droit au logement pour tous, la défense de la liberté de circulation et d’installation et du droit d’asile face à leur remise en question ainsi que la lutte contre les violences policières, la répression des « migrant.e.s » et la criminalisation de leur soutien (« délit de solidarité »), mais aussi la lutte contre le racisme et le fascisme de tous bords. Plusieurs camarades ont saisi le caractère crucial de cette action directe et sont largement investis au sein du Patio Solidaire, depuis l’occupation initiale et jusqu’au développement de cet espace d’hébergement d’urgence, afin d’en faire un véritable lieu de vie, d’accueil et d’accompagnement à la croisée des solidarités.

Pourquoi une occupation sur le campus ? Cette occupation est doublement stratégique en ce qu’elle nous permet, d’une part, de nous protéger d’une intervention des « forces de l’ordre » sur la seule décision du Préfet, obligeant d’autre part le Président de l’Université à se positionner, tout en nous offrant la possibilité d’insérer entre nous et la Préfecture un interlocuteur intermédiaire. En temps normal la Préfecture n’a que faire de nos revendications, aussi humanistes soient-elles : ainsi, elle n’hésite pas à expulser à tour de bras et pendant la trêve hivernale des personnes occupant des bâtiments désaffectés, alors même qu’elle n’est pas en mesure de leur proposer un hébergement -fut-il d’urgence- et que l’accès à un logement est un droit, pour tout français et pour tout demandeur d’asile. La direction de l’Université semble, dans un contexte marqué par les élections universitaires, disposée à nous fournir une partie du soutien matériel dont nous avons besoin dans notre action politique de « visibilisation » du problème des sans-logis et des demandeurs d’asile.

Après l’occupation de l’amphithéâtre G le 4 décembre 2017 par des militants et des sans-logis, pour la plupart en situation de demande d’asile et en majorité sous le coup de la procédure DUBLIN, la direction de l’Université s’est ainsi engagée à ne pas faire intervenir les forces de police pour expulser les occupants, entamant un processus de négociation avec la Préfecture et mettant à disposition des occupants les locaux d’un ancien laboratoire voués à la destruction. C’est ainsi que tous ont trouvé refuge au Patio solidaire, où femmes enceintes, jeunes et moins jeunes hommes seuls originaires, entre autres, de Guinée, de Gambie, du Soudan, d’Érythrée, du Mali, de RDC ou encore du Sénégal, se mêlent aux familles Roms de Macédoine et Roumanie et aux militant.e.s issus du NPA, de différents syndicats étudiants et d’associations réunis au sein du Collectif Patio Solidaire.

L’urgence face à une éventuelle expulsion des résident.e.s le 22 décembre, date de fermeture de l’Université pour les vacances de Noël, au-delà de laquelle celle-ci avait initialement refusé de maintenir les portes du Patio ouvertes, impliquait alors la préparation de réunions de négociations avec les instances universitaires et la réalisation quotidienne d’AG de luttes, d’information et de prises de décision quant aux « solutions » proposées par la préfecture, l’université ou les alternatives envisagées par habitant.e.s et militant.e.s. La mise à disposition d’un gymnase, uniquement ouvert de nuit et sans garantie quant à l’absence de contrôle d’identité à l’entrée pour les résident.e.s du Patio a d’emblée été refusée à l’unanimité. L’occupation de l’espace mis à disposition par l’université se profilant à l’horizon du 22/12, une mobilisation d’ampleur était organisé à cette date en soutien face à une éventuelle expulsion, intervention policière à la clé.

Lors l’AG du 21/12, la présidence de l’Université s’est de nouveau engagée à ne pas faire intervenir les forces de police pour expulser les éventuels occupants. Face à la détermination des habitant.e.s à rester dans les lieux, celle-ci a finalement été contrainte de donner son accord pour le maintien du Patio, en organisant des astreintes de sécurité au sein de ce bâtiment durant toutes les vacances. La mobilisation du 22, lors de laquelle nous avons pu annoncer cette bonne nouvelle, avait des parfums de victoire, la revendication principale des habitant.e.s et militant.e.s concernant le lieu consistant désormais en la demande d’une garantie de maintien du lieu d’hébergement jusqu’à la fin de la trêve hivernale. Le 31 décembre, la Direction Générale des Services et la Présidence annonçait aux militant.e.s et aux résident.e.s le vote d’une motion dès la rentrée officialisant ce maintien : c’est ainsi qu’après le vote à l’unanimité du Conseil d’Administration du 11 janvier, le Patio est devenue l’une des expériences victorieuses d’action directe de soutien aux exilé.e.s ayant entrepris ce qu’ils appellent « l’aventure ».

Bien que nos négociations avec l’université soit sous-tendues par un rapport de force dont nous n’ignorons rien, et bien que les tentatives de récupération de notre action soient nombreuses ­l’université s’offrant à travers son soutien à nos actions un vernis humaniste dont elle ne peut se passer dans un contexte marquée par la mise en place de la sélection « avant la lettre » et l’application d’un plan d’austérité budgétaire (« Plan de Retour  l’Equilibre »)- nous trouvons avec la direction de l’Université Grenoble-Alpes un interlocuteur qui accepte de prêter oreille aux problèmes que nous soulevons, jouant un rôle d’intermédiaire auprès de la préfecture.

Et même au-delà : avant le vote du CA sur le maintien du Patio, nous avons eu la surprise de voir débarquer aux côtés de la Présidence les députés REM Jean-Charles Colas Roy et Olivier Véran, venus « entendre » les revendications du Patio. Appliquant avec zèle la conception toute unilatérale du « dialogue » selon Macron, sa visite n’a fait que renforcer nos craintes quant au processus de consécration légale de l’enfer migratoire que signifie la future Loi asile 2018 : outre sa « méconnaissance » de pratiques cruelles et illégales devenues systématiques dans le traitement des exilé.e.s menaçant d’être consacrées légalement, la mise en doute des révélations que lui faisaient habitant.e.s et militant.e.s sur la base de constats issus de leurs propres expériences, suivies d’énièmes promesses de « dialogue » avec les associations spécialisées, nous ont donné un bel aperçu local de ce que l’on peut attendre du « dialogue » national.

Poste d’ouverture des frontières et Carrefour des Solidarités

Mais n’en déplaisent aux fachos de toutes espèces et aux sceptiques de l’horizontalité, cette expérience autogestionnaire se porte à merveille : une fois la garantie de maintien dans les lieux obtenue le 22 décembre, le lieu d’hébergement a pu progressivement se transformer en véritable lieu de vie autogéré.  Concernant son organisation et son fonctionnement, chaque règle et décision est prise par vote lors des réunions des habitant.e.s hebdomadaires, convoquées autour d’un ordre du jour alimenté toute la semaine par les résident.e.s, toutes les questions politiques étant débattues lors d’AG auxquelles participent résident.e.s, militant.e.s et soutiens.

La cohabitation de la soixantaine d’habitant.e.s de différentes origines entre eux et avec les militant.e.s donne lieu à de beaux moments d’échange, de débats, de convivialité et d’apports mutuels. De même, de nombreux membres de la communauté universitaire grenobloises et autres citoyens solidaires rendent visite quotidiennement aux habitant.e.s, apportant des vivres et autres besoins transmis sur la page Facebook du lieu, ou venant partager un café, une bonne adresse, un cours de guitare, de théâtre, de français, de soussou, peul ou malinké, les liens tissés entre eux se concrétisant par des parrainages civils, en collaboration avec l’association APARDAP, destinés à faciliter l’accompagnement individuel des résident.e.s.

La coordination des militant.e.s avec les associations spécialisées dans la défense du droit au logement, telles que le DAL38, ou du droit d’asile, telles que la Cimade ou l’ADA, permet l’accompagnement des résident.e.s et leur défense juridique ainsi que la formation des militant.e.s en la matière. De même, une collaboration avec Médecin du Monde et la PASS ainsi qu’avec des volontaires permet aux résident.e.s de bénéficier d’un suivi médical et psychologique absolument nécessaires, grâce à l’organisation de permanences hebdomadaires et de groupes de parole. La collaboration de RUSF permet à tous les résident.e.s qui le souhaitent de s’inscrire pour  poursuivre ou reprendre des études ou une formation. Enfin l’appel à volontaires et la récupération d’une salle attenante à la Salle commune, où ont lieu les repas et où les militant.e.s réalisent leurs tâches quotidiennes, permettra la réalisation du suivi individuel des résident.e.s dans des conditions plus satisfaisantes ainsi que l’organisation de cours et d’ateliers.

Néanmoins, des besoins majeurs subsistent afin de faire de ce lieu le véritable espace d’hébergement, d’accueil d’accompagnement et de carrefour des solidarités qu’il est en passe de devenir.

  1. HYGIENE La mise en place de douches, pour laquelle des financements ont d’ores et déjà été obtenus et sans que leur installation ne rende nécessaire un quelconque effort de la part de l’Université, est une nécessité réelle afin d’assurer aux résidents un hébergement dans des conditions dignes et satisfaisantes d’un point de vue sanitaire. L’Université, après s’y être montrée favorable, semblait s’y opposer jusqu’à ces derniers jours, non pas du fait de raisons techniques mais plutôt symboliques, ne souhaitant pas que le Patio Solidaire puisse devenir un lieu d’hébergement pérenne et quoiqu’elle souligne l’amélioration mais l’insuffisance des conditions d’hygiène. Le 22 janvier, le feu vert a enfin été accordé par la Présidence pour l’installation de douches, avec le soutien logistique de Médecins du monde, ce qui améliorera considérablement les conditions d’hébergement des habitant.e.s.
  2. APPEL A PARRAINAGE Le Patio étant un espace de solidarité depuis sa création, des liens se sont tissés entre plusieurs soutiens et résidents. La réalisation d’une formation Droit d’asile à destination des militant.e.s et des résident.e.s le 12 janvier, en collaboration avec l’ADA, la CIMADE, l’ADATE et l’APARDAP a été l’occasion de proposer des parrainages qui pérennisent les liens tissés entre résident.e.s et soutiens. Nombre de nos habitant.e.s, qui ne peuvent bénéficier d’un accompagnement individualisé autre qu’administratif, juridique et médical au Patio, ont manifesté le désir de trouver un parrain ou une marraine. Le collectif du Patio, en collaboration avec l’APARDAP, travaille à la réalisation de ces parrainages et appelle tous les volontaires à se manifester par e-mail via le Facebook du Patio Solidaire en donnant leurs coordonnées pour parrainer ses résidents ainsi que d’autres exilé.e.s de l’agglomération grenobloise.

Une lutte pour interpeller sur le sort des exile.e.s et des mal-logés

Au-delà de l’aide d’urgence que le Patio solidaire apporte, les actions du Collectif Patio Solidaire ont vocation à interpeller les pouvoirs publics sur les points suivants :

1) Dans l’agglomération grenobloise il y a au moins 2 000 personnes « à la rue », 4000 dans le département, alors qu’on compte pourtant environ 10 000 logements vides.[1] Sur la base d’un constat aussi insupportable, la préfecture se doit de respecter les lois figurant dans le code de l’action sociale et des familles, en fournissant des solutions pérennes d’hébergement à tous les sans-logis. Pour cela, des moyens légaux existent, permettant notamment de réquisitionner les bâtiments vides et d’user du droit de préemption. Cela permettrait à la mairie et à la préfecture de mettre à disposition et d’aménager ces bâtiments vides, afin d’accueillir convenablement les milliers de personnes dépourvues de logement.

Précisons que la mairie de Grenoble médiatise en ce moment la mise à disposition et le conventionnement de deux maisons pour des personnes sans-abri, par le biais de structures associatives créées pour l’occasion. Profitons de cet espace pour rappeler deux choses : ce conventionnement s’effectue selon des conditions très strictes (nombre d’habitants limité à cinq personnes, durée d’un an renouvelable seulement deux fois, possibilité d’y mettre fin unilatéralement par la mairie à tout moment sans indemnité ni engagement de relogement...) et dans le cadre d’un véritable chantage. En effet, cette « solution» ne doit pas faire oublier la politique répressive de l’État, relayée par la Préfecture et la Mairie de Grenoble, en ce qui concerne les squats et les campements : expulsions et coupures d’électricité avant et pendant la trêve hivernale, expulsions de campements à répétition (Esmonin, Flaubert, Valmy 1 et 2), politique répressive contre les personnes dormant dans ses parcs,[2] etc. Ainsi, il semble que ces conventionnements, aussi intéressants soient-ils pour les personnes à qui ils permettent de trouver un abri, correspondent à une tentative de la Mairie de Grenoble de rendre plus acceptable les agissements mentionnés, opérant un chantage « conventionnement ou expulsion » et opposant ces conventionnements aux squats existants.

2) Nous demandons que les personnes en procédure de demande d’asile puissent bénéficier d’un placement en CADA (centre d’accueil pour demandeurs d’asile). Nous exigeons que les places créées en CADA ainsi qu’au sein de dispositifs tels que AT-SA, HUDA, CAO et CAES, CARDA, PRAHDA, CHUM, CPH soient rapidement et effectivement mises à disposition des exilé.e.s quelle que soit leur situation. Nous demandons que leur accompagnement et leur sécurité soit assurée, notamment en mettant fin à l’intervention des services de sécurité de l’État au sein de ces dispositifs d’hébergement et en mettant fin aux pratiques d’expulsion irrespectueuses des droits des exilé.e.s.[3]

3) Nous demandons que la procédure DUBLIN, mise en place par l’U.E, visant à empêcher les demandeurs et demandeuses d’asile de choisir leur pays d’accueil, ne soit pas suivie par le préfet et que l’État français, qui se dit le pays des droits de l’Homme, assume ses obligations et ses responsabilités en prenant en charge les personnes qui souhaitent obtenir l’asile politique sur son territoire. Nous demandons l’abrogation du règlement DUBLIN qui ne vise qu’à forcer les pays du sud de l’U.E à durcir leur politique migratoire, conduisant notamment à l’irrespect des droits des exilé.e.s et à des traitements inhumains et dégradants de la part des « forces de l’ordre ». Tant au sud qu’au nord de l’Europe, ces traitements visent notamment à forcer les exilé.e.s à donner leurs empreintes sans consentement, empreintes conduisant pour certaines à la présentation d’une demande d’asile dans le pays dans lequel ils se trouvent sans la volonté de la personne.

4) Nous demandons l’arrêt des arrestations des « sans-papiers » et des expulsions des dublinés, ainsi que la fin du harcèlement et des mauvais traitements policiers auquel cette véritable chasse à l’Homme donne lieu. Nous demandons que les droits des demandeurs et demandeuses d’asile soient respectés.  Ces droits sont communément bafoués, en particulier lors des procédures d’expulsions des dublinés : comme en témoignent de nombreux demandeurs et demandeuses d’asile expulsés vers un État tiers désigné comme responsable de leur demande.  Après leur arrestation à l’Hôtel de Police, au moment où ils sont convoqués pour signature dans le cadre de mesures d’assignation à résidence, ou au sein-même des centres d’hébergement dans lesquels ils sont logés, ceux-ci ne peuvent récupérer leurs affaires avant leur expulsion, n’ont jamais accès ni à un médecin, ni à un avocat qui pourrait présenter un recours contre l’arrêté d’expulsion, ni à l’Hôtel de Police, ni au sein des centre de rétention dans lesquels ils sont transférés pour passer la nuit après la fin des permanences des associations qui gèrent ces centres, en vue de leur transfert le lendemain vers l’aéroport où les attende des vols spéciaux affrétés pour leurs reconduite dans l’État désigné comme responsable de leur demande.

Pour le dire sur le même ton que les résident.e.s que nous accueillons, « Dublin, ça nous fatigue » et bien inutilement. L’absurdité du règlement DUBLIN implique qu’une fois remis.e.s entre les mains des autorités italiennes, les expulsé.e.s n’ont d’autre choix que de revenir en France, du fait des mauvais traitements subis en Italie, de la surcharge du système de demande d’asile et des dispositifs d’hébergements, quelquefois aux mains de privés menaçant directement l’intégrité et la dignité des personnes accueillies, ces éléments constituant une faille systémique devant être reconnue par l’Etat français. Ainsi, les expulsions, outre le caractère illégal de leur mise en œuvre et les dangers qu’elles font courir à des personnes que l’Etat français a l’obligation de protéger, ne remplissent même pas les objectifs du règlement DUBLIN. [4]

5) Nous demandons le retrait de la circulaire « Collomb » qui prévoit d’autoriser l’accès des forces de police aux centres d’hébergements d’urgence. Une telle mesure ne ferait qu’accroître les difficultés que connaissent déjà les exilé.e.s sur le territoire français, en légitimant des pratiques illégales déjà à l’œuvre qui forcent des personnes en situation d’extrême vulnérabilité et sans logement à refuser des solutions d’hébergement dont ils et elles auraient besoin. Nous demandons le suivi effectif des recommandations des associations spécialisées en matière de droit d’asile dans le débat sur la future « loi d’asile 2018 ».

6) Nous dénonçons la catégorie de « migrants économiques », employée par les médias et les politiques, prétendant que notre pays ne peut accueillir « toute la misère du monde ». Cette catégorie de « tri » des bon.ne.s et des mauvais.e.s migrant.e.s affirme que les personnes fuyant des situations de misère et de danger dont notre pays est directement responsable ne viendraient pas en France pour « de bonnes raisons » et ne seraient donc pas légitimes à y séjourner durablement.

Nous demandons à l’État français de respecter ses obligations et prendre ses responsabilité en mettant un terme à la politique impérialiste et néocoloniale de la Françafrique, politique qui pousse des dizaines de millier de personnes chaque année à fuir les conflits armés, la misère, la réduction en esclavage, les conditions de travail violatrices de leurs droits les plus fondamentaux dans des entreprises multinationales ou sous-traitantes d’entreprises multinationales.

Le Patio solidaire est en lien avec de nombreuses associations et collectifs locaux et nationaux qui luttent pour la défense du droit au logement, du droit d’asile et la libre-circulation et installation des personnes, tels que les occupants de Nantes, de Poitiers et de Lyon, la Ruche de Bordeaux, la Maison des Mineurs de Brest, le Collectif des Olieux de Lille, l’Auberge des Migrants de Calais, Tous Migrants à Briançon et La Roya Citoyenne. A leur côté, le Patio Solidaire contribue à l’organisation de plusieurs mobilisations à venir.

Epilogue

Nous terminions alors en disant: "Le combat politique ne fait que commencer : il faut mobiliser le campus grenoblois et au-delà afin d’obtenir gain de cause sur la base des revendications que nous venons d’exposer, mais aussi, dans la perspective des débats sur la nouvelle loi asile 2018, dénoncer les pratiques d’expulsion illégales des dublinés et la répression des exilé.e.s et de leurs soutiens."

Des mots qui sont toujours désespérément d'actualité alors que le gouvernement s'enlise dans une dynamique toujours plus autoritaire et fascisante, et poursuit hors et sur son territoire sa politique mortifère de "non accueil", harcelant, torturant et mettant en danger les personnes qui se trouvent sur son territoire et qu'il est censé protéger, comme il en a fait récemment l'illustration Place de la République et tant d'autres fois dans le briançonnais ou à Calais et Grande Synthe. 

Face à cela, l'auto-organisation est, plus que jamais, la meilleure des réponses face à l'urgence et la détresse dans laquelle se trouvent les exilé.es. Si chacun n'a pas le coeur de mettre 24h de son temps dans une occupation en soutien aux exilé.es, accueillir chez soi ou soutenir les initiatives en cours reste à la portée de toutes et tous.

Localement, le Patio a toujours besoin de soutien, vous pouvez donc suivre son évolution ici. Plus encore, une occupation est actuellement en cours au 7 place Laurent Bonnevay (quartier de l'Abbaye) à Grenoble. Vous trouverez plus d'infos sur la page du DAL38 et le blog Hébergement Grenoble, pour la soutenir dans son bras de fer avec la Mairie "Rouge-Verte" du si médiatque Eric Piolle, dont les élus ont délibérément coupé les fluides et entravé le rétablissement de l'eau rendu possible par l'établissement d'une convention avec le DAL et mentent impunément dans les médias afin de monter l'opinion contre le DAL. Pour les soutenir et montrer en pratique qu'un toit c'est un droit, vous pouvez signer et diffuser leur pétition et leur cagnotte.

 [1] https://www.placegrenet.fr/2017/12/06/prefecture-detaille-plan-hebergement-hivernal-tres-critique-associations/165501

[2] https://collectif16septembre.wordpress.com/2017/07/14/le-harcelement-des-migrants-a-grenoble-suite/

[3] http://www.lacimade.org/schemas-regionaux-daccueil-des-demandeurs-dasile-quel-etat-des-lieux/

[4] Plus d’informations ici : https://www.gisti.org/spip.php?article5801

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