Laurie Fachaux
Journaliste basée à Santiago du Chili
Abonné·e de Mediapart

40 Billets

0 Édition

Billet de blog 13 mars 2013

Laurie Fachaux
Journaliste basée à Santiago du Chili
Abonné·e de Mediapart

Affaire Karadima: une pétition contre la présence du cardinal chilien Errázuriz au conclave

Laurie Fachaux
Journaliste basée à Santiago du Chili
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Une pétition demandant au cardinal chilien Errázuriz de ne pas participer au conclave circule sur Internet. L’ex-archevêque de Santiago du Chili est accusé d’avoir couvert les actes de pédophilie du père Karadima.

« Si nous permettons que des complices d’abus sexuels élisent le souverain pontife, nous créerons structurellement une Eglise violatrice de droits ». Les trois auteurs de la pétition n’y vont pas par quatre chemins. Leur lettre, qui a recueilli plus de 7 000 signatures, est un pamphlet « non pas contre une personne, une institution, mais contre tous les auteurs d’abus sexuels », explique le président de la fondation Para la Confianza et instigateur de la pétition, José Andrés Murillo.

La lettre enjoint le cardinal Errazuriz à ne pas participer au conclave, tout comme l’a décidé le britannique Keith O’Brian après un comportement sexuel qu’il juge lui-même « inapproprié » :

« Vous n’avez pas la qualité morale pour [assister au conclave] depuis qu’il est clair que vous avez couvert pendant des années ce qu’a fait le pédéraste Fernando Karadima ».

Pendant plus de vingt ans, entre les années 80 et 2004, le prêtre Karadima a abusé de jeunes garçons, « sexuellement et psychologiquement » comme indiqué dans la pétition. « Ce que vous ne savez sûrement pas », peut-on lire, « c’est que le cardinal Errazuriz a couvert ces atrocités jusqu’à ce qu’elles deviennent publiques en 2010 ». En 2003 et 2005, le cardinal classe l’affaire, « après quelques mois d’enquête ecclésiastique qui confirmaient les faits », indiquent ses victimes dans la pétition.

En 2011 le père Karadima échappe à la prison, pour prescription des faits par la justice pénale chilienne (5 ans, seulement, après les faits). Le Vatican le reconnaît lui aussi coupable d’abus sexuels, et l’invite… à se retirer dans un couvent.

La tranquillité du cardinal Errazuriz face à l’opiniâtreté des victimes de Karadima

Méditation donc pour Karadima, et fin –temporaire – des ennuis judiciaires pour Errazuriz. L’affaire semble à moitié enterrée. La douleur des victimes ne l’est pas.

Aux premiers jours de la pétition, quand celle-ci faisait un buzz sur les réseaux sociaux, pas un mot dans les médias traditionnels chiliens. Mais quand plusieurs milliers de personnes se sont mises à la signer et quand ses auteurs ont commencé à être invités sur les plateaux de radio ou télé, le cardinal est sorti de sa torpeur pour réaffirmer que, non, il n’était au courant de « rien » et avait sa « conscience tranquille ».

En pleine polémique, la justice chilienne a annoncé hier, mardi 12 mars, qu’elle refusait d’auditionner le cardinal. Car après la procédure pénale chilienne en 2011, les victimes ont porté plainte contre l’ex-archevêché de Santiago auprès d’un tribunal civil cette fois. Mais la justice semble vouloir laisser le cardinal Errazuriz tranquille.

Dans un pays où l’impunité est une loi d’airain, les victimes doivent maintenant présenter leur requête auprès du Vatican, selon décision du juge. On peut légitimement douter qu’elle y trouve davantage de succès.

Si vous voulez signer la pétition, c'est ici

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.