Censure en Équateur : Pas de WikiLeaks, ni de BananaLeaks

Le fondateur de WikiLeaks est protégé par le gouvernement de Rafael Correa. Le président de l’Equateur joue sa réélection demain sans trop de suspense, l’une de ses stratégies consistant à museler la presse d’opposition.

 

le site Bananaleaks piraté le 28 janvier 2013 © El Universo le site Bananaleaks piraté le 28 janvier 2013 © El Universo

 

Bananaleaks, c’est le nom choisi par un collectif de journalistes d’investigation, pour mettre en ligne ce que Wikileaks ne dit pas sur l’Equateur. Julian Assange étant retranché à l’ambassade de l’Equateur à Londres depuis bientôt 8 mois, il ne lui viendrait pas à l’esprit de dévoiler des câbles compromettants pour l’actuel pouvoir équatorien. La liberté d’expression, oui, mais pas à n’importe quel prix.

Celui qui mit en ligne des informations confidentielles du gouvernement américain risque une extradition aux Etats-Unis ou en Suède, où il est accusé de viol et d’agression sexuelle.

 

 Pourquoi BananaLeaks ?

 

Julian Assange s’est donc réfugié chez un « anti-US », trouvé en la personne de Rafael Correa. Et ce dernier peut être sûr d’être tranquille, ou presque.

Car certains journalistes ont créé BananaLeaks en janvier dernier. Ce site Internet a notamment révélé la supposée existence de deux comptes bancaires de Rafael Correa en Suisse. Le 28 janvier dernier, au lendemain de la publication de cet article, le site a été piraté. Il est dès lors inaccessible

En Equateur, rappelons-le, la presse n’est pas libre. La censure dépasse même les frontières : Rafael Correa n’hésite pas à interdire la diffusion de documentaires jusqu’aux Etats-Unis ou sur YouTube quand ils ne lui conviennent pas.

Et selon le réalisateur du documentaire « Rafael Correa : portrait d’un père de la patrie », « certains médias en Equateur n’ont même pas voulu que je leur envoie une copie du film. Ils avaient peur que le gouvernement la découvre au cours d’une perquisition. »

Après la fin inopinée de Bananaleaks, Papayaleaks a vu le jour sur Twitter. Puis Bananaleaks a ressuscité, après avoir troqué le .com en .co (.co étant l’extension des noms de domaines colombiens).

 

Campagne électorale elle aussi censurée

 

Pour l’instant, Bananaleaks.co n’a pas été piraté. Demain, Rafael Correa devrait être réélu président pour la seconde fois, face à sept autres candidats. Miracle de la nouvelle gauche latino-américaine ?

En partie, mais rappelons aussi que depuis le 4 février 2012, les médias n’ont plus le droit d’organiser des débats, ni de réaliser des reportages « qui tendent, de manière directe ou indirecte, à un candidat, une option ou une thèse politique ».

Pour Rafael Correa, il s’agit simplement « d’éviter que les médias privés réalisent leur propre campagne électorale et imposent leur agenda ». Soit. Mais vous imaginez une campagne présidentielle en France sans aucun débat organisé par Mediapart, TF1, BFM ou Europe1 ?  

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