Argentine: vrais ou faux vétérans de la Guerre des Malouines?

En Argentine, quelque 8.000 ex-conscrits demandent au gouvernement de les reconnaître comme « vétérans de la Guerre des Malouines ».

En Argentine, quelque 8.000 ex-conscrits demandent au gouvernement de les reconnaître comme « vétérans de la Guerre des Malouines ». La Casa Rosada s’y refuse, au motif que ces soldats n’ont pas combattu directement sur les îles face aux Britanniques. Témoignages.

Regarde, les médias argentins, ce sont des fils de pute, pas un ne vient nous voir, y’a même pas une caméra , me lance Luis, un ex-soldat rencontré lors d’une manifestation à Buenos Aires début mars. L’association des vétérans de guerre du Campement TOAS (Théâtre des Opérations de l’Atlantique Sud) n’a pas quitté la place de Mai depuis plus de quatre ans, et semble pour le moins fatiguée face au silence du gouvernement, et à son refus de les considérer comme vétérans de guerre.

Une partie des affiches qui ceinturent le campement des ex-soldats de la Guerre des Malouines, place de Mai, Buenos Aires © Laurie Fachaux Une partie des affiches qui ceinturent le campement des ex-soldats de la Guerre des Malouines, place de Mai, Buenos Aires © Laurie Fachaux

Le gouvernement estime que nous ne sommes pas des vétérans, car nous n’avons pas combattu sur l’archipel , m’explique Jorge Maida, un autre ex-soldat. Mais j’ai été envoyé sur une base militaire dans la province de Santa Cruz, dans le Sud de l'Argentine, face aux Malouines. Et j’ai participé à la guerre ! Je m’occupais de la logistique. Donc même si je ne me suis battu sur l’île, j'ai subi un dommage psychologique. 17 soldats des bases militaires sur les côtes argentines sont en effet morts entre le 2 avril et le 14 juin 1982.

 In fine, ces dizaines d’ex-soldats qui font le pied de grue devant la Casa Rosada, jour et nuit depuis plus de quatre ans, sont-ils des vétérans de la guerre des Malouines ? Oui, bien que d’aucuns en doutent, comme Hernán, professeur d’Histoire à Montevideo : « Ces anciens soldats veulent profiter du système et des lois de réparation ».

L’article 1 de la loi 23.848 (votée en 1990) stipule que : percevront une pension à vie « les ex-soldats combattants et conscrits qui ont participé à des actions effectives de combat, dans le conflit de l’Atlantique Sud, ainsi que les civils qui ont rempli des fonctions dans les lieux où se sont déroulées ces actions, entre le 2 avril et le 14 juin 1982 .

L'expression « actions effectives de combat » peut laisser penser que les soldats restés dans les bases militaires continentales n’ont pas participé à la guerre, et ne peuvent donc prétendre à aucun type de réparation. Mais une autre loi vient corroborer le fait que ces ex-soldats - si tant est qu’ils aient subi un préjudice psychologique important - ont bel et bien droit à une allocation. L’article 1 de la loi 22.674 stipule que « toute personne ayant une inutilisation ou une diminution psychophysique permanente, comme conséquence de son intervention dans le conflit avec Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, dans le TOAS (Théâtre d’Opérations de l’Atlantique Sud), et dans la zone de déploiement continental, aura droit à un subside extraordinaire, octroyé après la vérification des circonstances qui déterminent ces faits ».

Manifestation à Buenos Aires, 6 mars 2012 © Laurie Fachaux Manifestation à Buenos Aires, 6 mars 2012 © Laurie Fachaux

Pour faire entendre leur voix, ces anciens conscrits ont décidé cette semaine d’intensifier leurs actions, profitant du climat de « malvinisation » de l’Argentine, à quelques jours du 30e anniversaire du début de la guerre des Malouines. Mais de ces ex-combattants, Florencio Randazzo, le ministre argentin de l’Intérieur, ne veut rien entendre, et se défend en expliquant que « l’État (argentin) maintient une reconnaissance morale et économique envers les quelque 21 000 ex-soldats qui ont combattu dans les îles Malouines, ceux-là reçoivent au moins trois allocations différentes tous les mois . Tandis que la polémique - juridique et politique - suit son cours, le droit à la réparation morale de ces ex-soldats continue d'être nié.

 

 

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