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Billet de blog 28 nov. 2012

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Équateur : la censure du président Correa arrive jusqu’aux États-Unis ?

Le documentaire du Colombien Santiago Villa Chiappe sur les supposés liens du gouvernement de Rafael Correa avec la guérilla colombienne des FARC a été censuré par une chaîne de télé à Miami.

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Le documentaire du Colombien Santiago Villa Chiappe sur les supposés liens du gouvernement de Rafael Correa avec la guérilla colombienne des FARC a été censuré par une chaîne de télé à Miami.

Le documentaire « Rafael Correa, portrait d’un père de la patrie » devait être diffusé vendredi dernier (le 23 novembre) sur America TeVe, en prime time, dans l’émission-phare « Sans prendre de gants » (A mano limpia). Le reportage avait même été annoncé une semaine avant sa diffusion. Mais au dernier moment, patatras, diffusion annulée, aucune explication donnée ni aux téléspectateurs, ni au réalisateur colombien.

Ce documentaire de 45 minutes explique comment la guérilla des FARC aurait financé la campagne électorale de Rafael Correa, candidat de gauche à la présidentielle en Équateur en 2006.

Il montre aussi que les évènements du 30 septembre 2010 n’étaient en rien un coup d’État. Correa aurait voulu, ce jour-là, se donner l’image d’un « Chávez équatorien », celle d'un président socialiste poussé vers la sortie par les forces de l’ordre, pantins des pouvoirs conservateurs.

 « Aucun média (équatorien) n’ose avoir une copie de ce reportage dans ses locaux (...) S’ils le diffusent, la chaîne ferme ou est poursuivie en justice ».

Bien évidemment, ce reportage ne peut pas être du goût de Rafael Correa, certes réputé pour avoir renforcé la répartition des richesses en Équateur, mais aussi pour ses régulières atteintes à la liberté d’expression.

Que s’est-il passé à Miami la semaine dernière ?

L’ambassadrice de l’Équateur aux États-Unis, Nathalie Cely, s’est rendue, en personne, à la chaîne de télévision. Accompagnée du secrétaire à la Communication de la présidence Fernando Alvarado, et d’un représentant du consul équatorien à Miami, elle a voulu « modifier la forme sous laquelle le documentaire allait être diffusé », explique le réalisateur colombien. « Face à ces pressions », poursuit-il, « la chaîne a unilatéralement décidé d’annuler la diffusion ».

Mais avant cette décision, la chaîne avait demandé au réalisateur, Santiago Villa Chiappe, s’il acceptait de fragmenter son film en cinq parties, et de participer à un débat avec un représentant du gouvernement équatorien. Refus catégorique du réalisateur, qui avait déjà sollicité une interview auprès du gouvernement équatorien. Ces lettres, qui apparaissent au début du reportage, sont restés lettres mortes. Tout comme ses demandes d’explication adressées à la chaîne de télé à Miami.

América Teve est une chaîne, plutôt de droite, dirigée par l’Argentin Omar Romay. Peut-être a-t-elle été séduite par un documentaire « anti-Correa », à moins de trois mois de la présidentielle en Equateur ? Pourquoi a-t-elle reculé face à la pression des diplomates équatoriens ? Mystère. Quito ne semble pas financer la chaîne, ni être un annonceur de premier plan.

Censure aussi en Colombie

 « Rafael Correa, portrait d’un père de la patrie » devait aussi être diffusé le 6 octobre dernier en Colombie sur RCN, mais là encore, la chaîne s’est rétractée à la dernière minute. Raison officielle : il manquait l'autorisation écrite d’un personnage-clé du documentaire, qui explique comment la guérilla a financé la campagne électorale de Rafael Correa.

« Le service juridique m’a annoncé qu’on ne pouvait pas diffuser le documentaire sans l’autorisation écrite de Chorizo, un ancien guérillero », explique le réalisateur. « Mais trois jours plus tôt, ce même service juridique m’avait assuré que la seule autorisation orale de Chorizo, face à la caméra, suffisait ».

Une contradiction qui cache peut-être davantage que la simple autocensure de cette chaîne privée, qui qualifie les FARC de « terroristes » et Hugo Chávez de « dictateur ».

Le documentaire sortira « avant le 31 décembre, probablement aux États-Unis ou en Espagne », assure Santiago Villa Chiappe, qui ne se démonte pas après les deux tentatives avortées de diffusion.

Un comité de soutien s’est créé à Miami, à l’initiative d’Emilio Palacio, un journaliste équatorien exilé aux États-Unis après une condamnation à trois ans de prison pour diffamation contre Rafael Correa.

Presse équatorienne muselée ?

Dans le classement de Reporters Sans Frontières, l’Équateur fait figure de mauvais élève avec sa 104e place (sur 179). Il faut dire que Rafael Correa voit des ennemis partout. En juin, six radios et deux chaînes de télévisions ont été fermées. Officiellement pour retards de paiement.

Mais la stratégie de censure du président Correa, au lieu d’étouffer les faits néfastes à son image, attise au contraire tous les regards. Par exemple, sur ce documentaire colombien que désormais tout le monde veut voir. Les médias équatoriens se sont largement fait l’écho de sa non-diffusion. Mais, que Rafael Correa se rassure, ses compatriotes ne sont pas prêts de le voir.

« Aucun média (équatorien) n’ose avoir une copie de ce reportage dans ses locaux », assure Santiago Villa Chiappe. « Aucun n’a montré un intérêt à le diffuser. » Pour le réalisateur, l’équation est simple : « s’ils le diffusent, la chaîne ferme ou est poursuivie en justice ».

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