Réunions non mixtes: le roi est nu

Si la tenue de groupes de paroles non-mixtes est le symptôme de quelque chose, c'est bien celui d'une aspiration à l'égalité et à l'appartenance à la société française. En inversant cette réalité à travers la mise en scène politico-médiatique de leur indignation, les proto-fascistes de tout poil montrent tout simplement à quel point ils la refusent. Une belle victoire pour les dominés.

Dans la bataille publique des idées, le camp progressiste est à la peine depuis bien longtemps. La droitisation et l’extrême-droitisation du débat public étouffent le discours émancipateur, l’aspiration égalitaire, la revendication des droits. Le déchaînement engendré par la tenue des réunions « non-mixtes » pourrait laisser penser à une offensive de plus du camp proto-fasciste. Il en est l’exact inverse : une victoire pour les dominés.

Nous sommes bercés depuis des décennies par une litanie, une petite musique lancinante qui pénètre si bien les esprits que tout un chacun, quelle que soit sa place dans le champ social, en connaît l’air et les paroles: « les noirs et les arabes sont inassimilables ».

Falsifiant l’Histoire sur les bases de leur construction idéologique, ses chantres le répètent à l’envie : « contrairement aux bons immigrés catholiques italiens et polonais du début du XXème siècle, les immigrés noirs, arabes, musulmans, ne font aucun effort pour s’assimiler à la France, ils ne le peuvent tout simplement pas, tellement ils sont radicalement autres ».

Les cris d’orfraie poussés à l’évocation de la tenue de groupes de paroles non-mixtes parmi des étudiants, et qui prétendent désormais dénoncer un racisme inversé révèlent au contraire à quel point, une fois de plus, le roi est nu.

Salle de réunion non-mixte © inc Salle de réunion non-mixte © inc

Car ce dont ces réunions sont le symptôme, ce n’est pas celui d’un refus de prendre une place dans la société française, mais le contraire : celui de gens qui, par le partage de leurs expériences singulières révèlent combien sont nombreux ceux qui ne veulent pas qu’ils prennent une autre place que celle à laquelle ils prétendent les assigner : celle d’inassimilables.

Face à cette fable de l’inassimilation, les réunions non-mixtes clament : « Vous nous écartez de vos écoles, vos universités, de vos rues, vos logements, vos quartiers, de vos entreprises, et c’est nous qui ne souhaiterions pas nous intégrer ? Vous rigolez ? Regardez les choses en face : vous ne voulez juste pas de nous dans vos paysages».

La violence de la réaction de tous les proto-fascistes est à la mesure du dévoilement réalisé : le mur, ce ne sont pas des arabo-musulmans en rupture de ban qui l’érigent, mais bien les premiers. Et c’est ce qu’ils ne supportent pas d’entendre.

Cet exploit des racisés, il ne reste qu’à le reproduire dans les autres champs de lutte, pour que le vrai séparatisme à l’œuvre dans notre société apparaisse pour ce qu’il est : celui des riches et des dominants à l’égard de tous les autres.

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