Crise sanitaire, désastre social: Macron soigne d'abord ses électeurs

Le bilan économique et social de la gestion de l’épidémie du Covid sera probablement bien plus dramatique que le bilan humain de l’épidémie elle-même. Le premier confinement a fait basculer dans la pauvreté autant de gens que la décennie 2004-2014 entière, principalement des jeunes. Les électeurs de Macron sont vieux et riches (et encore plus depuis son élection...). Ceci explique-t-il cela ?

Les mesures de gestion de la crise sanitaire prises en France constituent la plus ahurissante destruction volontaire de richesse qui soit. Le premier confinement a plongé « en estimation basse » un million de français dans la pauvreté, on peut sans être grand clerc supposer que ce sera encore pire au deuxième. Les conséquences économiques et sociales seront probablement bien plus désastreuses au final que les dizaines de milliers de morts du Covid. La sociologie électorale du macronisme peut-elle nous éclairer sur ces choix?

L’épidémie, c’est cruel mais ainsi, frappe les vieux: 78% des personnes hospitalisées ont plus de 65 ans, et 56% plus de 75 ans, 93% des victimes ont plus de 65 ans, l’âge médian étant de 84 ans (la moitié des gens qui meurent ont 84 ans ou plus). Pour mémoire, l’espérance de vie en France est de 79,7 ans pour les hommes et 85,6 ans pour les femmes.

Les mesures non-médicales prises par le gouvernement provoquent quant à elles une explosion de la misère et de la précarité et un isolement social qui affectent avant tout les plus jeunes.

Les enquêtes Ipsos publiées au lendemain des deux tours de la dernière élection présidentielle nous rappellent quant à elles judicieusement qu’au second tour plus de 80% des plus de 70 ans ont voté, pour E. Macron à 78% d’entre eux. Elles soulignent aussi que plus on est jeune, moins on vote (34% d’abstentionnistes chez les 18-24% le 7 mai).

De la même façon, 80% des électeurs gagnant plus de 3000 euros par mois ont voté, à 75% pour E. Macron, tandis que 34% des plus pauvres se sont abstenus, et les votants ont choisi M. Le Pen à 45%.

Les pauvres et les jeunes ne votent pas, et ceux qui le font ne votent pas Macron. Qui élit nos dirigeants ? Les vieux et les riches.

Les victimes de cette épidémie sont les vieux sur le plan médical et les les jeunes et les pauvres sur le plan social.

Qui réélira Macron? Les vieux et les riches.

De manière certes moins sophistiquée et sexy que dans les théories conspi les plus en vogue, mais plus pragmatique, n’y a-t-il pas là une grille de lecture opérante des décisions politiques qui nous sont actuellement assénées?

Autrement dit, si les pauvres et les jeunes se décidaient un jour à voter, la politique ne se déciderait-elle pas autrement?

 

https://www.ipsos.com/fr-fr/1er-tour-presidentielle-2017-sociologie-de-lelectorat

https://www.ipsos.com/fr-fr/2nd-tour-presidentielle-2017-sociologie-des-electorats-et-profil-des-abstentionnistes

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.