La théorie du ruissellement est vraie… Mais elle fonctionne à l’envers !

La pseudo-théorie du ruissellement, antienne néo-libérale qui prétend que l’argent des riches ruisselle naturellement vers les pauvres, a beaucoup refait parler d’elle après l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir. Chacun sait qu’elle est fausse. Sauf qu’elle est vraie … Mais dans l’autre sens !

Pour la Science, magazine mensuel de l'actualité scientifique internationale, publie dans son dernier numéro un article du mathématicien Bruce M. Boghosian, professeur à l’université Tufts, aux États-Unis, qui présente des modèles développés par des physiciens et mathématiciens appliqués à l’économie. Plusieurs surprises nous y attendent.

La première, c’est que ce sont des modèles mathématiques des plus simples qui collent le mieux à la réalité observée. Si l’on considère les équations complexes dont sont farcies les théories économiques contemporaines, c’est en quelque sorte qu’une nouvelle fois le roi est nu.

La seconde, c’est la preuve mathématique qu’un marché libre entre individus libres, la doxa néo-classique par excellence, dotés au départ d’un capital identique (par exemple 1 000 personnes dotées chacune de 100 euros), aboutit inexorablement à la concentration de toute la richesse dans les mains d’une seule personne : « après un grand nombre de transactions, l’un des agents finit par devenir un « oligarque » qui détient pratiquement toute la richesse, et les 999 autres se retrouvent avec pratiquement rien ».

Le marché: un casino où l'on perd forcément

« la configuration ressemble à celle d’un casino, poursuit l'auteur, tantôt on perd, tantôt on gagne, mais plus on reste longtemps dans le casino, plus on risque de perdre. Le libre marché est, pour l’essentiel, un casino que l’on ne peut jamais quitter ».

En intégrant à ce modèle de base trois facteurs, un de redistribution, un second qui tient compte de l’avantage structurel des plus riches dans le système et un dernier tenant compte de l’endettement des individus, les chercheurs sont parvenus à coller avec la réalité avec une marge d’erreur des plus réduite (0,15 % pour les Etats-Unis, 0,35 à 0,5 % pour l’Europe). Les courbes de la répartition effective des richesses et du modèle coïncident assez imparablement.


Capture d'écran Pour la science © © D'après Federal reserve bank’s survey of consumer finances (données empiriques étatsuniennes) ; Banque centrale européenne (données empiriques allem Capture d'écran Pour la science © © D'après Federal reserve bank’s survey of consumer finances (données empiriques étatsuniennes) ; Banque centrale européenne (données empiriques allem

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La conclusion est sans appel : « ces modèles mathématiques démontrent que, loin de « ruisseler » vers les pauvres, la tendance naturelle de la richesse est de s’écouler vers le haut, de sorte que la répartition « naturelle » de la richesse dans une économie de marché correspond à une oligarchie totale».

Les politiques néo-libérales menées à travers le monde et de manière particulièrement violente en France par Emmanuel Macron et son gouvernement n’aboutiront donc mécaniquement qu’à une chose : accroître la richesse de quelques-uns au détriment de tous les autres.

Supprimer l’ISF, briser les services publics, baisser les retraites, punir les chômeurs, tous les mécanismes mis en place ces dernières années ne pourront que nourrir la colère et le légitime sentiment d’injustice de l’immense majorité de la population, définitivement laissée pour compte par un pouvoir au service de l'oligarchie.

Aux sources mathématiques des inégalités de richesse, Bruce Boghosian, Pour la Science n°507, janvier 2020.

À lire ici : https://www.pourlascience.fr/sd/economie/aux-sources-mathematiques-des-inegalites-de-richesse-18601.php

 

 

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