Éducation Nationale : Après la retraite à point, le mouvement s'annonce saignant

Dans la novlangue néo-libérale, une vague de licenciement s’appelle désormais « un plan de sauvegarde de l’emploi ». La suppression des instances paritaires à l’Education Nationale s’appelle quand à elle « conforter le dialogue social ». Après la retraite à point, le mouvement, pour les enseignants, s’annonce saignant.

Les fonctionnaires se sont peu mobilisés l’an dernier lors du projet de loi « transformation de la fonction publique ». Votée sans bruit en août dernier, cette dernière illustre à merveille la novlangue macronienne qui inverse le sens des mots.

Conforter le dialogue social en le supprimant

Les plaquettes gouvernementales prétendent « conforter le dialogue social » grâce notamment... à la «  suppression de l’examen des mutations et des autres actes de mobilité en commission administrative paritaire (CAP) » dès 2020, c’est à dire des instances où se pratique ce dialogue social.

Chaque année au printemps s’ouvre dans chaque département la valse du « mouvement » des professeurs des écoles, qui détermine le poste que chaque enseignant occupera l’année suivante. Chacun y joue sa partition, l’idée étant de se rapprocher du poste idéal, en terme de localisation (près de chez soi), d’école, de niveau (maternelle ou élémentaire), de spécificité (direction d’école, RASED…).

Jusqu’à l’an dernier, des règles claires et le fonctionnement paritaire, c’est-à-dire la présence des représentant du personnel dans les diverses instances, ont permis qu’il se déroule dans des conditions acceptables par tous.

Place à « la machine »

En 2019 déjà le ministère a imposé nationalement le fonctionnement d’un logiciel obscur, dont même les administratifs censés le gérer ne comprenaient ni les tenants ni les aboutissants. C’est devenu « la machine » dans les réunions de préparation. Ce qu’allait faire « la machine », personne ne pouvait le dire. Les résultats furent à la hauteur des inquiétudes, avec des nominations sur des postes proprement aberrantes. Mais le fonctionnement paritaire a permis de limiter les dégâts.

Cette année l’entrée en vigueur de la nouvelle loi signe l’arrivée de l’arbitraire le plus complet. La fin du paritarisme nous fait entrer dans une ère d’opacité où aucune injustice, aucune entorse aux règles commune, aucun simple bug, ne pourra plus se contester que sur la base de réclamations individuelles, sans que les élus aient accès aux données qui permettaient d’établir l’équité du mouvement.

École de la défiance

Autant dire que dans ces conditions le mouvement s’annonce comme une boucherie où certes les enseignants seront perdants, mais également tous les usagers de l’Éducation Nationale, les enfants et leurs familles. Car toutes les nominations arbitraires sur des postes non-demandés, parfois éloignés des domiciles, sans respect du bien-être des personnels se traduiront par du ressentiment, de la démotivation et des arrêts de travail.

Mr Blanquer peut bien marteler sur les plateaux radio-télé que tout va mieux, pour les enseignants plus que jamais son projet est celui d’une école de la défiance.

 

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