Fermeture de Fessenheim : le plus mauvais pari sur l’avenir énergétique et climatique

Médiapart n’a consacré aucun article à la fermeture de la centrale de Fessenheim. Non-sujet ou peur de déplaire à son lectorat ? Cet événement éclaire pourtant de manière préoccupante l’incapacité où nous sommes de faire face à la déplétion énergétique qui vient et au réchauffement climatique.

La procédure de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, initiée sous le quinquennat Hollande à la suite d’un accord avec EELV, a été menée à son terme par Macron. Si cette fermeture répond à des impératifs de stratégie politique à court terme, elle ne s’inscrit en revanche dans aucune stratégie énergétique cohérente, dans aucun souci de répondre de manière efficace au gigantesque défi auquel nous avons à faire face.

Ce défi est double : la fin du pétrole d’un côté, le réchauffement climatique de l’autre, qui nous imposerait raisonnablement de laisser le pétrole là où il est même s’il était inépuisable.

En soi chacun de ces deux termes va bouleverser tout ce que nous connaissons. Cumulés, ils mènent l’humanité à un saut dans l’inconnu vertigineux.

Le pic de pétrole conventionnel est passé depuis 10 ans. La production a été maintenue à flot par les pétroles de schiste américains, mais la baisse de la production devrait intervenir dans les mois ou les années qui viennent. Les conséquences du réchauffement climatiques se font déjà sentir et vont s’amplifier.

Manquer de pétrole augure une récession économique qui mettra à mal notre système social dans son ensemble, aussi bien notre système de solidarité que nos manières de vivre, habiter, nous nourrir, travailler.

Mais continuer à l’utiliser jusqu’à la dernière goutte accentuera les bouleversements climatiques fauteurs de crises, notamment alimentaires.

Dans ce contexte nous avons besoin de productions énergétiques qui amortissent la chute.

A ce titre, le solaire et l’éolien sont des leurres absolus : inefficaces, coûteux, forcément insuffisants.

Des accidents comme ceux de Tchernobyl ou Fukushima sont dans toutes les têtes, et, accompagnés d’une propagande sans relâche depuis des décennies, ont jeté l’opprobre de l’opinion sur le nucléaire.

Il est pourtant bon de rappeler que le nucléaire est de loin le mode d’énergie générant le moins de mortalité directe ou indirecte. Tchernobyl, c’est de l’ordre de 6 000 morts et Fukushima zéro par la radio-activité, ce qui est infiniment moins que toutes les autres sources d’énergies, en particulier le pétrole, le gaz, le charbon et même l’hydraulique.

N’émettant pas de CO2, donc ne contribuant pas au réchauffement climatique, sûr contrairement aux croyances communes, pilotable contrairement au solaire et à l’éolien, et infiniment moins coûteux qu’eux, le nucléaire a donc toutes les qualités pour amortir les chocs énergétiques et climatiques inéluctables.

En ce sens, fermer Fessenheim est à la fois irresponsable et inefficace. Le choix de l’Allemagne de fermer ses centrales, celui de l’Espagne de miser sur le solaire et l’éolien ont eu pour conséquence directe d’augmenter les émissions de CO2 par un recours accru aux énergies fossiles, gaz et charbon.

La France devrait non seulement maintenir en service les centrales que l’Autorité de Sûreté Nucléaire juge apte à l’être, mais se lancer dans un ambitieux programme de construction de nouveaux sites.

Pour s’en convaincre, on ne peut qu’encourager au visionnage des nombreuses conférences de Jean-Marc Jancovici, disponibles en ligne.

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